‹ L'ornière; questions de l'année 1869Chapitre 98 sur 149 · UN NOUVEAU RÈGNE · texte numérisé non relu

UN NOUVEAU RÈGNE

depuis dix-sept ans a-t-il autour de lui des a sujets » , des senriteurs qai soient à la fois assez dévoaés et assez sincères pour oser lui dire la vérité sur les conditioi^ toutes nouvelles d*un régime tout nouveau? Il est douteux, trèsdouteux qu'ils aient ce dévouement et cette sincérité : e*est pourquoi, dans le doute, au lieu de nous abstenir, nous aurons la franchise qui est notre droit et qui serait leur devoir.

On a* beaucoup exagéré dans ces derniers temps le mau' vais état de santé de l'Empereur ; il n'est pas vrai que cet état ait présenté des dangers graves et moins encore imminents , mais tel qu'il est , s'il ne doit pas inquiéter démesurément, il doit faire mûrement réfléchir. Quelques jours n'ont-ils pas suiB pour enlever à sa tâche, en pleine vigueur de travail, le maréchal Niel? Si le courage exige de regarder en face et sans pâlir la mort sur le champ de bataille, le courage n'exige pas moins impérieusement de la contempler du même œil sur le champ de souffrance qui se nomme le lit du malade. Quelque meurtrière que soit la guerre, il meurt plus de malades dans leur lit, assistés du médecin, que de soldats sur le champ de bataille, mitraillés par l'ennemi. Aussi l'homme vraiment brave est-il celui qui se tient prêt à répondre à tout instant à l'inévitable appel, dont rhenre seulement est incertaine.

Ce serait mettre en doute la bravoure de l'Empereur et y faire injure que de supposer que, n^ême dans les jours où il n'est pas aux prises avec les avertissements de la douleur, il ne s'est jamais adressé à lui-même cette question :

« Si je mourais prématurément, comment le sceptre pas- » serait-il de mes mains dans celles de mon* fils? La France 9 qui a donné naissance à la loi salique, se soumettrait-elle i> sans résistance à la régence d'une femme? La France, qui, n en moins d'un siècle, a levé victorieusement le drapeau

» de trois révolutions et proclamé deux fois la République , D admettrait-elle sans opposition que son honneur, sa li- 9 bertéf sa puissance, sa prospérité, fussent confiées au » gouvernement d*un adolescent? Cette résistance, cette » opposition, sous quelle forme se traduiraient-elles? »

L'avenir se compose de tant d'éléments divers, il est à la merci de tant d'incidents impossibles à prévoir, que nul ne saurait répondre de lui. Raison de plus pour avoir due vigilance que l'expérience ne laisse pas s'endormir un seul instant.

Nous qui avons l'habitude d'interroger plus souvent les choses que les hommes , nous conviendrons que les probabilités de transmission du père au fils de la couronne impériale nous paraissent s'être accrues depuis la présentation, le vote et la promulgation du sénatus-consulte; elles ne diminueraient que si la sincérité la plus entière manquait dans l'exécution.

Moins la volonté personnelle du chef de l'État apparaîtra et interviendra désormais dans les décisions qui devront être soumises par ses ministres aux délibérations du Corps législatif, et moins la transmission dynastique rencontrera d'objections fondées. C'est ce qu'il importe que se persuadent l'Empereur et aussi l'Impératrice, puisqu'un sénatus-consuite lui a éventuellement conféré le titre et les fonctions de Régente.

Donc l'empereur Napoléon, s'il désire que son Gh lui succède sur le trône, et il est inadmissible que ce ne soit pas là son désir le plus ardent, devra mettre tous se» soins, tous ses efibrts à composer le cabinet qui, par le choix de ses membres, la loyauté de leur caractère, l'autorité de leur parole, donnera à l'opinion publique défiante , presque hostile, les garanties les plus certaines que le sénatus-consulte du 6 septembre 1869 sera « une vérité « et ne sera pas une

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