SCENE I I L
HELENE, DÉRICOURT, BLINVILî^E.
^ DÉRICOURT.
^-'^ GtrJOUR , Hélene | montes chez ma famme , di*-lat que Bîînville et mot dvom déjà respiré le grand air, et que nous ne sersm pas fâchés de dé* jeûner.
r BLINVILLE.
Sîîr-tout si cMe veat bien lire des mtns.j
( Hélene sort. )
L'ORÎ^HKLIN
*^üîVOî^S notre conversation. Adele a «lix-huit ans. . . -
Et elle est charmante. , ,
Autrefois , un pere se croyoit déshonoré s’il n’attendoit tranquillement qu’on vÎJit lui demander sa fille. Nos aïeux , grands coiiHoisseurs en bienséances ? l’avoisaî jugé ainsi ! pour moi, qui pense qu’un honnête houune
ne peut avoi* de guide pins sûr que son cceur , je pas^se sur les forma-
Etés d’usage. Biinviiie , tu es mon ami ?
Et je me sens digne de l’être.
Tu trouve nia fJie charmante , tu viens «e ie dire.
C’est ^aiRsi que la jugent, tous les honnêtes gens.
Toutes les femmes honnêtes estiment aussi mon ami.
Mais toutes ne l’aimsnt pas.
Adele a le cœur libre , et l’hoieme aimable qui aura mon aveu , ae craindra pas un refus de ma fille. ^ .
Cela ne sufnc p«s à un homme délicat.
l'n a* raison : mais ccnn.me je ne puis , en conscience , faire l’amour pour toî, ta prendras la peine de t’anaoncer.
11 seroit dur d’être éconduit.
DERIC0URT.
Tu l'aimes donc , mon arni ?
J’y îulî au ,moin% très''- disposé. ' ""
Tu trouveras aussi Adele disposée à t’aimer. Les bons aiœurs s’ympatissent. ^
Je le désiré , mon ami. x
Si cependant elle est prévenue pour un autre , je n’insssterai pas ; t« te consoleras et moi aussi : malheur aux paies qui tscrifieiit le bonheur de leurs enfans à leurs arrangemens particuliers; mais ne nous^ arrêtens pas à une idée qui n’a nulle espece de fondement. Revenons , mon arni : voici mon plan : je n’ai qu’AdeJe , et je ne veux pas m’en séparer ; en te nommant mon gendre , je m’attache de pIu-s près à mon ami , j’acquiers des droits ' plus réels sur son cœur , j’assure à jamais mon repos en donnant ma fille au plus honnête homme que je connoisse ; et peur que personne n’ait à se plaindre de la fortune , je compte associer Julien à mon commerce.
Et tu feras bien. C’est un jeune homme estimable.
DERICOURT.
» C’est ainsi que je l’ai jagé ; et m’occuper de sa félicité , c’est ajoHter i
caîîe de ma femme. A mon retour d’Amérîque elle me présenta cet enfant que je ne gardai d’abord que par complaisance ; ma fortune étoit bornée alors ; ma citoyenne étoit très-jeune , et je pouvois avoir plusieurs enfans. . . Enfin , j’ai adopté celui-ci , je n’ai pas même vouiu pénéti2er le mystère de sa naissance , qui , dans le fond , m’intéresse peu : d’ailleurs, quand j’en ai parlé ; ma femme a montré une répugnance marquée pour toute espece d’explication : sans doute, Julien doit jour à quelqu’un qui l’intéresse fortement, et qui cependant doit être honnête, car ma femme ne se prêteroit pas. . . (
Peut-être une amie égarée. . . un moment de délire , de foibîesse. . .
Quoi qu’il en soit , j’ai respecté son secret. Je me suis attaché à cet . enfant , je l’ai élevé avec Adele 1 il a -grandi souS' mes yeux , et il a surpassé mes espérances. Ses travaux ont séeondé les miens , je lui dois une partie de ma fortune j et je m’acquitterai envers lui en lui assurant la sienne. Je viens de t’ouvrir mon ame toute entière ; si tu trouves dans mes projets quelque chose qüi- t® répugne , dis-ie moi avec ia franchise qui viqnt de te parler par ma bouche.
Je n’y vois que de nouvelles raisons de t’estimer davantage.
Nous sommes donc d’accord ?
Oui, si tout le monde ici pense comme moi.
Tu ne doit pas douter du consentement de mon épouse, et je t’aurai bientôt ménagé une occasion de lui parler de nos desseins, car il convient que tu lui demandes sa fille. Allons , embrasse-mij^i , mon gendre.
B L vile e.
De tout mon cœur , mon be.^u-pere. ( ïls s'embrassent. }
Les voici. , ‘