SCENE VIII
BLINVILLE, ADELE.
ADELE avec réserve, ''jTOYEN , VOUS quittez ma mere ?
BLINVILLE.
Oui , Citoyenne. ,
ADELE.
Il s’agk d’affaires importantes ?
BLINVILLE.
Très - importantes , c* effet. l
ADELE.
Qui me sont étrangères ?
Qui vous touchent de très - prés.
ADELE, avec timidité, Blinvill^i 9 je suis naturellement curieuse.
Et cettd curiosité est bien naturelle.
Sans doute » puisqu’on s’est occupé de moi.
BLINVILLE,
Je suis bien plus curieux de savoir comment vous ADELE.
Ne me faites donc pas languir.
BLINVILLE.
Je brûle de parler. . .
ADELE.
£t moi de vous entendre.
BLINVILLE.
Et cependant je suis d’un embarras. . .
, ' ADELE, vivement.
Ma mere ne sercit-elîe pas de l’avis dé mon pefe BLINVILLE.
Au eeafraire , ils pensent Tun comme l’autre*
A O Ë ’L fi.
fil TQH9 péaies «omme «uk l
£ 0 M É 'D I E. ut
BLINVILLE.
Absolument.
ADELE.
Je puis donc être tranquille ? -, <
Je voudrois bien pouvoir l’être autant.
Blinville , vous me parlez avec une ambiguité. . .
Vous n'êtes pas très - claire vous-même. « ' ,
, C’est que je suis bien aise de voir venir. ■ •
Et moi aussi.
ADELE.
Ce n’est pas le moyen de nous entendre.
blinville.
J’en conviens.
ADELE.
Il faudroit vous prêter un peu.
Jé le sens bien. '
' ADELE.
Allons , courage.
BLINVILLE, Vexaminant,
Vos parens ne respirent que pour vdiis , et ils voudroient vou^ établir^ ADELE.
Ah ! on veut me marier.
BLINVILLE.
Ce projet vous effraie ?
ADELE.
Pas du tout.
BLINVILLE.
Vous l’approuvez donc ?
ADELE.
C’est selon.
BLINVILLE. pi . : r
Comment ? ' ^
ADELE. ;
Si mes parens ms marient pour eux. . . ■ \
blinville. i
Ils en sont incapables. :'‘l;
S’ils me marient pour moi. . .
blinville.
Vous y consentîfér. I j
' ADELE» souriant,
11 faudra se résigner.
BLINVILLE.
Il seroit dur pour votre époux de ne devoir votre main qu’à votre ré* signation.
ADELE avgc terni dîté.
Avant que je m’explique davantage » dites-mçi » BliavlUe » quel cit l’hoaame qu’on me destine. '
BLINVILLE*
Je le crois «timaMe.
ADELE*
Jeune I ^ ^
C’est à vous à prononcer.
Il demeure ?
Eans' cette maison.
Son nom ?
Est - il nécessaire de vous le dire ? .
ADELE.
Mon, mon cher Blinville. De quel, poids mon coeur est Soulagé ? quoi j mon pere ne condamnera pas un amour. . .
C’est lui qui l’a fait naître. <
C’est vrai , au moins. Mn fixant ce jeune homme près de lui. . .
Il laissoit entrevoir ses desseins.
ADELE.
^ Blinvüîe , je serai donc hemeuse !
B L î N V i L L E , lui prenant les mains.
J*ose vous le promettre , ma chere Adele.
ADELE.
Je vous dois un aveu dés long - temps j’avois prévenu le choix de mes pareils. ^ .
Vous êtes trop honnête.
Et si j’avois prévu leur facilité , avec quel empressement je vous aurois |découvert mes sentimens secrets ! *
BLINVILLE, a part.
Cette jeune personne a des expressions singulières.
Mais je craignois que des préjugés mal éteints peut - être. . . •
Que dites
vous
ADELE.
que le défaut de fortune. . .
B L I N V I L L E, ne vous entends plus.
ADELE, us ne voulez donc .pas m’entendre^ ?
R L I N V I L L E , la is de qui "me parlez - vous ?
ADELE, vivernen qui me parlez- vous , vous - même ?
BlinVIL'LÈ, après u ulien.
Je crembloîs
Adele
Tÿ
COMÉDIE
î • D E L E , très-vivtmsnt„
Ce.ne.t pas lin que mon pere a nommé l
J Adele.
AE ' Adele.
An >9 malheureuse ! ^
MaiiKîureuse ! non , vous ne le ser-"? n»? «
V0.,.s convenir, on .'est trompé, voïli «n’t JuJieV ^^'0
ratent sont cisonnebies, ii nnr'a votre, main, j/t'" ;oZrr Sler™
Tr Adele, ^
V ous croyez qu’ils consentiront ?...
Tte ■ , . B L I N V I L L E. '
ils ne désirent que votre bonheur.
Mon cher Biinvüle , voudrez-vous bien leur en parler ?
Oifi , Adsle , oui, je leur parlerai."
r'i r Adele.
i^ue vous Etes, généreux î
oéroTsairei’ ’ ; mats jl se rs' tîu’ii est
R/T } f ' Adele.
Mettez le comble à vos bontés. Juimn snn(?--P t-.’* . • •
‘-J. jui.cn soulixe , juuen est incfuiet. . , p. AU i„ . B L I N V I L L E.
ri.e:re^ÿitr/:™?; épo.î^r iiTrÏ’-"
fident ; convenons de nos Va^its Je
pere que vous ne m’aimez p^as* . ' déclarer à vone
C’est bien dur. À D e l E.
Mais c’est bien vrai. ^ ^ ^ ^ ^ <
A la bonne heure ; mais, p ^ ^ ^
fSeïé •“;p,c‘vÔns‘’t7 aimez j’"’’
tonnes çnalités. . . N'est - ce pas cela T* *» .'«dresse par rnme
'-'fil î C est cela précisément.
Et qne l'homme m,i «î,® î ‘ ’ I' ^
^ à sa nlle est celui qui lui convient le mieux.
C’est charmant , c’est admirabl’e.^ ^
-entend;' :%ioig„ez!' vous.
Vous donnerez nn cer'tam’ dtelI^Xf"^ 4 7S%
OH. ie.es développerai Ls U ^eVéLdne.
Prenez cela d’un peu loL^ ^
c est bien mon intention.
Ta JLt Adele sortant,
m, abandonne entièrement à vous.
La mission est originale ; mais je la remplis volontiers, et je sereis désolé de ne pas réussir.
D É R I C ü ü R T , gaiement.
U vas me trouver un peu enfant , mais j’avoue mon foible. J’aime à
jouir, sur-tout quand mes jouissances sont aussi intimement liées à celles
de ce .que j’ai de plus cher, lu as vU.ma femme, tu quitte ma fille , et je te trouves un air de gaieté qui me persuade que tout va bien.
J’esnere au moins -crue ça ira.
Ma femme consent 1
Oui , ta femme consent à mon mariage. Elle m’a même témoigné sa satisfaction d’une maniéré infiniment flatteuse , et que je, ne dois sans doute qu’à i’amitié qui m’unit à toii ïi,’
^ DERICOÜRT.
Pour ma fille , je suis bien ceitain.
Elle consent aussi à se marier , elle m’a ouvert son cœur avec '!a franchise et l’énergie d’une jeune personne qui aime pour la première fois, ' D É R I C O U R T-
Eh bien , te voilà avec tes craintes et ta ridicule modestie.
’ BLINVlLLEyd part.
Elles n’étoient pas mal fondées. ^
DERICOÜRT.
Ah ça J mon ami , il faut terminer promptement,
Oui , le plutôt sera le mieux.
DERICOÜRT.
Faire venir le notaire.
DERICOÜRT, fausse sortie.
Je vais le mander à l’instant.
Je te le conseille , et s’il survenoit quelques difficultés , je tâeherojs de ies lever avant son arrivée.
DERICOÜRT.
Des difficultés ? Je n’en prévois pas , à moins que tu ne les fasse naître, Blïnville.
Au contraire. Je suis l’homme du monde le plus accommodant, DERICOÜRT.
Je donpe à ma fille la moitié de ma fortuhe.
Blïnville.
C’est plus qu’il n’en faut, à un homme raisonnable.
DERICOÜRT.
Je connois la tienne. Finissons cette affaire aussi gaiement que nous T’avons ébauchée , et que demain il n’en soit plus question.
Blïnville.
Il y a un petit incident qui m’embarrasse uû peu , «l dont il cependant te donner connoissance.
DÊRIC©UJIT.
Ua incident ï
' Slinvills*
Oui.
COMÉDIE
blinville.
, , dericourt.
Qun emoamsse ? Explique-toi : je leve toutes les diffieultés.
Je vais te parler. Ta fille se marie. .• .
> DÉRiCOURT.
Apres ?
. BLINVILLE.
Mais ce n’est pas avec moi.
„ , dericourt.
«-e n est pas avec toi ?
Won , ce n est pas avec moi.
P,. , DÉRICOURT.
Blinville ? • ,
O, ? . blinville.^
Oh tu vas te fâcher. Crois- tu que je sois Je seul homme au qui puisse épouser ta fille ? . ^lomme au mondt
DÉRICOURT.
Je ne connois personne qui lui convienne comme toi. .
Xviais Adele a quelqu’un qui lui convient davantage:
AHpI • f DERICOURT.
Actelc a une inclination , et elle me l’a caché ?
Les iules ont toujVrs une arriere-pensée , et le pere le plus aimé
. . DÉRICOURT.
We SUIS- je pas son meilleur ami ?
e , blinville.
oans doute."^
P, , DÉRICOURT.
Elle devoit tout me déclarer.
, T , blinville.
Je te .e déclaré , n’est - ce pas la même chose ^
. DÉRICOURT.
Je ne l’aurois pas exposé à un désagrément. . .
Je ne me plains pas,: qu’as - tu à dire ?
. DÉRICOURT rêvant.
üaele ne t aime pas ! cela m’étonne.
. blinville.
Moi, je ne vois là rien ,d’étonnant.
V " DÉRICOURT. I
Voila qu» dérange furieusement mes projets.
P . , , . blinville.
avec“^T'°T,', «bien acquis, je le mangerai
avec toi. Tu avois un ami ,, eh bien , tu en auras deux.
dericourt.
En comptant le gendre futur ? -
Le gendre futur.'
T,, , DÉRICOURT.
lu le connois donc ^
Parfaitement. . ' « ^ ^ ^ V I L L E. . ,
Et tu
approuves le choix» de
. ma filî
Il est
digne d’elle e: de toi
Ton
sufirage est d’un grand
pc
sids. ,
Ce
pendant
, mon
.ami , je
suis
bien aise , avant de repondre ,
de
savoir q
. eSi
iiüiïiiae
qui s£
-esc.
C’est
trop jivste. Voici son poi
tta
it physique
et
iîioraî. îl
est jeûna.
Après
De la
figure la plus heureuse
C’est
quelque chose.
^ Il a 1
des talens.
Tant
mieux.
Le cœur excellent.
Bon cela.
Et toutes les vertus qui rendent un hofrune estimable.
A merveille. . . Adeîe i’aimoit en silence , et elle a entendu pour se ‘déclarer qu’il fût question de ia donner à un autre ?'Mon ami , cette réserve rn’afiiige , pares que 'je ne ia mérite point. L’homme que tu viens de peindre peut prétendre à tout , et Adele devoit compter sur son pere pour se confier entièrement à lui. Ce jeune homme à-t-il du bien, ï B L I N V I L L E.
Pas le sou. Mais qu’importe. ;
Un peu de fortune ne gâteroit rien : au reste , ïe bonheur ne s’achete pas. Son nom '{
Julien.
JBiinvIile ?
Déri court ?
Que me proposez - vous ?
B L î N V I L. LE.
Cô que vous venez d’approuver. Le nom du prétendu ne fait rien à la ci'i jse-.
Le nom ne fait rien 5 mais l’homme est tout.
yB L f N V I L L E.
Julisn donc ton gendre.
Discutons d’abord ; je répondrai ensuite.
Oh î tu vas opposer de vieux et ridicules préjugés au plus doux pei^ chanî de la nature.
jlôîii. Â'Â&is je voir coainient vous vous y prendre2 avsfc
COMÉDIE
votre sang - froid et votre esprit , pour excuser la cehdiuîe d- Juîleu^ ^ . B L I N V î L L E.
Je ne croîs pasj qu’eîle ait besoin de l Ætre,