CHAPITRE VII
Naissance et tutelle de Marie-Noël. — Charles-Louis devient veuf.
— Son second mariage. — Inhumation de Louis-Anne. — Sa veuve se remarie. — Mort de Marie-Geneviève I. — Mort de Marie-Jeanne Geffrotin. — Privilège de l’orviétan transmis à Jean-Louis et à Marie-Geneviève II, sa sœur. — Nomination d'un inspecteur de l’orviétan. — Escapades de Marie-Geneviève IL
— Mort de Charles-Thomas. — Mariage de Marie-Geneviève IL
— Jean-Louis se marie. — Séparation de biens entre Charles- Louis et sa femme. — Mort de Charles-Louis.
« Dix mois plus tard, le 27 décembre 1693, François de la Motte, baron d’Aulnoy, tint sur les fonts de Saint-Sulpice, avec Marie-Jeanne Jefrotin, femme de Louis-Anne Contugi, commissaire ordinaire de l’artillerie du Roy, Marie-Noël, née le 25, fille de Charles- Thomas Contugi, lieutenant1 de dragons dans le régiment de la Reine, et de Marie-[Jeanne] -Geneviève de la Motte 2. »
Cette naissance modifiait, en ce qui concernait Tho-
1 II n’avait pas ce grade. Simple gendarme du roi lors de son mariage, il était, à sa mort, cornette de dragons au régiment de la reine. — Le cornette était un officier porte-étendard, ou simplement un officier de certains corps de la maison royale.
8 Bibl. nat. Cabinet des Titres , t. DCCLXVII, p. 385.
mas, la substitution faite par Roberte Richard. Aussi, sans perdre un instant, il présenta au lieutenant civil une requête tendant à faire assembler ses parents et amis à ce sujet, et pour nommer un tuteur ad hoc. Le 2 janvier 1694, comparut devant ce magistrat, Denis Le Maistre, procureur de Charles-Thomas, déclarant qu’il convenait à présent de procéder au partage des biens de sa mère, avec Charles-Louis, docteur en médecine, Alexandre Jannelle, greffier au Parlement, et damoiselle Marie-Geneviève Contugi, sa femme ; ces biens consistaient en rentes sur la ville, en trois corps de logis, cours et jardins, sis au village de Vaugirard, et en dix-huit arpents environ de terre situés à Vaugirard et à Issy. Pour les rentes, le prix en était fixé ; quant aux biens de campagne, Charles-Louis Contugi offrait de les prendre pour la somme de neuf mille livres, ce qui était profitable à Thomas et aux substitués, puisqu’ils échappaient ainsi aux réparations, que la moitié des locaux était actuellement vacante, et que les biens de campagne se louaient difficilement. Tous furent d’avis que Daniel Gilbert fût nommé tuteur à la substitution, que Charles-Louis prît les immeubles, ce que celui-ci accepta; Charles-Thomas approuva, le lieutenant civil se prononça dans le même sens, et donna défaut contre Louis-Anne qui, n’ayant aucun intérêt dans l’affaire, ne s’était pas présenté1.
La mort de sa mère avait mis ce dernier en possession unique du privilège de composer et de vendre
1 Pièces justificatives, n° XXII.
l’orviétan; en raison des dangers auxquels l’exposaient ses fonctions, il demanda que la survivance de ce brevet fût donnée à son fils Jean-Louis. Par lettres patentes du 24 avril 1694, le Roi confirma à Louis-Anne son privilège pendant sa vie, et l’assura après lui à son fils avec les mêmes conditions et garanties que par le passé1 .
A la fin du mois de septembre 1694, survint le décès de Jeanne de la Mothe, femme de Charles-Thomas. Sa fille unique, Françoise-Noël, était-elle la même que Marie-Noël, née, ainsi que nous l’avons vu, le 25 décembre 1693?
Peu confiant en la moralité de son gendre, Claude de la Mothe, sieur du Verny, grand-père de l’enfant, assisté de son procureur, déclara, le 25 octobre, pardevant le lieutenant civil, qu’il avait constitué en mariage à sa fille Jeanne, une dot de quarante mille livres; que de ce mariage était demeurée une fille, Françoise-Noël, dont la mère était décédée depuis un mois; que son mari, au lieu de faire procéder à l’inventaire des biens de la communauté, les détournait et les dissipait, au préjudice de sa fille mineure, à laquelle il importait de nommer un tuteur et un subrogé tuteur ; en conséquence, il demandait que l’on assemblât les parents et amis de l’enfant. 11 fit donc assigner, le 26 décembre, les sieurs François de la Mothe d’Aulnoy, oncle, Daudier, bourgeois de Paris, Claude Moreau, aussi bourgeois de Paris, Jannelle, mari de Marie-
Pièces justificatives, n° XXIII.
Geneviève Contugi, Charles-Thomas de Contugi, Louis- Anne Contugi, et Charles-Louis de Contugi. médecin, pour donner leur avis sur l’élection d’un tuteur et d’un subrogé tuteur.
Thomas de Contugi, écuyer, sans se soucier des convenances ni de sa propre dignité, dit qu’au préalable, il fallait produire l’extrait baptistaire de défunte Jeanne, sa femme, parce qu’il était informé qu’elle n’était point la fille légitime du sieur de la Mothe, son prétendu père, bien qu’on lui eût donné cette qualité dans le contrat de mariage, par artifice, dol et fraude ; qu’il n’avait point reçu la dot de quarante mille livres que ce dernier n’était pas en état de payer, non plus que les trois mille livres de bijoux: qu’il n’avait touché qu’une somme de douze cents livres dont il avait donné quittance; que si celle-ci mentionnait d’autres sommes, ce n’était que par l’effet d’une surprise, et qu’il justifierait tous ces dires. Le mariage était, d’ailleurs, nul, car on y avait fait figurer une femme représentant la mère de Thomas ; enfin, il s’éleva contre la nomination d’un tuteur, réclamant la direction et l’éducation de son enfant.
Le sieur de la Mothe du Yerny soutint que les dires de Thomas étaient inutiles, que le mariage, célébré selon les formes, entre personnes majeures, était valable, qu’il ne s’agissait, en ce moment, que de la nomination des tuteurs, sauf à examiner plus tard les points contestés; que le sieur Contugi, après avoir diverti tous les effets de la communauté, n’avait plus de meubles, buvait, mangeait et logeait actuellement