III. Armoiries de Anne Geffrotin, veuve de Jean Couvreur
notaire au Châtelet de Paris.
dans une auberge, et qu'il s’opposait à ce qu’il fût élu tuteur.
Thomas maintint ses déclarations, répliquant qu’il n’était pas véritable « sauf respect » qu’il eût vendu les meubles et effets de la communauté, puisque, depuis leur mariage, sa femme et lui n’en avaient jamais eu, ayant toujours logé en chambre garnie.
Les parents et amis furent d’avis que le sieur Claude de la Mothe du Verny, aïeul de la mineure, fût élu tuteur, et François de la Mothe d’Aulnoy, son oncle, subrogé-tuteur.
Le lieutenant civil ratifia ces choix par jugement du 8 janvier 1695, et, le 22 mars suivant, tous deux acceptèrent, et prêtèrent le serment accoutumé *.
Anne-Marie Duchemin, femme de Charles-Louis Contugi étant morte sans laisser d’enfants de son second mariage, celui-ci se remaria. Le 28 décembre 1695, fut dressé son contrat de mariage avec Marie-Anne Geffrotin, sœur de la femme de son frère Louis-Anne, et fille de Rollin-Jacques Geffrotin, marchand épicier. Elle lui apportait en dot la somme de quatorze mille deux
* Pièces justificatives, n° XXIV. — Jeanne de la Mothe du Verny était probablement parente de Marguerite de la Mothe, mère de Jean Riliault, second mari de Marie- Anne Contugi. Celle-ci aurait, en ce cas, contribué au mariage de son frère Thomas.
Sur l’ordre du roi du 10 décembre 1686, une dame de la Mothe d Aulnoy lut arrêtée à cause de sa mauvaise conduite, et mise aux Ursulines de Blois. Elle réclama contre l’enlèvement de ses meubles, hardes et papiers dont la privation l’empêchait de suivre ses procès contre son mari. — Arcli. nat., 0*30, f° 378 et 0*31, f° 42. C était vraisemblablement la femme de François de la Mothe d Aulnoy dont il est ici question.
cents livres. Le mariage fut célébré le mois suivant. Ils eurent un lîls, appelé Alexandre, né le 22 mars 1700, et baptisé le 25 à Saint-André des Arcs1.
Louis-Anne décéda le 1er mars 1696, laissant deux enfants dont l’aînée avait environ quatorze ans. Le 3, à six heures précises du soir, eut lieu son convoi à l'église Saint-André des Arcs, sa paroisse. Il fut inhumé le soir même aux Grands-Augustins, devant la chapelle de laVierge. Furent présents à la cérémonie, JeanContugi, son fils, et Charles Contugi, docteur en médecine, son frère. « Il y eut beaucoup de tenture à son enterrement, à sa maison, à Saint-André et aux Augustins. A son convoi étaient : les Enfants-Gris, les Enfants- Rouges, les Augustins, avec chacun un cierge à la main, le Curé, le Corps, des trompettes qui sonnaient la Sourdine, deux tambours battant laquaisse couverte de drap noir, et grand nombre de parens en deuil. On avoit mis sur la bière une épée nüe et un baudrier passez en sautoir, lorsque le corps fut exposé à la porte et dans l’église. Il ne fut point exposé dans sa boutique où il vendoit l’orviétan, mais dans une boutique de libraire voisine. Les billets portaient : de la part de M. Contugi, docteur en médecine, son frère ; sur d’autres il y avait : de la part de M. Geffrotin, marchand épicier, son beau-père2.
Marie-Jeanne Geffrotin, devenue ainsi veuve, se rema-
1 Bibl. nat. Coll. Clairambault , t. CMLXXX1X, p. 1643.
2 Bibl. nat. Cabinet des titres, t. MVI, p. 73; — Bibl. nat. Cabinet des titres, t. MX1, p. 321; — Bibl. nat. Collection Clairambault, t. CMLXXXIX, p. 1577.
ria. Le 22 juin lfi98> après midi, en sa maison du quai des Grands-Augustins, fut dressé par maître Couvreur, notaire, un contrat de mariage entre François Henrion, écuyer de bouche de S. A. R. Monsieur, frère unique du Roi, duc d'Orléans, demeurant au Palais- Royal, paroisse Saint-Eustache, d’une part, et damoiselle Marie-Jeanne GelTrotin, veuve du sieur Louis- Anne Contugi, officier des artilleries du Roi, lesquels, en présence de leurs témoins convinrent qu’il n’y aurait aucune communauté entre eux, que l’on dresserait un inventaire des biens de la future, dans lequel ne figurerait rien de ce qui concernait l’orviétan ; qu’elle continuerait d’exercer le privilège de la composition et de la vente de cet antidote, et jouirait delà maison qu’elle occupait, jusqu’à la fin du bail ; qu’elle conserverait la tutelle et l’administration des personnes et des biens des deux enfants issus de son premier mariage. Le futur ne pourrait s’immiscer dans rien de ce qui concernait l’orviétan. Voulant, dès à présent, assurer l’établissement de sa fille Geneviève, elle s’obligeait à lui donner, lors de son mariage, la somme de vingt mille livres tant pour sa part dans la succession de son père, que comme avancement d’hoirie. Ses deux enfants seront nourris, élevés et entretenus à ses frais. Le futur sera aussi logé et nourri aux dépens de la future. De même elle logera, nourrira et entretiendra les enfants qui pourront naître du présent mariage.
Le futur constitue à sa future épouse un douaire préfix de trois cents livres de rente, lequel sera propre aux enfants à venir. Le survivant des époux prendra
par préciput sur les biens du prédécédé, une somme de deux mille livres. Et en outre, la future fait à son futur époux, donation entre-vifs, en cas qu’il lui survive sans enfants vivants de leur mariage, de la somme de trois mille livres à prendre sur tous ses biens1.
Le 1er août 1699 fut inhumée Marie-Geneviève Contugi, femme d’Alexandre Jannelle, commis-greffier au Parlement. Fut présent Charles, son frère, docteur en médecine2. Marie-Geneviève, leur fille, était peut-être décédée avant elle, du moins il n’en est plus question.
Au mois de novembre suivant mourut Marie-Jeanne Geffrotin.
Le 2o novembre 1699, par-devant le lieutenant civil, comparurent les parents et amis de Marie-Geneviève, âgée de dix-sept ans environ, et de Jean-Louis son frère, âgé d’environ quinze ans, enfants de défunts Louis-Anne Contugi, commissaire de l’artillerie, et Marie- Jeanne Geffrotin, celle-ci décédée femme en secondes noces de François Henrion, écuyer de bouche de S. A. R. Monsieur, duc d’Orléans, frère unique du Roi, pour donner leur avis sur les lettres d’émancipation obtenues ce même jour par Marie-Geneviève, et sur l’élection d’un tuteur et d’un subrogé-tuteur audit Jean-Louis. Furent présents : Rollin- Jacques Geffrotin, marchand épicier, aïeul maternel; Charles Contugi, docteur en médecine ; Thomas Contugi, sieur de la Maison- Blanche, oncles paternels ; Alexandre Jannelle, l’un des
* Pièces justificatives, n° XXV.
2 Bibl. nat. Cabinet des titres , t. MXI, p. 622.
commis au greffe du Parlement, oncle paternel à cause de sa femme, feue' Marie-Geneviève Gontugi ; Simon Geffrotin, marchand épicier, oncle maternel ; Florent Garbonnet, bourgeois de Paris, oncle maternel à cause de Geneviève GelTrotin, sa femme; ledit sieur Ilenrion, beau-père; Nicolas Ilenrion, huissier priseur au Châtelet, et Sébastien Terrât, marchand libraire à Paris, amis, pour lesquels Louis Girard, leur procureur, dit qu’ils étaient d’avis de l’entérinement des lettres de bénéfice d’âge accordées à Marie-Geneviève Gontugi, ayant pour curateur à ses causes, Denis Le Maistre, procureur, et que tous, à l’exception de Geffrotin, aïeul, et de Jannelle, désignaient comme tuteur de Jean-Louis, ledit Rollin-Jacques Geffrotin, et, comme subrogé-tuteur, le sieur Jannelle, ce qui fut ordonné, après quoi ils prêtèrent serment1.
Jean-Louis, on se le rappelle, avait reçu la survivance du privilège accordé à son père ; mais, comme il était trop jeune pour en profiter, le Roi, informé que Geneviève était au courant de la composition de l’orviétan, et qu’il était resté dans la succession paternelle une quantité considérable de drogues servant à cette préparation, ordonna, par un brevet daté de Marly, le 12 juillet 1700, qu’elle travaillerait avec son frère à la confection de l’antidote ; que le premier médecin Fagon commettrait un homme capable pour inspecter leur travail ; que Geneviève toucherait deux mille livres par an, à commencer du jour du décès de leur mère, sur
1 Pièces justificatives, n° XXVI.
les deniers provenant de la vente dudit remède ; que l’inspecteur recevrait annuellement mille livres et que, lorsqu’il aurait l’âge de vingt-cinq ans, Jean-Louis composerait seul et débiterait à son profit ledit remède, conformément au privilège que le Roi lui accordait1.
Marie-Geneviève, âgée de dix-sept ou dix-huit ans, désireuse de jouir de sa liberté, et poussée, d’ailleurs, par de mauvais conseils, usa de procédés blâmables visà-vis de son tuteur et de ses parents paternels. Elle refusa d’habiter avec aucune de ses tantes afin d’échapper à leur surveillance, et parla d’épouser un individu avec lequel elle avait des rendez-vous presque quotidiens, faisant en tête à tête avec lui, des promenades à Vincennes et ailleurs, allant dans les cabarets et les cafés, rentrant souvent à des heures indues, de sorte que Ton pouvait tout craindre de la fragilité de son sexe et de son jeune âge. C’est pourquoi Rollin-Jacques Geffrotin, son aïeul maternel et son tuteur, présenta, le 1er octobre 1700, une requête au lieutenant civil pour la faire enfermer dans tel couvent de Paris qu’elle choisirait. Le 6, ses parents et amis s’assemblèrent pour donner leur avis. Furent présents : Charles-Louis Contugi, docteur en médecine, oncle paternel et maternel ; Alexandre Jannelle, oncle paternel ; Florent Carbonnet, oncle maternel ; Nicolas Geffrotin, marchand de vin, cousin germain maternel; François Carbonnet, bourgeois de Paris, et Louis de Garance, l’un des cent gentilshommes de la maison du Roi, amis. Après avoir
1 Pièces justificatives, n° XXVII.
prêté serment, tous furent d’avis que Marie-Geneviève serait placée dans un couvent de Paris désigné par le lieutenant civil qui fixerait la pension nécessaire pour cela et pour son entretien, le tout à prendre sur ses revenus.
Le lieutenant civil cita Geneviève devant lui ; elle comparut le 16 octobre, amenée par le commissaire, et reconnut être allée au cabaret du Tambour ; mais c’était sur les neuf heures du soir, et en commun. Il fut ordonné qu’elle se retirerait provisoirement dans le couvent .de la Conception 1 à Paris ; défenses lui furent faites de contracter mariage sans le consentement de ses parents et amis, et elle fut remise aux mains de son aïeul et du commissaire2.
Geneviève ne se tint pas pour battue. Elle adressa au ministre de la maison du Roi un mémoire dans lequel elle se plaignait d’avoir été enfermée sur la sollicitation de ses parents, en haine de ce qu’elle avait fait exclure un oncle de l’inspection de la composition de l’orviétan, et admettre une autre personne nommée par M. Fagon, dont ils voulaient l’obliger à réclamer la destitution. Le 19 octobre, le ministre demanda au lieutenant civil quels étaient les véritables motifs de cet internement, afin de pouvoir en rendre compte au Roi 3.
Elle fut bientôt remise en liberté car, le 3 no-
1 Etabli en 1635 rue Saint-Honoré, au coin de la rue Neuve- Luxembourg.
* Pièces justificatives, n° XXVIII.
3 Pièces justificatives, n° XXIX.
vembre 1700, Marie-Geneviève Contugi, demeurant sur le quai des Augustins, en considération des services qu’elle a rendus à Marie Geffrotin, sa mère et à ellemême, et pour la bonne amitié qu’elle lui porte, fait donation à Madeleine Baugin, veuve de feu Guillaume Soleil, l’un des deux cents barbiers perruquiers à Paris, demeurant sur le quai des Augustins, de la somme de onze cents livres de principal, formant moitié de celle de deux mille deux cents livres léguées par ledit Soleil à feu sieur Louis-Anne Contugi, suivant son testament reçu le 14 octobre 1695, par Prieur et Bonhomme, notaires. Cette somme de onze cents livres appartenait h la donatrice, comme héritière pour moitié, de son père L
Charles-Thomas Contugi, cornette de dragons du régiment de la Reine, mourut le 29 octobre 1701, et fut inhumé le 30, à Saint-André des Arcs. A son convoi assista Charles-Louis, docteur en médecine, son frère 1 2.
Outre l’orviétan, Geneviève et son frère vendaient des médicaments pharmaceutiques ; à la fin du mois d’août 1701, la Faculté, par l’organe de son doyen de Farcy, se prononça contre Jean Contugi et contre quelques apothicaires qui pratiquaient indûment la médedecine et la pharmacie 3.
Marie-Geneviève, fille de Louis-Anne, épousa, vers 1703, Joseph Marchand, ordinaire de la musique de la
1 Archives nationales, Y. 274, f° 296.
1 Bibl. nat. Coll. Clciirambault, t. CMLXXXIX, p. 1662.
3 Archives de la Faculté de médecine. — Bertrand, Annales medici , p. 450.
chapelle et de la chambre du Roi. Elle en eut sept enfants : Philippe-Charles, né en 1704; félicité, née en 1705 ; Angélique, née en 1706 ; Madeleine, née en 1708; Elisabeth, née en 1712; Anne, née en 1714, et Julie, née en 1716 h
Son frère Jean-Louis, écuyer, valet de garde-robe de Mgr le duc d’Orléans, toucha, le 22 mai 1705, pour Tannée précédente, une somme de cent livres, à cause de pareille rente constituée en son nom sur les aides et gabelles, le 16 avril 1700 2 .
Vers l’année 1706, il épousa damoiselle Marguerite du Chesnoy, fille de N. du Chesnoy, officier du duc d’Orléans, et de Marguerite Chevalier. Le 3 juillet suivant, n’ayant présentement aucuns enfants, ils se firent don mutuel, égal et réciproque, l’un à l’autre et au survivant d’eux deux, de tous les biens meubles et conquêts immeubles qui leur appartenaient et pourraient leur appartenir 3.
Charles-Louis donna à sa femme de légitimes sujets de mécontentement. Négligeant l’exercice de sa profession de médecin, il se laissait entraîner par des débauchés, fréquentait journellement les cabarets, s’obligeant pour ses amis, notamment pour Geffrotin, son beau-frère (Simon, marchand épicier); pour Gazon, cidevant commissaire; pour le sieur Contugi, son neveu (Jean-Louis), pour lesquels il avait dû payer les sommes
* Pièces justificatives, n° XXXIV.
8 Bibl. nat. Manuscrits. Pièces originales, au mot Contugi. 3 Archives nationales, Y 278, f° 466 v°.
dont il avait répondu en leur nom, après avoir été exécuté, et sans espoir de les recouvrer. Cette conduite avait jeté le désordre dans ses affaires ; il avait ainsi dissipé son bien et une partie de celui de sa femme. Aussi, celle-ci se décida-t-elle à demander sa séparation de biens. Le 22 septembre 1705, elle présenta dans ce but une requête au lieutenant civil. Le 8 octobre 1706, les témoins déposèrent des faits ci-dessus1.
Le 23 octobre suivant, le défendeur fut condamné à rembourser à sa femme la somme de quatorze mille deux cents livres qu’elle lui avait apportée en mariage; il fut ordonné qu’elle pourrait toucher les arrérages dus sur la ville et autres, à elle appartenant; que les meubles saisis à la requête de la demanderesse seraient vendus, et les deniers en provenant, à elle délivrés jusqu à concurrence de son dû. Le défendeur fut débouté et condamné aux dépens. Sa femme consentit à lui servir une rente de trois cents livres, à la condition qu’elle jouirait seule des biens qui pourraient lui échoir2.
Malgré sa conduite et ses torts conjugaux, Charles continua d’habiter avec sa femme, rue du Four-Saint- Germain, près de la Croix-Rouge ; c’est là qu’il mourut le 19 juillet 1707. Son corps fut inhumé le lendemain en l’église Saint-Sulpice, et un service fut célébré le samedi 23 du même mois dans la chapelle des Ecoles 3.
* Pièces justificatives, n° XXXI.
! Pièces justificatives, n° XXXII.
3 Archives de la Faculté de médecine de Paris. Commentaria , t. XVII, p. 682.