CHAPITRE VIII
Les enfants de Jean-Louis. — Survivance du privilège donnée à Florent- Jean-Louis. — Mort de Marie-Geneviève IL — Avis de parents pour ses enfants. — Mort de Jean-Louis. — Sa veuve se remarie. — L’orviétan passe aux mains de Florent. — Son tuteur.
Jean-Louis eut trois enfants. L’aîné, Florent-Jean- Louis, naquit le 19 juin 1708, et fut baptisé le lendemain. Il eut pour marraine sa grand’mère Marguerite Chevalier, veuve de M. du Chesnoy; Marguerite-Françoise, née au mois de décembre 1709, était encore vivante et non mariée en 178o 1 ; enfin, Anne Contugi vint au monde en septembre 1711.
Voulant assurer à son fds la propriété de l’orviétan, Jean-Louis demanda au Roi la survivance de son privilège pour Florent- Jean-Louis. Il l’obtint, sur la recommandation du duc d’Orléans, à la condition, toutefois, que si Jean-Louis venait à décéder avant sa femme, celle-ci en jouirait conjointement avec son fils, et partagerait les gains et profits qui en proviendraient, avec les mêmes conditions et garanties que
1 Pièces justificatives, n° XLYII.
par le passé : le 10 mai 1 7 1 G , signé, Louis, le duc d’Orléans présent. Enregistré le 20 octobre suivant1.
Marie-Geneviève Gontugi, fdle de Louis-Anne, étant venue à mourir, Joseph Marchand, son mari, resté veuf avec sept enfants, provoqua une assemblée de parents et d’amis pour avoir leur avis au sujet de la nomination d’un tuteur et d’un subrogé-tuteur à ses enfants mineurs. Ils se réunirent le 31 juillet 1719, et demandèrent que Marchand, père des mineurs, fût élu comme tuteur, et le sieur Contugi, leur oncle maternel, comme subrogé-tuteur2.
Ordonnance conforme fut rendue ledit jour.
Signé: D’Argenson,
« Le 29 décembre 1719 eut lieu le transport aux Grands-Augustins , du corps de Jean-Louis Gontugi, escuier, valet de garde-robe de Msr le duc d’Orléans, mort le 28, quay des Grands-Augustins, âgé d’environ trente-cinq ans. Florent-Jean-Louis, son fils, assista à la cérémonie 3. »
Sa veuve se remaria sept mois après4. « Le 3 août 1720, furent mariés Charles Le Desmé, écuier, gentilhomme servant ordinaire chés le Roy, fils de Charles Le Desmé, avocat en Parlement, et de Henriette Jacob,
1 Pièces justificatives, n° XXXIII.
* Pièces justificatives, n° XXXIV.
3 Bibl. nat. Coll. Claïrumbault , t. CMLXXXIX, p. 1882.
x La coutume de Paris permettait aux veuves de se remarier aussitôt qu’elles le désiraient, sans leur imposer aucun délai de viduité. V. Pothier, Œuvres, t. VI, p. 244, n° 530.
et Marguerite du Chesnoy, veuve de Jean-Louis Contugi, escuier, valet de garde-robe ordinaire de son Altesse Royale Msr le duc d’Orléans, Régent du royaume. Présents : les père et mère du marié, Adrien du Chesnoy,
ancien mousquetaire du Roy l. »
Le 10 février 1721, naquit leur fds Jean-Charles, baptisé le 11 2, qui, le 19 avril 1746, fut marié à Saint- Sulpice par le curé des Invalides, avec Louisc-Hen* riette-Françoise de la Roche-Courbon, de la paroisse de Saint-Léger, au diocèse de Saintes3.
Le 27 janvier 1723, damoiselle Contugi, âgée d’environ vingt-trois ans, fdle, demeurant rue des Canettes, déposa, avec Geneviève Geffrotin, âgée de quarante-cinq ans, veuve de Florent Carbonnet, dans une information faite par le commissaire Charles, à propos de coups et blessures, et signa « Anne Contugi 4 ». Il s’agit évide mment d’une fille d’Alexandre Contugi, née au commencement de l’année 1701, ayant par conséquent vingt-deux ans révolus, et qui logeait dans la maison de son aïeul maternel.
La veuve de Charles-Louis habitait, au carrefour de la Croix-Rouge, une autre maison provenant de son père, et dont elle était copropriétaire avec sa sœur Geneviève Geffrotin. Toutes deux déposèrent, le 19 décembre 1724, une plainte contre Lallier, boucher, leur locataire, qu'elles avaient fait condamner à démé-
* Bibl. nat. Coll. Clairambault , t. CMLXXXIX, p. 1895.
2 Bibl. nat. Coll. Clairambault, t. CMLXXXIX, p. 1901.
3 Bibl. nat. Cabinet des titres , t. DCCLXVII, f° 508 v°.
1 Archives nationales, Y 10744.
nager, et qui se vengeait par des vexations et de mauvais procédés1.
La mort de Marguerite du Chesnoy fit passer à son fils Florent-Jean-Louis le privilège dont il avait obtenu la survivance. Le Roi lui accorda de nouveau, le 10 avril 1727, le droit exclusif de composer et de débiter l’orviétan à condition que, sur le produit de la vente, il serait payé annuellement quatre cents livres
y, ^ octeui en médecine, que le premier médecin Dodart avait présenté pour inspecter la composition de cet antidote, jusqu’à ce que Contugi eût atteint l’âge de vingt-cinq ans. A cette époque, cette somme devait revenir à Marguerite et à Anne Contugi, ses sœurs, entre lesquelles elle serait partagée également, à titre de pension alimentaire qui s’éteindrait à leur mort. Les six cents livres restant sur les mille li\ics précédemment attribuées à l’inspecteur, passeraient aussi pendant leur vie et par portions égales, aux six enfants survivants de Marchand et de feue Geneviève Contugi, qui avait élevé ledit Jean-Louis, — Elisabeth, l’une de ces enfants, était décédée, — sous forme de pension alimentaire, pour s’éteindre partiellement à la mort de chacun d’eux 2.
Les enfants de Jean-Louis demandèrent alors l’autorisation de jouir de leurs revenus; des lettres patentes du 26 mars 1727 la leur accordèrent 3. Le 22 avril
1 Pièces justificatives, n°XXXV.
4 Pièces justificatives, n° XXXVII.
3 Pièces justificatives, n° XXXVI.
L’ORVIETAN
suivant, leur parents et amis se réunirent pour faire entériner ces lettres, et nommer un curateur aux causes et actions des mineurs. Furent présents, Adrien du Chesnoy, écuyer, ancien mousquetaire de la première compagnie, oncle maternel; Alexandre Contugi, bourgeois de Paris, demeurant carrefour de la Croix-Rouge, cousin germain paternel; Nicolas-Laurent Dionis, ancien prévôt des maîtres chirurgiens jurés de Paris, demeurant rue Sainte-Anne, cousin, etc., lesquels désignèrent comme curateur aux causes et actions des mineurs, François Perrin, bourgeois de Paris, pour prendre qualité dans la succession de leur mère, et, afin que Florent-Jean-Louis Contugi, à présent seul propriétaire du privilège de la vente de l’orviétan dont le produit était le principal bien, conservât le secret de sa composition et en assurât la distribution, et ne pût dissiper ses revenus au fur et à mesure de la réception des deniers, ils furent d’avis qu'il ne pourrait disposer du produit de la vente, dont Perrin demeurerait séquestre jusqu’à ce que Contugi eût atteint l’âge de vingt-cinq ans. Et attendu que, lors de la clôture de l’inventaire fait après le décès de Marguerite du Chesnoy, ledit Perrin avait été nommé séquestre de l’orviétan trouvé en nature, des drogues et autres ustensiles faisant le fonds des marchandises destinées à la composition de ce remède, et renfermées dans un magasin fermant à deux clefs, dont l’une avait été remise audit Contugi, et l’autre au sieur Perrin, les comparants furent d’avis que tous deux resteraient dépositaires desdites clefs et, pour régler la manière
dont se feraient la recette et la dépense auxquelles Perrin serait obligé pour la composition et la vente dudit orviétan, décidèrent qu’il serait tenu par Contugi et Perrin un journal double sur lequel seraient inscrits l’entrée et la sortie des marchandises; que, sur le produit de la vente, il serait payé annuellement par Perrin à Contugi, mille livres en quatre termes égaux, et quatre cents livres pour gages et nourriture de la fille de boutique préposée à la distribution de l’orviétan, ensemble le loyer de la maison que ledit Contugi occupait pour cette distribution; que Perrin toucherait quatre cents livres pour ses honoraires et appointements, et qu’il avancerait et paierait tous les autres frais nécessaires pour la composition de l’orviétan J.
1 Pièces justificatives, n° XXXVIII.