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CHAPITRE IX

Abus des privilèges. — Nicolas et Antoine de Blégny. — Procès entre Florent- Jean-Louis et les apothicaires. — Inventaire de sa boutique. — Les Poloni. — Cabanel. — Le baume à Simonne. — Une estampe. — Antoine Levantin. — Beaulieu. — Testament de h lorent-Jean-Louis. — Sa mort. — Ses sœurs héritent

de son privilège. — Procès d’Alexandre Contugi contre le sieur Pochet.

En 1 T 28, on reconnut l’abus des brevets, permissions et privilèges pour la distribution des remèdes prétendus spécifiques qui inondaient le public. Comme c’était une source importante de profits pour le Trésor et pour le premier médecin, on en avait accordé un grand nombre, sans trop se soucier de la moralité des pétitionnaires, ni de la valeur des produits qu’ils vendaient. Le mensonge et 1 audace des titulaires constituaient trop souvent le seul mérite de leurs drogues 1 .

Le nombre en était considérable. Parmi les lettres patentes enregistrées a la Prévôté de l’Hôtel, nous en avons relevé dans une période s’étendant de 1703 à 1783, plus de deux cent vingt pour la seule vente des orviétans. Si on y ajoutait les privilèges antei leurs, on arriverait à un .chiffre incroyable. Il nous a paru intéressant de donner cette liste dans laquelle on rencontre des rançais, des Suisses, des Italiens, des Moscovites, des Allemands^ f es operateurs, des botanistes, des herboristes, des chimistes, des

Parmi eux, Nicolas de Blégny, intrigant laineux, mérite une place à part. Né vers 1642, il entra à treize ans comme clerc de la compagnie des chirurgiens de Saint-Côme, en sortit quelques années après, se fit recevoir barbier chirurgien, se logea au faubourg Saint-Germain, et épousa une sage-femme. Il ouvrit des cours de chirurgie, de médecine, et donna même des leçons de perruque aux garçons barbiers qu’il recevait ensuite moyennant finance b II confectionna des bandages herniaires. Daquin, premier médecin du Roi lui commanda une description du remède de l’an-

glais Talbot, — le quinquina, — dont Louis XIV venait d’acheter le secret; il reçut le brevet de barbier-chirurgien suivant la Cour, enregistré le 18 juin 1678, à la Prévôté de Tllôtel2. Ayant fondé une Académie des nouvelles découvertes en médecine , il en publia les mémoires dans lesquels il outrageait les médecins. Un arrêt du Conseil interdit cette publication, qui continua en Hollande. De Blégny obtint la place de premier commis aux rapports en chirurgie de la suite de la Cour, par lettres enregistrées à la Prévôté de 1 Hôtel, le 9 octobre 1682 3. L’année suivante, il acheta la

dentistes, des oculistes, des médecins, des chirurgiens,4 des chirurgie ns-majors, d’anciens chirurgiens de marine, un aubergiste, une opératrice, un ex-médecin du roi, un ancien chirurgien des hôpitaux. Voir, Pièces justificatives, n° LU.

1 Eloy. Dictionnaire historique de la médecine , t. I, au mot Blégny.

* Archives nationales, Registres de la Prévôté de l’Hôtel, V 3 189, f° 4.

3 Archives nationales, V3 189, f° 113.

charge de chirurgien ordinaire de Monsieur, dont il fut bientôt obligé de se défaire. Pensant mieux réussir en médecine, il se fit recevoir docteur de la Faculté de Caen, et parvint à se faire nommer médecin ordinaire du duc d’Orléans, par lettres patentes enregistrées à la Prévôté de l’Hôtel, le 25 janvier 1685.

Il se fit encore donner un privilège d’apothicaire épicier suivant la Cour, enregistré à la Prévôté de l’Hôtel, le 7 décembre 1685, et sousdouait des boutiques avec profit. Ainsi, le 6 mai 1688, bail fut passé par Nicolas de Bligny (sic), conseiller, médecin ordinaire de Monsieur, frère unique du Roi, titulaire de 1 un des six anciens privilèges d’apothicaire épicier suivant la Cour, et principal locataire des cinq, six, sept et neuf [ièmes] boutiques du collège des Quatre- Nations, demeurant entre ledit collège et l’hôtel de Conti, paroisse Saint-André des Arcs, au sieur Dominique Dormant, apothicaire oculiste, demeurant sur ledit quai, des six et septième boutiques, moyennant cinq cents livres par an, pour trois années, à la charge de laisser un passage au sieur Boilleau, locataire de la cinquième boutique où se trouvait la manufacture royale des bandages nouvellement inventés par lui avec privilège du Roi, et de permettre audit Boilleau de mettre un tableau indicatif au-dessus de la septième boutique1.

Enfin, en 1687, il fut nommé médecin ordinaire du Roi, a la surprise générale. Il entreprit de faire revivre un ordre du Saint-Esprit autrefois établi à Montpellier;

1 Archives nationales, V3 190, f° 68 v°.

L’ORVIETAN

il en portait la croix, se fit appeler Chevalier et poursuivit ceux qu’il prétendait avoir usurpé les revenus de cet ordre. Tous ces moyens ne lui ayant pas réussi, il loua une maison a Pincourt, près de la porte Saint-An-

toine, et y établit un jardin médicinal et une pension pour les étrangers malades qui, moyennant une redevance quotidienne, y étaient nourris, logés, pansés et médicamentés. Tous les dimanches, les médecins de la Société royale de médecine y donnaient à dîner à douze pauvres honteux servis par de Blégny lui-même1. Mais le Roi. informé que ce n était qu un prétexte poui masquer les débauches qui s’y faisaient, lit mettre Blégny au Fort-l’Evêque, le 4 juin 1693. De là, il fut conduit au château d’Angers, où il resta enfermé pendant sept ou huit ans. Après avoir ensuite parcouru lltalie, il se fixa à Avignon où il exerça la médecine, et y mourut en 1722, âgé de soixante-dix ou quatre-vingts ans. Il était, dit Dionis, assez bien fait, toujours proprement vêtu, parlant et écrivant avec facilité. Studieux, inventif et laborieux, il aurait réussi s’il avait fait un

meilleur usage de ses qualités naturelles 2.

En 1691, Blégny publia en feuilles, Les Adresses casuelles de la ville de Paris. La même année, parut un volume intitulé : Les Adresses de la ville de Paris , avec le trésor des almanachs , livre commode en tous lieux , en tous temps et en toutes conditions , par Abraham du Pradel , astrologue lionnois.

Abraham du Pradel. Le Livre commode , édit. Jannet, 1. 1, p. 2o-26. P. Dionis. Cours d' Opérations de chirurgie , Histoire du

nomme Blégny.

L’édition de 169.2 a pour titre : Le Livre commode , contenant les adresses de la ville de Paris , par A. du Pradel, philosophe mathématicien.

Cet ouvrage, imité de Y Inventaire des adresses que Théophraste Renaudot publiait en 1629, et d’un livre anglais paru en 1677, aurait rendu de véritables services s'il avait été complété ; on y rencontre les noms d'un grand nombre de charlatans ; naturellement, son fils et lui y trouvent place.

Ce fils, Antoine de Blégny, fut nommé apothicaire de la garde-robe du Roi, par lettres patentes enregistrées le 8 juin 1688, à la Prévôté de l'IIôtel1. Sa boutique était située sur le quai de Nesle, au coin de la rue Guénégaud. Il vendait le véritable orviétan original d’Italie, étant, dit A. du Pradel, le seul artiste auquel la recette en avait été communiquée par Ilieronymo Cei, dernier héritier du secret de Ilieronymo Ferranti 2. Ce dernier trait donne la mesure du savoir-faire de de Blégny. Cei, dit le Spezzafer, bon acteur de la comédie italienne, était mort dans les premiers jours d’avril 16853; il est à présumer qu’il n’avait avec Ferranti d’autre lien qu’une communauté de prénom. Bernier 4 rapporte qu’avant l’année 1695, Antoine fut condamné pour usurpation, sur la plainte d’un autre Orviétan. Il s’agit de Louis-Anne Contugi dont il s’ôtait approprié le titre et

1 Archives nationales, V3, f° 73 v°.

2 A. du Pradel. Le Livre commode , t. I, p. 169-170.

3 Journal de La Grange.

* Histoire chronologique de la médecine , etc., 1695, p. 477.

la marque, et qui continuait la lutte contre les contrefacteurs.

Le 3 juillet 1728, un arrêt du Roi, rendu sur les représentations de son premier médecin, ordonna une révision générale des privilèges et brevets, dont fut chargée une Commission composée des médecins, chirurgiens et apothicaires de la Cour, savoir : Dodart, premier médecin du Roi ; Helvétius, premier de la Reine ; Geoffroy, doyen de la Faculté de médecine ; Silva, médecin consultant du Roi; Vernage; Mareschal, premier chirurgien du Roi ; La Peyronie, premier chirurgien du Roi en survivance ; Malaval, chirurgien du parlement; J.-L. Petit et les apothicaires Boulduc et Geoffroy. Un arrêt du Conseil, du 25 octobre suivant, nomma une nouvelle Commission pour achever cette révision visée dans les arrêts du 17 mars 1731, 13 octobre 1752 et 10 septembre 1754 1 .

Le 1er août 1729, Jean-Louis fit opérer une saisie chez Geoffroy, Chilhaud, Dubois, Jendon et Labau, qui furent condamnés. Par représailles, le 6 août suivant, à la requête de Nicolas-Louis Frémin, Nicolas Pia et Antoine Chilhaud, marchands apothicaires épiciers de la ville de Paris, Jean-François Le Trouyt-Deslandes, commissaire au Châtelet, se transporta avec eux sur le quai des Augustîns, dans la boutique du sieur Contugi, se disant privilégié pour vendre l’orviétan. Assistés d’un huissier, ils requirent la saisie de toutes les mar-

1 Observations sur la requête présentée au Roi par la Faculté de médecine contre V établissement de la commission royale de médecine, Louvain, 1773.

chandises d’apothiçairerie et des boîtes d orviétan qui se trouvaient dans sa boutique et dans son magasin, faute par lui d’avoir rapporté ou envoyé a M. le lieutenant général de police, son privilège, dans les deux mois qui avaient suivi son obtention, suivant les arrêts du Conseil d’Etat, des 3 juillet et 25 octobre 1728.

Dans un petit comptoir de la boutique, ils trouvèrent une femme à laquelle ils demandèrent où était Contugi; elle répondit qu’il était dans sa chambre, au troisième étage; ils y montèrent, et le trouvèrent en chemise. Ils lui dirent que son privilège n’ayant pas été produit dans les délais, était révoqué, et les remèdes, jadis approuvés, proscrits à l’avenir.

Contugi répondit qu’il ne savait qu’en dire, et envoya chercher le sieur Andry, ancien doyen de la Faculté de médecine et inspecteur de la composition de l’orviétan, et François Perrin, son curateur. Andry déclara qu’il n’avait pas eu connaissance des arrêts ni de l’ordonnance du lieutenant général de police, et que Contugi allait s’y conformer. Il affirma qu’il n’y avait en magasin que de l’orviétan en poudre, des drogues servant à sa composition, et trois cruches d’huile.

Devant l’insistance des apothicaires, le commissaire de police apposa sur la porte d’un petit cabinet situé au quatrième étage, non compris l’entresol, dont les sieurs Andry, Perrin et Contugi refusèrent de représenter les clefs pour ne pas faire voir les drogues qui entraient dans la composition de l’orviétan, six scellés sur les bouts de trois bandes de papier appliquées sur la porte et sur son jambage.

Ensuite, ils descendirent dans la boutique où ils -retrouvèrent la même femme, nommée Suzanne Anselin, commise par Perrin pour vendre l’orviétan. Sur la requête du commissaire de représenter les boîtes qui se trouvaient dans la boutique, afin d’en opérer la saisie, les maîtres et gardes apothicaires consentirent à une simple description, à condition que Suzanne se chargerait de les représenter ou d’en rendre compte. Elle ouvrit alors une petite armoire située à gauche audessus de son comptoir, où se trouvèrent trente-six boîtes d’orviétan liquide de différentes grandeurs. Dans une autre armoire située à droite étaient quinze boites d’orviétan en poudre, toutes semblables, une autre boite d’orviétan, et un plat de terre rempli d’orviétan liquide d’environ huit livres.

Toutes ces boîtes furent laissées en place, et l’on

apposa les scellés sur la porte du magasin; le tout fut

remis en la garde de Suzanne, qui élut domicile dans la maison. Et tous signèrent, à l’exception des sieurs Andry, Perrin et Contugi, qui s’y refusèrent. Signé : Suzanne Anselin, Pia, Frémyn, Chilhaud, Girardeau, Le ffrouyt-Deslandes L Aucune saisie ne fut donc opérée.

Le 8 août, Contugi parut par procureur devant le lieutenant de police qui, sur le vu du privilège, ordonna main-levée des scellés, et le condamna aux dépens. Les scellés furent levés le 13 août.

Diverses saisies avaient également été opérées au

1 Pièces justificatives, n° XXXIX.

'opérateur sans pareil D’apres une ancienne estampe.

L’ORVIETAN

nom de Roberte Richard et de Louis-Anne, de Jean- Louis et de Marguerite du Chesnoy, chez Jean Regnauld, rue Dauphine, chez La Rlache, rue de 1 million, représentant son maître Boulogne, aide apothicaire du Roi, qui prit fait et cause pour son garçon, chez Léonard Bys, apothicaire ordinaire des Cent- Suisses; toutes ces procédures se ressemblent, et ne nous retiendront pas plus longtemps.

On se rappelle que Christophe Contugi avait eu, en 1656, de longs démêlés avec C. Poloni. La famille de ce dernier avait continué à vendre l’orviétan. Le avril 1731, Pierre Chirac, premier médecin du Roi, après examen du baume universel des sieur Poloni et Cabanel, opérateurs-dentistes, leur permit de le distribuer pendant trois ans, pour les coupures, blessures et douleurs, sans pouvoir vendre d’autres médicaments1. Trois ans après, cependant, le 18 septembre 1734, Antoine Cabanel rapporta des certificats constatant que ses remèdes avaient réussi dans les maladies auxquelles ils étaient destinés, savoir : l’orviétan, pour les crudités d’estomac, pour les fièvres, pour les coliques, pour la morsure des bêtes venimeuses et pour les maladies des bestiaux, et son baume, pour les coupures, brûlures, foulures des tendons, douleurs de sciatiques et rhumatismes. Aussi son brevet fut-il renouvelé par François Chicoyneau, premier médecin du Roi2. Le même jour, 18 septembre 1734, fut enregistré à la Prévôté de l’Hô-

1 Archives nationales, V8 192, f° 83 v°.

2 Archives nationales, V3 192, f° 132.

tel, son brevet d’opérateur suivant la Cour. Son baume était connu dans le peuple sous le nom de Baume à Simonne , à cause d’une guenon qui l’accompagnait, et dont les tours et les grimaces amusaient les passants. Une estampe intitulée Y Opérateur sans pareil, le représente à cheval avec sa femme et sa suite, distribuant sur la place Dauphine ses fioles au public; Simonne est montée sur la croupe du cheval du trompette. On lit au-dessous :

Trompettes, annoncez le maître de Simonne,

Accourez promptement, illustres spectateurs,

Et vous reconnaîtrez en sa rare personne Le plus grand de nos orateurs.

L’éloquence, chez lui, coulant comme de source,

On ne le voit jamais tarir dans ses discours Sur son merveilleux baume, et son puissant secours; Mais c’est pour mieux tarir la bourse.

Le 10 septembre 1776, Antoine Cabanel fit enregistrer sa nomination de chirurgien dentiste du comte d’Artois1. S’agit-il encore du même, ou de son fils?

Le 30 août 1763, Jean Sénac, premier médecin, après examen des remèdes présentés par Félix Poloni, lui permit de composer, vendre et distribuer dans tout le royaume, à l’exception de la ville et de la banlieue de Paris, son orviétan pour les crudités de l’estomac, vices de digestion, lièvres intermittentes, maladies vermineuses, poisons froids, et pour les maladies des

1 Archives nationales. Prévôté de Vüôtel , V* 192, f° 132 et "N * 193, f° 145.

bestiaux, et son bajime, pour les plaies, ulcères, brûlures, foulures des tendons et douleurs rhumatiques, pendant l’espace de trois ans i. Cette famille ne paraît plus dans la suite.

Les années précédentes virent éclore d’autres querelles entre les Contugi et leurs imitateurs ; ceux-ci se poursuivaient également entre eux. Il serait fastidieux de rapporter tous ces procès; nous nous contenterons d’en indiquer un petit nombre.

Antoine Levantin, dit l’Orviétan, médecin romain, se disant l’élève de l’italien Ptolomei, prétendait descendre d’Horace Levantin, de Rome, inventeur de cette panacée. Il avait obtenu, en 1G29, du pape Urbain VIII, une bulle l’autorisant à la débiter dans tout le territoire du Saint-Siège, avec défenses à toutes personnes de le vendre, à peine de mille ducats d’or et d’excommunication. Il vint en France, obtint, des parlements de Grenoble et de Provence, des arrêts portant la même permission, et lui attribuant la marque du Soleil. La peine comminatoire fut changée en celle de trois mille livres d’amende et la confiscation.

Quelques années après, Charles Beaulieu, opérateur de descentes , et opérateur des armées navales, obtint du Roi un brevet lui permettant de distribuer ses remèdes dans toute la France, d’établir des théâtres et d’y donner des représentations comiques. Ce brevet fut enregistré au parlement d’Aix, avec défenses à tous autres de composer ni de vendre l’antidote dit orviétan

* Archives nationales, V3 193, f° 29.

de France, avec la marque du nom de Jésus, sous peine de cinq cents livres d’amende.

Levantin et Beaulieu eurent ensemble un long procès qui se termina le 20 mai 1678, devant le parlement d’Aix, par la condamnation de ce dernier. Au cours des débats qui eurent lieu à cette occasion, il fut dit que les Turcs en faisaient usage en Asie, que Jean- Pierre Mazari, vénitien, l’avait vendu sous l’enseigne du Soleil, et que du Lis, qui se prétendait fds de l’Orviétan, natif de Rome, le débitait sous la même marque, etc. i.

Florent-Jean-Louis ne se maria point, peut-être à cause de sa mauvaise santé. Se sentant près de mourir, il fit son testament. Le 7 octobre 1740, couché dans sa chambre située au second étage, non compris l’entresol, au coin de la rue Dauphine et du quai, « indisposé de corps, mais sain d’esprit », il dicta à Desmeures, notaire, ses dernières volontés. Dans cet acte, il déclare qu’il appartient à la communion romaine, recommande son âme à Dieu, intercède la Vierge Marie et les saints du Paradis, demande un enterrement simple et modeste. Il substitue aux enfants nés et à naître en légitime mariage de dame Anne Contugi, sa sœur, épouse séparée quant aux biens de M° Louis Sagot, procureur au Parlement, la part qui doit revenir à sadite sœur dans les biens meubles, immeubles, deniers comptants et effets de sa succession. Il veut qu’il soit fait emploi en acquisition d’héritages ou rentes, du prix de ces meubles, deniers comptants et autres effets ; l’usufruit

1 Journal du Palais , t. I, p. 901.

du tout sera réservé a ladite dame Sagot, sans pouvoir être saisi sous aucün prétexte. Pour exécuter ce testament. il nomme Marguerite-Françoise, sa sœur, fille majeure, révoquant tous autres testaments, codicilles ou dispositions antérieures. Signé Desmeures et Sellier, notaires.

Florent possédait une maison à Versailles. Il mourut le 9 octobre 1740 V

Avec lui s’éteignit le dernier représentant mâle de la famille Contugi. Ses deux sœurs s’occupèrent de recueillir la succession de leur frère et, le 27 octobre 1740, elles représentèrent au Roi que, Florent- Jean -Louis étant mort sans postérité, elles offraient de continuer aux enfants Marchand, non seulement la pension de six cents livres qui leur était attribuée, mais encore les quatre cents livres dont elles jouissaient elles-mêmes , payables par semestre, à la condition que le privilège leur serait accordé. Elles assuraient que, ayant toujours travaillé avec leur père et leur frère à la composition de l’orviétan, elles seraient en état de le maintenir dans sa perfection. Leur demande fut accordée aux mêmes conditions que par le passé, sans préjudice, néanmoins, aux maîtres et marchands apothicaires de Paris, de composer, vendre et débiter l’opiat appelé orviétan, dont la composition leur était enseignée par les livres de leur art1 2.

Nous avons vu, en effet, que cette préparation était

1 Pièces justificatives, n° NL.

* Pièces justificatives, n° XLI.

entrée depuis longtemps dans le domaine de la pharmacie, et ce ne fut plus qu'au point de vue privé qu’elle se conserva avec sa composition particulière, dans les mains de Marguerite et d’Anne, derniers membres de la famille Contugi qui vendirent ce médicament.

Alexandre Contugi, fils du médecin Charles-Louis et de Marie-Anne Geffrotin, greffier au criminel du Parlement de Paris, avait épousé vers 1700, Anne-Pétronille Le Saint-Père, dont il eut une fille nommée Anne. Un certain Pochet, fils d’un maître chandelier, ivrogne des plus dangereux, les insulta grossièrement et les menaça de les tuer. Le 16 septembre 1740, les 26 mai et 4 août 1741, ils déposèrent diverses plaintes devant maître Leblanc, commissaire au Châtelet; une enquête fort curieuse fut faite les 18, 20 et 22 août suivants, dans laquelle dix témoins déposèrent que Pochet avait maintes fois proféré des injures et des grossièretés contre les époux Contugi, menaçant le sieur Alexandre de son épée; un jour même, il faillit le tuer avec une fourche, etc. b Cette affaire se termina probablement par une condamnation.

1 Archives nationales, Y 10755.

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