CHAPITRE X
Les sœurs Contugi cèdent l’orvictan. — Charles Dionis. — Débats avec les apothicaires. — Brevets accordés par Dionis aux charlatans. — Portier. — Lécluse. — Poloni. — Agironi. — L’art Iatrique. — La famille Toscano. — Trips. — Dionis se remarie. — Sa mort. — Son inventaire. — Marguerite-Françoise Contugi. — Les fds Sagot. — L’épicier Regnard. — Décadence de l’orviétan.
L’exploitation de leur privilège causa-t-elle trop de peine et d’embarras aux deux titulaires, ou bien vintelle à péricliter entre leurs mains? On ne sait; toujours est-il qu’elles exposèrent au Roi que, craignant de ne pas réussir parfaitement dans la préparation de l’orviétan, elles suppliaient Sa Majesté d’accepter à leur place le sieur Dionis1, docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, petit-fils du sieur Dionis 2, premier
1 Charles Dionis, reçu docteur en médecine de la Faculté de Paris, le 16 septembre 1738.
* Pierre Dionis, né à Paris vers 1640, de Pierre Dionis, menui-
sier des bâtiments du Roi, et de Anne Baudin. Nommé en 1669 chirurgien ordinaire de la Reine, il obtint, la même année, la permission de tenir boutique à Paris (Arch. nat. Y3 188, f° 206, v°). Démonstrateur au jardin du Roi sous Cressé, il y fut, en 1673, nommé professeur d’anatomie et d’opérations. Devenu chirurgien
chirurgien de Madame la Dauphine, et son épouse Marie- Françoise Andry. Le Roi, par ses lettres du 29 septembre 1741, accorda leur demande aux conditions mentionnées dans le privilège du 27 octobre 1740 et, en outre, moyennant qu’une somme annuelle de mille livres serait prélevée pour être partagée également entre les six enfants de Marchand, à titre de pension alimentaire ; qu’une autre somme de mille livres de pension viagère serait payée à la demoiselle Marguerite Contugi, et autant à la dame Sagot. Au cas où cette dernière viendrait à décéder avant le sieur Dionis, les mille livres seraient réduites à cinq cents livres de pension viagère à partager entre les enfants qu’elle se trouverait avoir alors; si, au contraire, le sieur Dionis mourait le premier, ces cinq cents livres seraient réduites à deux cent cinquante de pension viagère partagées entre les enfants Sagot, et payées par la veuve Dionis, conformément à l’acte passé le 5 du présent mois, devant Caron et Crevon, notaires à Paris; le tout avec les garanties ordinaires, au profit des sieur et dame Dionis i.
Nicolas Andry, inspecteur préposé à la composition de l’orviétan, et beau-père de Charles Dionis, avait inspiré ce marché avantageux pour sa fille. On y voit, en effet, que la vente de ce remède produisait encore de beaux bénéfices.
de la Cour, il mourut le 11 décembre 1718, et fut inhumé à Saint- Roch. 11 était, par sa mère, le cousin de Mauriceau, célèbre accoucheur.
1 Pièces justificatives, n° XLII.
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nul Imrct d'amende . A »in(i Rt.'.l eft mentionné éi Lettre. ^ | P jjn| ^ ,.
dudit Conwgi, Original Otnetan. Donné à Pans en la glande Chancellerie y
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grand grincement Ac dcari. .uccmflaronunon U ficcné au êofi< tSc *“ P* , * loUtcl . 40CC tne nffufeifan q.K pir *■» E« •»»<! »omilTement 1c» intcftim & Ici entrailles fe (o&leuenc p. <j j: .... <;«„/>, v
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a. peur, ue montent .ucerue.uile^r. elle» pou, mreurc.ufer de. r ri J ruent le. grande, douleur.
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n>.u»,Uper.meurd'.»e(cud*or,^,i .lf.udr.p.teil]emeutd.(roudre dan. andeuiy acné deatu Vont feTe. . d, rern. ,ue ledit 0.u,e,.ureco.fe;.lec.f. bon, «lefp.ce de, rnj. c, ni u.kd mcu qu'on le tienne en liai qui ne (bit 07 tr^chzini t»y trop froid : Je • tl deuenott fe« » ^ P ?
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PROSPECTUS DE L ORVIÉTAN D’après un exemplaire de la Bibliothèque nationale.
Dionis requit l’enregistrement de ces lettres le 21 juillet 17oo. Les* maîtres et marchands apothicaires de Paris demandèrent, le 23 septembre, que cet enregistrement mentionnât les mêmes charges et conditions que celles qui étaient portées dans le privilège de Florent-Jean-Louis, du 18 février 1737, et notamment, qu’ils pourraient, conjointement avec trois docteurs de la Faculté de médecine de Paris, faire chez les sieur et dame Dionis les visites accoutumées de toutes les drogues qui pourraient se trouver dans leur boutique, servant à la composition de leur orviétan, même de faire l’épreuve de ces drogues. Les demoiselles Contugi et dame veuve Sagot déclarèrent s’en rapporter à la prudence de la Cour. Après avoir entendu maître Tennesson pour Dionis, Savin pour les apothicaires, et Le Pelletier de Saint-Fargeau pour le procureur général, la Cour rendit un arrêt accordant les demandes ci-dessus et donna défaut contre la demoiselle Contugi et consorts l. Enregistré au Parlement, le 8 juillet
L'orviétan sortit ainsi de la famille Contugi qui l’avait exploité pendant près de cent ans avec succès et profit; Charles Dionis le vendit à sa place. Petit-fils du célèbre Pierre Dionis, et fils de François Dionis, chirurgien ordinaire de la Dauphine, il oublia le respect dù à ces noms honorés ; peu scrupuleux dans le choix des moyens de s’enrichir, il traita avec des charlatans et s’associa même avec eux. Il ajouta au prospectus
Pièces justificatives, n(> XLIII.
L’ORYIÉTAN
des Gontugi, une feuille dans laquelle il indiquait ses titres et l’adresse du bureau de vente b
Par acte notarié du 2 mai 1764, il donna à Nicolas Portier, opérateur, chevalier de l’ordre de Saint-Jean de Jérusalem, le droit de vendre dans toute l’étendue du royaume, en son nom et comme son commissionnaire, l’antidote appelé orviétan, tant en baume, poudre, qu’en opiat, pendant l’espace de trois années commençant à courir le 15 mai 1764 1 2 .
Le 26 mars 1772, par-devant notaires, il permit à Louis Lécluse3 * * * * * * * Il, seigneur de Tilloy, ci-devant chirurgien dentiste de feu le roi Stanislas, de messeigneurs les ducs de Villars, de Bouillon, etc., reçu au Collège de chirurgie de Paris, etc., de débiter dans tout le royaume,
1 Pièces justificatives, n° XLVIII.
2 Archives nationales, Y3 J 93, f° 11.
3 Louis Lécluse, sieur du Tilloy, en Gâtinais, né en 1711, fut
d’abord acteur à l’Opéra-Comique, et à la foire Saint-Germain en
1737. En 1745, il se fit recevoir dentiste à Saint-Côme; Stanislas,
roi de Pologne, l’attacha à sa personne, et la ville de Nancy le pensionna. En 1759, il séjourna à Ferney et, à la fin de septembre
1760, alla exercer à Genève. Son biographe, M. Emile Campardon, nous apprend dans les Théâtres de la foire , qu’en 1778. il ouvrit
à la foire Saint-Laurent un théâtre qui porta plus tard le nom des
Variétés amusantes. Ayant fait bientôt faillite, il se retira avec une pension de quatre mille livres que lui servaient les directeurs
de son ancien théâtre sur lequel il se montra encore quelquefois.
Il mourut en 1792, âgé de quatre-vingt-un ans.
Haller raconte qu’il était fort habile dans la pratique de l’art dentaire, et qu’il donna ses soins à plus de 80,000 bouches. Il recommandait d’arracher les dents peu cariées, de les plomber, et de les replacer dans leurs alvéoles, espérant qu’au bout de huit jours la consolidation serait complète. Il a publié, outre quelques facéties, plusieurs ouvrages sur sa profession.
L’ORVIETAN
pendant trois années commençant le 1er avril 1772, en
son nom et comme son commissionnaire, l’antidote appelé orviétan, tant en baume, poudre, qu’en opiat et liquide, que ledit Dionis certifiait avoir été pris au bureau de Paris, et fait sous ses yeux. De plus, il lui remit, le 8 avril suivant, une commission sur parchemin, signée et scellée de son cachet, portant le droit d’inspection, aussi pendant trois ans, sur tous les opérateurs du royaume qui vendraient de l’orviétan sans la permission dudit Dionis 1 .
Le 28 mars de la même année, il avait renouvelé, toujours pour trois années à partir du l0r avril suivant, un pouvoir semblable au sieur Poloni père, dont il avait lieu d’être satisfait jusqu’alors 2.
Un autre charlatan, nommé Agironi 3, avait composé un remède secret, sans mercure, contre la syphilis. Pour prix des services qu’il lui rendit à cette occasion, Dionis devint son associé. La conduite de ce dernier est justement flétrie dans les vers suivants où l’auteur raconte les moyens que ce médecin ne rougit pas d’employer pour faire réussir cette entreprise.
Votre foiblesse ainsi me déshonore,
Quand voyez, par un Docteur Régent,
Un bateleur servi pour de l’argent.
1 Pièces justificatives, n° XLV.
* Archives nationales, V3 193, f° 100.
3 Agironi est le héros du sixième chant de la F
poème publié en 1766, dont l’auteur le met bien au-dessus de Keyser, inventeur de dragées mercurielles.
L’ORVIETAN
le vendeur d’orviétan
N’a dû s’unir qu’avec un Charlatan.
D’intérêt donc au Charlatan lié ;
En subalterne il est associé.
Pour donner vogue à certain spécifique, Unique fonds de leur banque empirique,
Et rassurer les poulinons délicats,
Il leur falloit, par des certificats,
Insinuer la croyance forcée Que le Courrier qui porte Caducée.
Dans les agens de ce secours promis,
Par son Auteur n’était jamais admis,
Et que d’IIermès un successeur habile Par la chymie en convainquît la ville.
Or où trouver ce certificateur ?
Le Charlatan détache le Docteur Qui dans les fonds de sa nouvelle banque, Pour égaler les droits du saltimbanque, Précisément n’ayant rien apporté Que son astuce et son avidité,
S’était chargé, par un marché notoire,
De lui fournir cet utile accessoire.
Il part, il cherche, il rumine en secret Comment pourvoir à ce grand intérêt.
Son cœur l’inspire : une adroite imposture Séduit bientôt la crédule droiture.
Il tient déjà le papier extorqué,
Sans que l’Auteur, trompé dans tout ce jeu, Pour cet usage eût donné son aveu.
A ce succès, le Bateleur, le Maître Ne sait par où, ni comment reconnaître Du bas Valet le sublime talent :
L’or n’en fut pas le seul équivalent.
L’ORVIETAN
Il fait depuis à cet homme impayable Le rare honneur de l’admettre à sa table;
Et celui-ci, tout fier d’être en crédit,
Dînant gratis, y fait le bel esprit b
Une ancienne famille d’opérateurs exerçait depuis plus de quatre-vingts ans. Joseph Toscano, italien d’origine, avait obtenu du Roi des lettres patentes datées du 21 décembre 168b, lui donnant le privilège de débiter un antidote ou contrepoison dont il tenait le secret d’un certain Ferrand auquel il avait succédé. Il le vendait « comme les opérateurs, mesme non privilégiés, sur un théâtre dressé dans les places publiques où, par des divertissements honnêtes, il attiroit le peuple, et se procuroit par ces amusements, un débit plus favorable 1 2 ». 11 mourut vers 1716.
Ses fils, Grégoire et Paul, de nationalité italienne, ayant fait l’épreuve de cet antidote au Jardin des plantes, devant les docteurs et les apothicaires nommés par le premier médecin, lesquels en jugèrent la composition bien faite et utile dans un grand nombre de maladies, obtinrent, le 3 août 1716 3 4, un semblable brevet, qui fut confirmé à Grégoire seul, le 11 juin 1727 V Enregistré à la Prévôté de l’IIôtel, le 17 juillet
1 L'art iatrique, pocme en quatre chants, par L. H. B. L. J.,
Bourdelin le jeune. — Amiens, 1776, pp. 88-90.
2 Archives nationales, V3 1252, f» 43.
3 Archives nationales, V3 1252, f° 43.
4 Pièces justificatives, n° XLIV. — Ce Grégoire Toscano avait débuté par être danseur à la Comédie-Italienne; il courut ensuite la province, et revint à Paris en 1715. L’année suivante, il entra
Charles Toscano, établi depuis quinze ans avec sa famille dans la ville de Gaillac en Albigeois, avait composé un orviétan contre les poisons froids, la morsure des bêtes venimeuses et principalement pour les maladies des bestiaux et autres maux auxquels cet antidote est approprié, et un baume pour les plaies, ulcères, brûlures, foulures de tendons et douleurs rhumatiques. En conséquence de la délibération prise et signée dans le bureau de la Commission royale de médecine assemblée le 7 décembre 1758, Jean Sénac, premier médecin du Roi, lui permit de continuer à vendre son orviétan1. Enregistré à la Prévôté de l’Hôtel, le 8 décembre
Le 15 août 1771, Algaron Toscano, fils de Grégoire et petit-fils de Joseph, obtint la confirmation du privilège de son père 2.
Le 25 avril 1772, une Commission royale de médecine fut créée pour l’examen des remèdes particuliers. La Faculté s’éleva contre elle, en vertu de ses anciennes délibérations, et présenta au Roi une requête contre l’établissement de cette Commission.
L’année suivante parurent les Observations sur la requête de la Faculté. On y lit que « Dionis est en possession de donner des pouvoirs à tous les coureurs et aventuriers qui, sous le prétexte de vendre de 1 orvié-
chez la dame Baron et y joua les Arlequins, mais sans succès. Il quitta alors la scène, et se fit opérateur. — Emile Campardon. Les théâtres cle la foire.
1 Archives nationales, V3 188, f° 17 v°.
5 Archives nationales, V3 1279, f° 79.
tan dans toute l’étendue du royaume, y commettent les plus grands désordres.
« La Faculté a été informée qu’un des suppôts de Dionis, le nommé Trips, se disant opérateur empirique, distribuait des remèdes autres que l’orviétan, à Pontoise; de là, procès1, etc. »
Les bénéfices de la vente de l’orviétan avaient beaucoup diminué. La pension de mille livres, constituée à chacune des sœurs Contugi, avait été réduite à huit cents livres ; Dionis semble avoir abandonné la boutique du coin du quai, et n’avoir conservé qu’une chambre au quatrième étage, servant de magasin et de laboratoire. Un épicier du voisinage était chargé de la vente des boîtes dont il avait le dépôt.
De son mariage avec sa cousine, Marie-Françoise, fille unique de Nicolas Andry, ancien doyen de la Faculté de médecine de Paris, lequel avait épousé Marie- Madeleine Dionis, Charles Dionis eut plusieurs enfants : Charles, né le 11 septembre 1742, et deux filles, Marie- Françoise et Marie-Jeanne, majeures en 1 7 7 G .
Devenu veuf, il épousa en seconde noces Henriette- Madeleine Besnier , probablement fille ou parente d’Henri Besnier, docteur régent de la Faculté de médecine, sous la présidence duquel il avait soutenu deux de ses thèses. Il en eut trois filles : Henriette-Louise, fille majeure en 1776, Charlotte-Félicité, née en 1757, et Marie-Anne, venue au monde en 1761.
Charles Dionis mourut le 18 août 1776, en son domi-
Yoir plus haut, page 86.
cile, cul-de-sac de la Corderie, au coin de la rue de la Sourdière. Les scellés furent apposés le même jour. Le 21, Marguerite-Françoise Contugi, demeurant rue Poupée S à Paris, et les sieurs Louis-Victoire Sagot, sergent au régiment de Piémont, et Charles-Louis Sagot, son frère, représentant Anne Contugi, leur mère décédéeT s’opposèrent à la levée des scellés, pour sûreté des rentes, arrérages, intérêts, etc., qui leur étaient dus. Ap rès de longues contestations entre la veuve de Dionis et les créanciers du défunt, on convint de faire l’inventaire des objets qui se trouvaient dans la chambre dépendant de la maison du quai des Grands- Augustins , dont la demoiselle Marie-Françoise était locataire, et où Dionis avait le dépôt de ses drogues et de l’orviétan. Le lundi 16 juin 1777, le commissaire se transporta sur le quai, au coin de la rue Dauphine, maison d’un limonadier. Dans une chambre située au quatrième étage, se trouvèrent les demoiselles Françoise et Marie-Jeanne Dionis, Fdles majeures, la dame veuve Dionis, Louise Dionis, fdle majeure et autres, et de plus le sieur Julien-Edme-Marie Regnard, marchand épicier, demeurant rue Dauphine, paroisse Saint- André des Arcs, lequel dit que le sieur Dionis 1 avait chargé de la vente de l’orviétan, tant en poudre que liquide; qu’il était prêt à représenter quatre douzaines de boîtes de plomb vides, et trente-six boîtes remplies d’orviétan, tant en poudre que liquide ; ensemble, de
1 Cette rue, qui reliait les rues de la Harpe et Hautefeuille, a disparu dans le percement du boulevard Saint-Michel.
remettre quarante-sept livres dix sols restant entre ses mains et provenant de ladite vente, déclarant avoir prélevé sur la somme totale de soixante-seize livres à laquelle montait son compte, vingt-huit livres dix sols, tant pour avances faites au sieur Dionis, que pour ses honoraires pour ladite vente ; et le sieur Regnard remit cette somme à l’instant.
On procéda ensuite à la description des effets mobiliers, savoir : « Un lit de repos de canne foncée,
de canne peint en bleu, une paillasse de toile à carreaux, cinq rideaux, une pente de siamoise bleue et blanche, un banc de bois de chesne,un coffre, un poêle de fayance roulant, trois chaises foncées de paille, une armoire de bois de cliesne à deux ventaux, une petite table à écrire ; sur ses quatre pieds, deux plaques de teaule, une paire de cizailles, une cuillière à fondre, une pincette et une pelle, un trespied, un mortier de fonte, une chaudière, une pelle, une plaque de cuivre jaune, une boëte de plomb remplie de poudre, un petit miroir de toilette, un petit banc de bois, un tableau sans bordure, deux tréteaux de bois de chesne, un dessus de table de bois de chesne, un panier contenant environ douze douzaine de boëtes de différentes grandeurs; en plaque de plomb, environ vingt-cinq livres, dix pièces, tant fayance que terre, grais, verre, à usage de ménage, quatre autres douzaines de boëtes de plomb vuides, représentées par le sieur Regnard, épicier, trente-six boëtes plaines d’orviétan, de différentes grandeurs1. »
1 Pièces justificatives, n° XLVI.
Les autres détails de cette liquidation ne sont pour nous d’aucun intérêt. Aussitôt leurs affaires réglées, les fds Sagot disparurent, et l’on n’en entendit plus parler. Marguerite-Françoise Contugi, leur tante, demanda que leur absence fût déclarée, et qu’on l’envoyât en possession de leurs biens. En conséquence, le 18 novembre 1785, par-devant maîtres Boulard et Lair, notaires au Châtelet, comparurent Jean-Baptiste Masquelier et Jean-Jacques Dubu, tous deux bourgeois de Paris, demeurant rue des Noyers, paroisse Saint-Etienne du Mont, qui certifièrent pour notoriété, avoir parfaitement connu les sieurs Louis-Victoire et Charles-Louis Sagot, tous deux fils de défunts Louis Sagot et damoiselle Anne Contugi, son épouse, et savoir qu’ils s’étaient embarqués il y avait environ douze ans 4, qu'ils étaient absents depuis ce temps, et n’avaient donné aucunes nouvelles. Qu’ils connaissaient de même Marguerite-Françoise Contugi, fille majeure, et savaient qu’elle était habile à se dire et porter seule et unique héritière desdits Louis-Victoire et Charles-Louis Sagot, ses neveux.
Le juge, attendu l'absence des susdits , ordonna que la suppliante entrât en possession des portions à eux appartenant dans les deux parties de rente qui leur revenaient1 2, et qu’elles lui fussent payées, à charge par
1 II n’y avait que huit ans, puisqu’ils assistaient à la liquidation de la succession de Charles Dionis, en 1777.
2 II s’agit de la rente de cent vingt-cinq livres que la veuve de Dionis devait servir à chacun d’eux.
elle d’en rendre cojupte auxdits absents en cas de retour. Jugé le 17 décembre 1785.
[Signé :] Augran L
A partir de ce moment, il n’est plus question de la famille Contugi dont le nom s’éteignit avec Marguerite- Françoise. La vogue de l’orviétan diminua rapidement; tombé entièrement dans le domaine public, il devint le partage d’infimes charlatans qui le colportèrent dans les rues, revêtus d’un habit rouge, dernier vestige du manteau écarlate de leurs prédécesseurs. Abandonné par les médecins, l’emploi n’en a pourtant pas complètement disparu. De toutes les admirables vertus si pompeusemeut proclamées sur le Pont-Neuf, il en a conservé une. Il est encore administré dans la basse Normandie contre les maladies des bestiaux et, détail piquant, c’est dans la boutique même de l’épicier Regnard, qu’on le débite pour ce dernier usage.
1 Pièces justificatives, n° NLYII.