CHAPITRE VI
Mariage de Louis- Anne Contugi. — Marie- Anne se remarie. — Privilège de Louis-Anne. — Inconduite de Charles-Tliomas et de Louis. — Charles-Louis docteur-régent de la Faculté de médecine. — Son mariage. — Testament de Roberte Richard. — Entrée en religion d’Anne et de Simonne- Judith. — Mariage de Marie-Geneviève I. — Mariage de Charles-Thomas. — Mort de Roberte Richard.
Peu de temps après, Louis-Anne, fils aîné de Contugi, commissaire de la marine, épousa Marie-Jeanne, fille de Rollin-Jacques Gefïrotin, reçu marchand épicier le lor juin 1663, vendant principalement de l’eau-de-vie, et riche propriétaire de maisons, demeurant rue des Canettes, au coin de la rue Guisarde « qui va à la foire », et de Marie-Noëlle Magnier1. Ils eurent deux enfants, Marie-Geneviève, l’aînée, et Jean-Louis, né Ie3juinl685.
Devenue veuve vers 1684, Marie-Anne tint, le 3 juin 1685, sur les fonts baptismaux de Saint-André des Arcs, avec Jean Riffault, un enfant de son frère Louis-Anne, sans doute Jean-Louis 2. Ils s’épousèrent un mois plus tard. « Le 2 juillet 1685, furent mariés par messire
1 Bibl. nat. Manuscrits. Cabinet des Titres, t. MXI, p. 7.
2 Bibl. nat. Coll. Clairambault , t. CMLXXXIX, p. 1408.
Charles de Cuves de Pré fontaines, écuier, prestre, bachelier de la faculté de théologie de Paris et prieur de Vieux-Pont, messire Jean RilTault, escuier, sieur du Courry, fils de deffunt M° Pierre Riffaud, chevalier, seigneur baron de Château-Guillaume1, et de dame Marguerite de la Mothe, et damoiselle Marie-Anne Contugi, veuve de Dominique Jourdain, officier du Roy et contrôleur de la maison de S. A. S. monseigneur le prince de Conty 2. » De ce second mariage naquirent deux filles : Geneviève-Thérèse, l’aînée, et Marie-Anne, baptisée à Saint-Sulpice, le 16 janvier 1699 3.
Des lettres patentes du 31 juillet 1683 avaient continué à Louis-Anne le privilège de son père. Le 6 février 1686, le Roi signa un brevet lui accordant la libre circulation par tout le royaume avec ses gens, chevaux, charrettes, armes et bagages, médicaments et drogues, permission de s’établir, d’exercer et de tenir boutique comme à Paris, de vendre son orviétan et autres médicaments, avec interdiction aux médecins, chirurgiens, apothicaires, opérateurs et autres personnes, de se servir du nom de Contugi, de vendre aucun orviétan , ni de contrefaire ses boîtes de plomb, armoiries, billets, à peine de mille livres d’amende applicables, moitié à l’Hôtel-Dieu du lieu où la saisie serait faite, et moitié à
Contugi4.
1 Indre, air. de Le Blanc, cant. de Bclabre, comm. de Lignac.
2 Bibl. nat. Coll. Clair ambaul t, t. CMLXXXIX, p. 1408, et Cabinet des Titres, t. DCCLXIII, p. 655.
3 Bibl. nat. Coll. Clair ambault , t. DCCLXVII, p. 392 v°.
4 Pièces justificatives, n° XVII.
L’ORVIETAN
Le 16 août suivant, Louis-Anne et sa mère firent un accord au sujet de 1 exploitation du médicament. Le 27 décembre de la même année, le Roi confirma le privilège pour la vente de l’orviétan, en faveur de Roberte et de son fils L
Les rapports de Roberte avec ses enfants ne furent pas toujours aussi bons. Elle se plaignit amèrement de la conduite de ses fils Thomas et Louis qui, malgré les peines et les soins qu’elle et feu son mari avaient pris pour leur avancement et leur éducation, lui causaient tous les jours de nouveaux chagrins. Thomas, placé chez un procureur, moyennant une pension, le quitta pour s’enrôler sur le Pont-Neuf. Sa mère le racheta et le mit au corps des Cadets, à Tournay en Flandre; il n’y resta que six mois. Il annonça alors qu’il voulait suivre un de ses amis qui avait une lieutenance au Canada; sa mère l'habilla, l’équipa et lui donna trente écus d’or. Mais il resta à Paris, et finit par la maltraiter; elle dut le faire enfermer quelque temps dans les prisons de l’Abbaye de Saint-Germain des Prés. Cette leçon ne lui profita point; il portait l’épée en ville, se livrant journellement à la débauche, hantant de mauvais garnements qui l’engageaient dans des querelles et des procès criminels fort onéreux; récemment, il avait été emprisonné au Châtelet.
Quant à Louis, entré chez un apothicaire, il était parti sans rien dire et, depuis deux ans, on n’en avait pas de nouvelles.
1 Pièces justificatives, n° XVIII.
L’ORVIETAN
Aussi, leur mère, pour ces motifs et pour d'autres encore, et au cas d’une mésalliance éventuelle fit, le 28 avril 1687, par-devant maîtres Fréret et Moulineau, notaires au Châtelet, une substitution aux enfants à naître en légitime mariage desdits Thomas et Louis, et à défaut d’enfants légitimes, à leurs plus proches parents, du fonds et de la propriété de la part devant revenir à chacun d’eux après son décès, dans ses biens meubles et immeubles, sans que ses deux fds en pussent disposer1.
Charles-Louis lui donna plus de satisfaction. Il étudia la médecine, fut reçu bachelier en 1686, et, le 6 février 1687, sous la présidence de François Gouel, soutint une thèse quodlibétaire de physiologie : An ingeniosi brevioris mtæf — Aff. — Le 8 janvier 1688, il présenta, sous Roland Merlet, la thèse de pathologie : An fîstulæ ani sectio? — Aff. — Et le 8 avril de la même année, il défendit sa thèse cardinale présidée par Jacques Renaut : Est-ne vinum lacti superbibendum ? — Aff. — Reçu licencié, le 2 août 1688, il obtint le sixième rang sur sept candidats.
Le 13 janvier 1689, il passa sa Vespérie :
An epileplico prodest f yenus ?
Le 27 du même mois, il soutint sa thèse de doc-
( iracundia?
torat :
An vacuantia médicamenta secuviora
^ cortice Peruviano?
I opio ?
1 Pièces justificatives, n° XIX.
L’ORVIETAN
Et, le 16 février, sa thèse pastillaire :
An ex ovo
( insecta ?
( horno ?
Le lendemain, il fit acte de régence en présidant cette thèse, soutenue par Alexis Littré : Est-ne chylus fœtus alimentum? On le trouve encore présidant, le 26 janvier 1690, une thèse de J. -Fr. Foy-Vaillant, dont le sujet a conservé tout son intérêt : Nocet-ne cerebro tabcici usus? Negat. Du 8 février 1691 au 27 janvier 1707, on le voit disputer aux Ecoles; le 14 avril 1698, il est qualifié de prof essor pharmaciæ.
Le 11 novembre de cette dernière année, Charles Contugi prononça devant la Faculté de médecine un discours rempli d’érudition dans lequel, réfutant l’assertion d’Ettmuller, il fit voir l’étendue des connaissances en chimie acquises sans bruit dans l’Ecole de médecine de Paris L
Charles-Louis poursuivit donc régulièrement le cours de ses études et, avant même qu’elles fussent terminées, il résolut de se marier. Le 6 mai 1688, avec l’autorisation de sa mère, présente à l’acte, fut dressé un contrat de mariage entre Charles Contugi, demeurant quai des Augustins, et prenant le titre de docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, bien qu’il ne fût encore que bachelier, et demoiselle Anne-Marie Duchemin, âgée de trente-deux ans, veuve du sieur Clément
1 Archives de la Faculté de médecine de Paris. Commentaria , t. XVII, p. 409. — Hazon. Notice des hommes les plus célèbres de la Faculté de médecine de Paris, p. 93.
L’ORVIETAN
Boisnier, bourgeois de Paris, demeurant grande rue du Four, paroisse Saint-Sulpice, assistée de Guillaume Duchemin, maître maçon, bourgeois de Paris, et d’Anne Thiersault, ses père et mère. Ce mariage, fort avantageux pour Charles, fut célébré le 17 mai suivant 1 .
Par-devant maître Moulineau et son collègue, Roberte Richard fit, le 21 mai 1689, son testament par lequel elle maintenait la substitution du 28 avril 1687 2 3.
« Le 24 juillet de la même année fut inhumé, sur les huit heures du soir, Christophe Contugi, chirurgien, fils de feu maître Contugi, médecin romain et olfieier du Roy, décédé le 23, où assistèrent Louis-Anne Contugi, officier du Roy, et Charles Contugi, docteur en médecine de la Faculté de Paris, frères du défunt . » 11 avait signé, le 6 mai 1688, au contrat de mariage de son frère Charles-Louis; tels sont les seuls renseignements que l’on possède sur son compte.
Les deux jeunes filles de Christophe Contugi, Anne, âgée de dix-huit ans, et Simonne-Judith, âgée de seize ans, déclarèrent vouloir entrer en religion. Le 4 avril 1690, en présence de maîtres Dionis et Bru, notaires au Châtelet, se réunirent les parents et amis de la iamille, savoir : Louis-Anne Contugi, officier du Roi, demeurant quai des Augustins; Charles Contugi, docteur en médecine, demeurant rue du Four, frères; Marie-Gene-
1 Pièces justificatives, n° XX.
2 Pièces justificatives, n° XXII.
3 Bibl. nat. Coll. Claircimbault , t. CMLXXXIX, p. 14 i 3.
T. Armoiries de Christophe Contugi.