‹ L'os intermaxillaire de l'homme à l'état normal et pathologiqueChapitre 10 sur 26 · S IL · texte numérisé non relu

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ür, ce retard peut aussi se manifester sous d’autres influences encore peu connues, mais dont nous croyons devoir tenir un grand compte, nous voulons parler des influences ethniques. Non pas que les anthropologistes aient noté à cet égard des variations sensibles d’une race à l’autre, lorsque ces races ont un môme développement facial. Mais dans quelques races dites prognathes, à cause de la proéminence de leurs mâchoires (Prichard), on a remarqué que le développement de la face diffère notablement de celui qu’on observe dans les races orthognathes. Ici encore nous nous heurtons dès les premiers pas à des difficultés matérielles. La science anthropologique n’existe réellement que depuis quelques années, et les faits recueillis sont malheureusement peu nombreux, mais ils concordent admirablement. Chez l’enfant nègre, par exemple, rien n’annonce la forme typique qu’il doit plus tard revêtir, mais à mesure qu’il

grandit, ces caractèr(‘S s’accentuent. Tout ce qiTon avait pu remarquer chez l’enfant, c’était un volume moindre de la tête, un peu plus de largeur de la face, un peu plus d’a})lalissement du nez. Lorsqu’il aura terminé sa croissance, il offrira tous ces caractères avec une exagération remurquahle. Ses pommettes seront devenus saillantes, ses arcades alvéolaires développées, etc. (1).

La saillie des mâchoires ne se prononce guère avant la seconde dentition; aussi, pour favoriser ce mouvement de projection en avant, les sutures de la face restent-elles bien plus longtemps ouvertes que chez l’enfant blanc. En ce qui concerne les lignes d’articulation de l’intermaxillaire, on les voit encore sur de jeunes nègres de cinq à six ans endos points où chez le fœtus blanc à terme, elles ont déjà disparu. Sur un crâne d’enfant Chellouk âgé de cinq ans, nous avons vu la suture encore ouverte jusqu’à un centimètre du bord nasal de l’apophyse montante.

Nous avons fait des observations du même genre sur plusieurs crânes d’enfants Nouveaux Calédoniens. L’un d’eux présente mémo, encore visibles du côté de la face les traces d’une suture qui coupe lesusmaxillaire entre la canine et l’incisive externe droite.

Eudes-De.slonchamps (2) a trouvé sur une tète d’enfant, recueillie par M, Déplanche, à Balade, l’os intermaxillaire encore bien distinct. «Les vingt dents de lait sont, dit-il, toutes sorties et en exercice; la couronne de la première molaire permanente e.st sortie, mais elle

(1) Cf. Toucliard, Quelques observations générales relatives au développement de la face chez k- blanc et chez le nègre. (Bull. Soc. anthrop. Paris, 186(5, in-8, "i® série, t. I, p, 520.) — Etc.

(2) Eudes-Deslongchamps, Remarques sur l’os intermaxillaire chez l’homme. (Bull. Soc. linn. de Normandie, t. X. 1866.)

n’avait pas encore atteint le niveau des autres. Ainsi le sujet devait être âgé de cinq à six ans. La suture entre les deux os, partant du trou palatin antérieur, vient atteindre, vers son milieu, l’alvéole de la dent canine : cette suture est très-apparente des deux côtés. Sur la partie inférieure et antérieure de la face, la suture est moins évidente et ne montre qu’une fissure très-étroite qu’on ne peut guère apercevoir qu’à une vive lumière. La tète de cet enfant est d’un très-beau type, et ne montre aucune proclivité dans la région alvéolaire antérieure. » 11 n’y a pas d’exemple d’une semblable disposition à l’état normal chez des enfants blancs de 5 ou 6 ans.

On a vu plus haut que cette persistance des sutures est en rapport avec un mode de développement propre aux races prognathes. Une fois la projection faciale amenée à son terme, ce qui coïncide avec l’éruption des dents permanentes; tontes les sutures disparaissent avec la plus grande rapidité.

L’apparition des secondes dents n’est, dit-on, qu’une substitution de dents plus longues et plus fortes, à celles de l’enfant; le volume total des dents permanentes, diton encore, est le même que celui des dents de lait avant l’éruption des grosses molaires. On alfirme, en d’autres termes, que l’arc antérieur du bord alvéolaire n’est pas susceptible de s’étendre en longueur, et l’on cite à ce sujet les expériences de Delabarre et de M. Oudet (1). Tout cela peut être fort e.xact pour la race blanche, mais ne nous semble pas applicable aux races prognathes dont il vient d’être question. Nos observations sont malheureusement en trop petit nombre pour que nous en puis-

(1) Blandin, Des dents, thèse de concours, 1836, in-4, p. 152.

sions rien conclure actuellement. Mais les quelques faits que nous avons précédemment cités sont assez nets, pour qu'il nous soit permis, sans faire d’hypothèse, d’y voir comme une transition entre ce qui se passe chez l’homme blanc, et chez quelques-uns des mammifères supérieurs.

L’homme n’est pas, en effet, le seul vertébré dont la suture intermaxillaire disparaisse de bonne heure ; Blumenbach, Fischer, Tiedemann, etc., ont donné de nombreux exemples de ces soudures, et il est généralement admis aujourd’hui que certains animaux présentent constamment à un certain âge, l’ossification de la suture incisive. L’éléphant, le dauphin, la brebis, etc., ont été cités. Bornons-nous, dans ce rapide examen, aux tribus des primates les plus voisins de l’homme.

Tyson (1) ditd’une manière expresse n’avoir pas trouvé cette suture sur son pygmée, qui n’était autre, comme on sait, qu’un jeune chimpanzé. Fischer, sur un anthropomorphe de même espèce, n’a plus trouvé qu’une légère trace de suture sur l’un des côtés de la face (2). Spix a montré cette ligne absente chez quelques singes [op. cit., pl. YI); Tiedemann, d’autre part, affirme que, chez les singes dont le crâne est grand) par rapport au visage, l’intermaxillaire fait défaut, comme chez l’homme ; il cite à l’appui de cette asserfion, le troglodyte, le satyre et le cercopithèque.

Le professeur Bischoff, dans son bel ouvrage su?' les crânes des anth?'opomo?'phcs , n’a plus rencontré la suture incisive antérieure qu’à peine indiquée, et deux fois seulement, sur six crânes adultes, d’après lesquels sont faites ses magnifiques planches. Elle est même complètement

(1) Camper, Trad. cit., 1. 1, p. 123.

(2) Op. cit., p. 34.

effacée, du côté du palais, cinq fois sur six, et sur cette dernière pièce, à peine en reste-t-il quelques faibles traces (1). M. Yogtdit ùce sujet, que la suture a toujours complètement disparu ches les anthropomorphes ayant leur dentition complèteC2). «Sur le palais d’un très-jeune chimpanzé, chez lequel les premières vraies molaires commençaient seulement à se placer, la suture était disparue (Vogt), et sur la face on ne voyait plus qu’un fin trait, voisin de l’orifice nasal, qui témoignât de son existence antérieure. La fig. 21 de l’atlas de M. Bischoff montre un jeune*chimpanzé femelle qui ne présente plus (le trace de suture incisive externe; Blainville, R. Owen, et M, Emm. Rousseau, lui-méme, ont publié des faits du même genre {op. cit., fig. 7). Il nous serait facile de multiplier nos citations; nous nous bornerons à présenter le résumé des recherches que nous avons faites dans les galeries du Muséum.

Tous les crânes de gorilles et de chimpanzés que nous avons examinés avaient leur ligne incisive antérieure complètement effacée ; or l’un d’eux était d’un très-jeune sujet (n“ 988). Sur les crânes d’orang-outang (3), nous avons constaté que l’ossification commence plus tard, ce qui explique les assertions contradictoires des anatomistes au sujet de cet animal.

(1) Zweiund Zwanzig Tafeln zu der Abhandlung des prof. Th Bischoff über die Schâdel der menschenahnlichen Affen. Munich, i867, in-fo.

(2) Vogt, Mém. sur les microcéphales, l vol. in-4, avec 26 pl. Genève, 1867, p. 50.

(3) Nos observations sont, comme on le voit, conformes à celles de M. Owen. (On the osteology of the Chimpanzee and Orang-Utan. Transact. of the Zool. Soc., 1833, t. 1, pl. 33) et de M. H. Milne- Edwards. (Leçons sur la physiologie et l’anatomie comparée de l’homme et des animaux, t. VI, p. 49.)

Uuanl aux gibbons, sur 5 jeunes sujets, un seulement est soudé, 8 adultes sur 1 1 ont leur suture incisive fermée; il en est de même des 3 vieux singes qui complètent cette série. Chez les semnopithéques, enfin, 17 adultes seulement sur 40 présentent une oblitération complète de la suture incisive. La proportion diminue encore dans les autres espèces, où les individus très-âgés présentent presque seuls l’ossification de la suture incisive antérieure.

Cette soudure précoce n’est donc point particulière à l’homme, comme on l’a tant de fois rép'été. Complète au troisième mois de la vie intra-utérine, dans les races orthognathes, et un peu pl us tard , chez les races prognathes, où elle n’est pas toujours terminée au moment de la naissance, la fusion de l’intermaxillaire avec le reste de la mâchoire supérieure est, chez le gorille et chez le chimpanzé, un acte physiologique de la première jeunesse. Les orangs, les gibbonset les semnopithéques sont, à ce point de vue, de véritables intermédiaires entre les anthropomorphes et les autres singes. Ainsi se trouve rétabli entre les espèces supérieures, le lien que des mains imprudentes avaient essayé de rompre.

Les phénomènes observés sont exactement les mêmes: ils n’offrent de différences que dans la rapidité plus ou moins grande avec laquelle ils se succèdent : «//y a de^ ordres et des devrez, disait Montaigne, en parlant de l’homme et des animaux, mais c'est soubs le visage d'une ?nesme nature. »

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