‹ L'os intermaxillaire de l'homme à l'état normal et pathologiqueChapitre 13 sur 26 · S IV · texte numérisé non relu

S IV

Fissu7'es triples. — Nous n’avons pas à nous occuper ici des fissures des parties molles, et, par conséquent, nous laisserons de côté les discussions auxquelles ont donné lieu quelques observations anciennes de fissures triples des lèvres. En ce qui concerne la triüdité des os, les pièces que nous allons décrire ne laissent aucun doute. Sandifort la croyait possible; mais il s’est abstenu de nous faire connaître les faits sur lesquels reposait son opinion. Il n’en est pas de même de Leuckart, qui a représenté (pl. IX, fîg. 31) un tubercule intermaxillaire composé de deux petits lobes séparés et arrondis. Cette pièce est au musée de Zurich ; nous traduisons la description qu’en a faite Leuckart (p. 47) : « La malformation, dit-il, est au côté gauche et s’étend jusqu’aux os de la voûte du crâne. Le côté droit est normalement développé ; la cavité nasale gauche est fendue; la cavité orbitaire du même côté est fermée du côté de la fosse nasale, mais considérablement refoulée en dehors et à gauche, de sorte que l’œil, de ce côté, est beaucoup plus près de l’oreille que son congénère de droite. Cet œil gauche est d’ailleurs atrophié ou plutôt rudimentaire. La lèvre supérieure est fendue au-dessous de la cloison des fosses nasales; sa moitié gauche est elle-même divisée en deux parties : l'une située en bas et à gauche du trou nasal droit, et sur laquelle on trouve une petite saillie ou ma-

melon ; l’autre partie , située en dehors , est rudimentaire... L’intermaxillaire repose à côté du maxillaire supérieur droit, mais il est aussi séparé de celui-ci par une fente... Ce qui reste du maxillaire gauche est à iO lignes (2 centimètres environ) de l’intermaxillaire... » Fente entre le sus-maxillaire droit et la masse intermaxillaire: fente très-large entre cette masse et le sus-maxillaire gaucho; fente très-visible entre les deux mamelons incisifs ; voilà bien les trois fissures dont nous avons parlé. Cette disposition était également très-nette sur la pièce de M. Ilallez, dont il a été question plus haut (p. 55), Nous l’avons figurée de grandeur naturelle sur notre pl. II, fig. 8.

Dans ces deux cas, la fissure inlerincisive est incomplète; elle a (juelques millimètres de large et fort peu de profondeur. Il n’en est plus de même sur le petit monstre dont M. le IF Deramond, de Toulouse, nous a adressé le dessin. Nous avons fait lithographier la moitié gauche de cette petite face sous le n® 9 de notre pl. II. On en trouvera une vue générale dans la thèse de Camille Bertrand (1).

li’intermaxillaire droit est séparé du maxillaire proprement dit par une fente large de 6 à 8 millimètres; il contient une incisive seulement; l’autre occupe sa place habituelle en dedans de la canine. La même disposition existe du côté gauche, avec cette différence que la ligne de séparation passe entre la canine et l’incisive latérale; l’intermaxillaire gauche contient donc les alvéoles des deux incisives. Ces deux os sont séparés dans toute leur

(1) G. Bertrand, Anatomie philosophique, conformation de la tête chez l’homme et les vertébrés. Thèse de Montpellier, 1862 n" 21, pl. IX, fig. 2

longueur; ils sont en rapport, à leur angle interne et postérieur, avec la cloison des fosses nasales.

Des monstruosités par défaut de Uos intermaxillaire.

Nous venons de passer en revue les diverses variétés de fissures qui intéressent l’os intermaxillaire. Ce rapide examen nous facilitera singulièrement l’étude du second groupe que nous avons formé. En effet, l’absence partielle ou totale des pièces incisives coïncide presque toujours avec une des lésions que nous venons de décrire.

Les anciens anatomistes croyaient que le bec-de-lièvre était causé par une perte de substance de la lèvre. Il y avait du vrai dans cette opinion; et Laroche l’a fort bien compris lorsqu’il a fait entrer dans les monstruosités de la face Yachélic et V atélochélic (l). Ce qu’il a fait pour la lèvre, nous sommes en mesure de le faire aujourd’hui pour les os qu’elle recouvre. Nous avons démontré précédemment que la pièce canine peut faire défaut; or, il en est de même de l’iuci.'ive; son noyau externe peut manquer des deux côtés, comme aussi son noyau interne ; ou bien le vice de conformation ne portera que d’un côté, tantôt sur l’une, tantôt sur l’autre des deux pièces. Enfin un des os incisifs, ou même les deux os, feront complètement défaut.

Citons un exemple de chacune de ces monstruosités. Le noyau externe manque des deux côtés dans un certain nombre de cas de bec-de-lièvre double compliqué. On

(I) Laroche, Diss. sur les monstruosilés de la face. Th. d« Paris, 1823,110 41.

a longtemps expliqué par cette atrophie partielle l’existence des tubercules médians à deux incisives. L’on sait aujourd’hui qu’un certain nombre de monstres, qu’on aurait autrefois rangés dans cette catégorie, ont réellement des incisives externes qu’on trouve en dedans des canines sur la pièce maxillaire. Gomme exemple d’atrophie des deux noyaux externes, nous pouvons citer la figure 26 de l’ouvrage de Leuckart (pl. VII) : «Au vomer, dit l’auteur, sont attachés, par un court pédicule, les deux noyaux osseux intermaxillaires isolés; chacun d’eux présente un germe dentaire... Il n’y a pas de trace de noyaux externes (1). »

Les noyaux internes font bien plus rarement défaut. Nous avons étudié à la Charité, avec notre excellent ami M. Edmond Le Courtois, un petit monstre qui présentait cette disposition. La figure 1, pl. II, montre sa face exactement réduite de moitié. Sa lèvre supérieure et .sa narine droites sont très-régulières; du côté gauche, il n’y a (ju'un rudiment de lèvre ; la narine est impctrforée ; la fosse nasale est en communication avec la bouche; le vomer est incomplètement développé (fig. 2); la cloison, fortement inclinée à droite, est en continuité de ce côté avec la voûte palatine dans son quart antérieur. Les deux moitiés de la voûte palatine sont presque égales; le côté gauche est seulement un peu moins développé que le droit à son extrémité antérieure. Les bords internes de ces deux pièces osseuses sont assez exactement parallèles, et l’intervalle qui les sépare mesure 1 1 millimètres : il n y a pas d'incisives moyennes. La suture incisive externe est très-distincte du côté droit ; on voit de ce même

(1) Op. cit., p. 45.

côté une ligne de séparation entre cette pièce et la lance alvéolaire qui limite en dedans l’alvéole incisif externe. Cette petite lame alvéolaire représenterait-elle la pièce incisive moyenne réduite à sa plus simple expression? Du côté gauche, il n’y a presque plus de trace de suture incisive à la voûte palatine.

Le vice de conformation peut ne porter que sur un seul côté, et ici encore ne frapper qu’un des deux noyaux intermaxillaires. Sur la pièce n“ 3 de la collection de la Faculté, c’est le noyau interne qui manque du côté gauche; la moitié droite de la mâchoire est normale, la moitié gauche est fortement déviée. On y compte toutes les dents, sauf l’incisive interne dont il n’y a pas la moindre trace. Celte voûte palatine qui appartient à un adulte disséqué à l’amphithéâtre de l’Ecole, serait un cas de fissure médiane complète, dont on ne connaît pas d’exemples, sans cette monstruosité par défaut qui ne nous permet pas de la ranger dans notre premier groupe.

L’incisive latérale manque souvent d’un côté. M. Mirault qui cite un exemple de cette malformation, suppose que, en pareil cas, la fissure du bord alvéolaire a eu lieu entre l’incisive médiane alvéolaire et la canine « sur le pointd’implantation de l’incisive latérale, » supposition toute gratuite qu’il paraît avoir empruntée à Pigné, etqui rentre dans l’hypothèse de Haller, précédemment réfutée. Cette observation de M. Mirault nous servira de type ; elle a trait à un enfant de 3 ans, atteint de bec-de-lièvre double avec saillie médiane de 2 centim. et demi. La division alvéolaire avait lieu de chaque côté entre les incisives et lés canines, mais le tubercule ne portait que trois dents, savoir les deux incisives médianes et l’incisive la-

térale droite. La latérale gauche n’existait pas (1). Leuckart a publié un fait semblable (2). Nous devons maintenant citer quelques faits d’absence d’un des os incisifs, La science en possède un assez grand nombre ; Etienne Geoffroy Saint-Hilaire en a donné un (3); M, Dubrueil vient d’en publier un autre (4) ; le recueil de la Société de chirurgie en contient plusieurs, signalés par MM. Depaul, Coulon, Huguier; nous prendrons pour exemple celui que M. Coulon a lu à cette Société en 1860 (5). Il s’agit d’un enfant du service de M. Marjolin, atteint de bec-delièvre double compliqué. Ce chirurgien l’opéra, et l’on reconnut, en examinant le tubercule excisé, que des deux lobules dont il était composé, le gauche, n’était autre chose que la portion moyenne de la lèvre supérieure déformée, portion qu’on avait tout d’abord cru absente.

Le lobule gauche ostéo-cartilagineux, représentait l’os intermaxillaire droit, et renfermait seulement une dent incisive. V os interinaxillaire gauche n’existait pas.

Les deux os peuvent manquer : Aimnon, Yrolik et Meckel, Leuckart,M.Bitot^de Bordeaux), M. Bouisson, ont fait connaître des exemples de ce genre [gueule-de-loup).

On voit rlansle musée Dupuytren (n“ 17), un cas inédit de cette monstruosité qui rappelle très-exactement celui de Leuckart (pl. VIII, lig, 2'.). Un vomer plus ou moins bien développé apparaît au-dessous des os nasaux, affectant la disposition générale que l’on a décrite plus haut, mais il ne porte pas ce pédicule terminé par les deux bourgeons osseux, soudés ou non, que nous avons

(1) Op. cit., p. 17.

(2) Op. cit., p. 43 et pl. VI, flg. 22.

(3) Phiio.soph. anat., t. II, p. 170 et pl. XV. Paris, 1822, in-8.

(4) Journ. de Robin, N** de mars et avril 1868, p. 178 et pl. XV.

(5) Bull. Soc. chir., 1860, 2*sdr., t. I, p. 207.

toujours signalés jusqu’ici. Les deux intermaxillaires font entièrement défaut.

Il est bien entendu que dans les monstruosités compliquées de la face, où le lobe médian, frontal ou incisif ne s’est pas développé, les os incisifs sont absents, comme tous les os qui se développent dans ce lobe. Il n’entre pas dans le plan de notre travail d’étudier ces diverses classes de monstres, dont l’anatomie ne présente rien de spécial à la pièce osseuse qui fait l’objet de ce mémoire.

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