‹ L'os intermaxillaire de l'homme à l'état normal et pathologiqueChapitre 15 sur 26 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

PATUOLOGIE.

La pathologie de l’os inter maxillaire ne ^comprenait j usqu'ici que des faits de l’ordre de ceux dont il vient d’être question . On avait surtout étudié avec grand soin, au point de vue des opérations qu’elles nécessitent, les diverses variétés de fissures que nous avons passées en revue. Mais aucun auteur n’avait songé a rapprocher de ces lésions congénitales cellesquedéterminent certaines maladies propres à la mâchoire supérieure. La monographie de Leuckart, que nous avons souvent citée, si riche en exemples cu-

{{) Bull. Soc. philomatique, 1865 (V. l’Inslitut du 31 mai).

rieux d’anomalies et de monstruosités, ne renferme aU' cune observation de la nature de celles auxquelles nous faisons allusion. C’est que l’étude des maladies de la mâchoire supérieure est d’origine relativement récente, et que si quelques détails précieux sur la pathologie de l’os qui fait l’objet de notre travail, avaient été précédemment publiés, il était difficile de composer de ces fragments un ensemble satisfaisant.

Les mâchoires sont le siège de prédilection d’un grand nombre de tumeurs, mixomes, fibromes, enchondrômes, ostéômes, etc. Mais ces diverses tumeurs n’ofTrent, au point de vue de leur siège, rien de spécial à la région incisive. Il faut cependant faire remarquer que, si la présence d’un sinus dans l’intérieur du maxillaire différencie notablement à l’état physiologique cette partie creuse des parties pleines, qui composent l'extrémité antérieure de cet arc osseux, ce sinus a toute une pathologie à part, qui caractérise la région qu’il occupe. Si bien que dans quelques cas on a pu réséquer seulement de la mâchoire la portion qui correspond à l’antre d’Higmore, en respectant les parties dures situées en avant de cette cavité. Luke nous en fournit un exemple (1), Stanley a posé les règles de ces résections partielles. Il a également prévu les cas où la maladie serait limitée à la portion antérieure de l’os, mais il fait observer avec raison que les tumeurs ont rarement pour point de départ ce qu’il appelle le front de la mâchoire, the front of thejaw (2). H en existe quelques exemples remarquables.

(1) Illustrations of the effects of diseuses and injuries of the bones. London, 1849, in-f., pl. XVl, fig. 8.

(2) Edw. Stanley, A trealise on diseases of the bones. London, 1849, in-8, avec atlas, p.278 etsuiv.

Ainsi, M. Eugène Nélaton a décrit en 1866 une tumeur à myéloplaxes, dont un des pédicules, « représentant très-probablement une tumeur primitivement distincte, se logeait dans une excavation osseuse, infundibuliforme, à sommet inférieur, située précisément en arrière de la racine de la première incisive » (1). Dans ce cas, « la tumeur a débuté en dehors de la cavité du sinus dont elle a dédoublé la paroi antérieure. » Dans l’observation de Luke, elle semble avoir débuté par la première grosso molaire, et repoussé devant elle la lame osseuse en s'en enveloppant.

Nous trouvons d’autre part dans l’histoire des kystes dentaires quelques exemples qui démontrent que les tumeurs de cet ordre peuvent prendre naissance dans la portion antérieure de l’arcade alvéolaire. Ün se contentera de rappeler M. Yitalis, trouvant un kyste dentaire situé « immédiatement au-dessous de la deuxième incisive et de la canine gauche » (2).

Il n’y a, comme on voit, rien de bien spécial à l’os incisif dans l’histoire des tumeurs qui peuvent se développer dans cette portion de la mâchoire, mais ne s’y limitent généralement pas. Des diverses affections qui frappent cet arc osseux, celles-là seulement se localiseront dans l’intermaxillaire qui surviendront à une époque de la vie où cette pièce osseuse est encore indépendante du maxillaire proprement dit. Et ces maladies ne sont pas nombreuses. La plus commune est assurément la nécrose consécutive aux inflammations de la bouche.

Le sphacèle de la mâchoire chez les enfants était

(1) V. pour plus amples détails, Bull. Soc. anat. de Paris, 1856, 2» sér., t. I, p. 486.

(2) Bull. Soc. anat. de Paris, 1858, 2' sér., t. 111, p. 326.

connu des anciens. Hippocrate en a parlé dans ses Epidémies ; mais il ne fut bien étudié qu’à partir de la fin du siècle dernier. Fabrice de Hilden et Van Swieten lui avaient cependant consacré quelques pages. Après avoir rattaché presque exclusivement celte maladie des maxillaires au scorbut, on avait découvert ses rapports intimes avec les affections de la bouche, et surtout des gencives (Fabrice). Plus tard, on avait fait dans sa description, une petite place aux accidents des os, et signalé l’élimination, non-seulement des dents poussées, mais encore des bulbes des dents à venir (Van Swietenj.

L’étude de cette maladie fit de grands progrès en France, au xviii* siècle. Saviard, Chopart, etc., s’y sont employés; mais il faut arriver jusqu’à Berttie, pour trouver un exemple de gangrène limitée à la portion antérieure de la mâchoire (1). Cette observation de gangrène est fort incomplète au point de vue anatomique; il semble néanmoins que la lésion n’ait entamé que lu région incisive : « trois des incisives supérieures, sorties de leurs alvéoles, noircirent, dit Berthe, et tombèrent, pour ainsi dire d’elles-mèmes ». L’enfant était âgé de trois ans (2).

Baron, qui a tracé un tableau très-exact de cette maladie, l’avait observée à la suite des fièvres exanthématiques, dont la marche n’avait pas été franche, des fièvres

(1) Berlhe, Sur la gangrène scorbutique des gencives dans les enfants. (Mém. de l’Acad.roy. de chir. Paris, 1774, in-4, t.V, p. 391.

(2) On pourrait croire, en lisant certains écrivains anciens, qu’ils ont observé dans la mâchoire des localisations pathologiques de la nature de celles dont il est ici question. Ali-Abbas, par exemple, dit en parlant des os de la mâchoire qu’ils ont été • faits de plusieurs pièces, pour qu’une d’elles venant h être lésée, les autres restent en dehors de la lésion. » Nous citons Ali-Abbas, nous en pourrions citer vingt autres. Mais tous ces écrivains, partisans des causes finales, ont, comme tous les admirateurs de cette déplorable théorie, rempli leurs ouvrages d’hypothèses à priori qui doivent inspirer au lecteur une salutaire défiance.

muqueuses, et de l’affection scorbutique, et puis chez des enfants affaiblis par une maladie antérieure, «surtout chez les enfants des pauvres, chez ceux qui ont habité des lieux bas et humides, d

Il en a fort bien décrit les diverses périodes, mais aucune de ses six observations ne rentre dans notre cadre (1). Nous n’avons rien trouvé dans* Siebert, ni dans les autres écrivains spéciaux que nous avons consultés. Mais un enfant, qui se trouvait dans toutes les conditions indiquées par Baron, est entré, l’année dernière, à l’hospice des Enfants-Assistés, avec une gangrène de l’os incisif. M. le D*" Guéniot, chirurgien de cet établissement, a bien voulu nous adresser cette observation curieuse.

Observation T'

(recueillie par M. Demeules, interne du service).

La nommée F , âgée de 4 ans et demi, fut mise en dépôt à

l’hospice des Enfants-Assistés, le 14 novembre 1867. Cette enfant était atteinte d’une ulcération vulvaire, pendant le traitement do laquelle survint une rougeole. Dans le cours de celle lièvre éruptive il se manifesta des accidents du côté de la bouche, qui nécessitèrent son entrée dans le service de M. le D* Guéniot.

16 décembre. Le borfl gingival compris entre les deux canines supérieures a complètement disparu ; les quatre incisives sont tombées, et la portion correspondante de l’os mise à nu offre une coloration noirâtre et des inégalités qui ulcèrent la muqueuse labia.e. Il ne paraît exister ^lucune douleur notable, et la mastication s’effectue d’une manière suffisante. — Solution iodée appliquée au pinceau sur les parties malades.

7 janvier 1868. La portion nécrosée de la mâchoire est tombée en laissantune perte do substance occupant tout l’espace compris entre les canines, plus considérable au centre qu’aux extrémités. Au fond do la dépression, se voient obliquement dirigées les deux incisives médianes jiermanentes qui sont noires et très-mobiles. A gauche, pointe l’incisive latérale dont la blancheur contraste

(1) Baron, Mém, sur une affection gangréneuse de la bouche particulière aux enfants. (Bull, de la Faculté de médecine de Paris, 1816, t. Y, n" 6, p. 145.

avec la coloration des deux autres dents, elle est également mobile. Les canines, au contraire, .sont saines. On a seulement observé sur la canine gauche une légère teinte noirâtre au voisinage du collet.

Le 11. L’enfant a été reprise par ses parents dans cet état. Nous ignorons ce qu’il en est advenu.

L’histoire de cette petite malade ne présente rien de particulier, quant à la marche de sa gangrène, mais le siège si nettement limité de la lésion osseuse est parfaitement en rapport avec l’état des os maxillaires pendant les premières années de la vie. La fusion des deux pièces n’est alors complète qu’à la face antérieure. La séparation profonde de ces os oppose à l’inflammation une barrière presque aussi difficile à franchir que celles qui peuvent l’arrêter en d’autres régions de la face, quel que soit, d’ailleurs, le point de départ de la maladie.

Dans l'observation qu’on vient de lire, l’inflammation s’est circonscrite (au moins pendant vingt-cinq jours) à l’intermaxillaire. Il existe une note de Ch. Dufour, dans les Bulletins de la 'Société anatomique^ qui nous montre, au contraire, la gangrène du maxillaire limitée, chez un jeuneenfant, aux trois dernières alvéoles. Cette note, ma heureusement écoutée, a trait à un jeune malade, du service de M. Bonneau, atteint de gangrène consécutive à une stomatite. Il s’est formé un séquestre qui fut enlevé, le 15 janvier 1851, et l’on trouva sur ce séquestre la tubérosité maxillaire^ la plus grande partie du sinus et trois dents. Quelles peuvent être les trois dents implantées dans un séquestre partiel de la mâchoire, qui comprend la tubérosité et presque tout le sinus, sinon les molaires de lait et la canine?

L’inflammation aurait donc respecté l’intermaxillaire en détruisant le reste de l’os. Nous n’osons pas donner cette appréciation comme définitive ; les termes de la

note de Ch. Dufour manquant de précision (1), Il n’en est pas moins certain que la cloison de séparation, pouvant persister assez longtemps entre ces deux pièces, les maladies qui frappent l’une ou l’autre s’y localiseront. Nous allons en trouver de nouvelles preuves dans l’étude des affections de la mâchoire supérieure qui tirent leur origine des dents que renferme cet arc osseux.

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