‹ L'os intermaxillaire de l'homme à l'état normal et pathologiqueChapitre 16 sur 26 · S II · texte numérisé non relu

S II

Les faits pathologiques de cet ordre forment deux subdivisions bien distinctes : dans la première, nous avons placé ceux qui se rapportent aux anomalies de développement dia?, dents incisives; dans la seconde, on trouvera les altérations de l’os qui sont dues à des anomalies de position.

Les anomalies de développement des dénis incisives ont été séparées par M. Thore (2) en deux catégories. L’une, dont nous n’avons pas à nous occuper ici, comprend sous le nom à’ apparitions prématurées des dents les faits d’évolutions hâtées sur les(juelles Schenck, Haller, Franck, MM. Sappey, Thore, Guéniot, etc., ont attiré l’attention des chirurgiens.

Dans ces cas, les enfants sont nés avec des dents, ou les dents ont fait leur apparition peu de temps après la naissance ; elles se sont développées régulièrement, et ne sont tombées qu’à l’époque de la seconde dentition. La seconde catégorie renferme les cas, très-rares, où les dents sorties prématurément sont tombées au bout d’un temps ordinairement assez court, par suite d’un travail

(1) Bull. Soc. anat de Paris, 1851, t. XXVI, p. 85.

(2) Thore, Sur l’apparition prématurée des dents. (Gazette médicale de Paris, 1859, p. 617-618).

pathologique spécial, que M. Thore a, le premier, fait connaître. Le follicule dentaire, a se développant outre mesure par l’effet d’un travail inflammatoire, ulcère le tissu de la gencive en chassant la dent au dehors ; celleci, formée d’une faible couche de matière dure réduite à l’état d’un simple cornet, ne tarde pas à tomber. L’inflammation alors s’arrête ou persiste, envahissant la gencive et jusqu’à l’os, et se termine le plus souvent par la gangrène du follicule dentaire qui apparaît au fond de Tulcération et tombe bientôt à son tour

Cette inflammation du follicule a été observée aux deux mâchoires ; à la mâchoire supérieure, on Ta rencontrée trois fois seulement, trois fois elle s’est limitée à la portion incisive de cet os. Dans l’observation de M. Guéniot, les follicules seuls ont été atteints; dans celle de M. Thore {loc. cit.), la maladie semble avoir envahi l’os intermaxillaire; enfin, dans celle de M. Géry, elle a été suivie de l’élimination de la plus grande partie de cet os du côté droit. Nous croyons devoir reproduire ici ces deux derniers faits, qui appartiennent, au premier chef, à l’histoire pathologique de la pièce osseuse qui fait l’objet de cette dissertation.

Observation II.

(V® de M. Thore, loc. cit.)

D , garçon âgé de 12 jours, nous est présenté le 9 mars 1849 ;

il avait depuis quelque temps une tuméfaction de la lèvre supérieure, .â partie moyenne. Cette saillie fait de rapides progrès. Une autre saillie, d’un noir violet, apparaît à la gencive supérieure, du côté gauche; elle correspond à l’incisive supérieure gauche et

laisse échapper un pus jaunâtre quand on la presse. — Lotions émollientes.

Deux ou trois jours après notre visite, il sort par cet abcès une dent incisive ayant la forme et la grosseur d’une dent régulièrement développée ; elle a la forme d’un cornet à minces parois, est aplatie et terminée à son bord libre par de petites saillies ; elle est partout recouverte d’émail.

Le '27. Depuis quelque temps, la grosseur a beaucoup diminué; mais il s’est formé une autre tumeur plus haut et plus en dehors ; elle est plus volumineuse et s’est ouverte la veille : il en est sorti une dent toute semblable à la première ; c’est l’incisive latérale gauche. Au point correspondant existe une saillie rouge. 11 s’échappe de la narine gauche du pus en assez grande abondance. La partie moyenne du maxillaire supérieur est mobile et on peut le déplacer facilement avec une légère pression. L’enfant tette bien et pHrait médiocrement souffrir.

7 avril. Les abcès sont cicatrisés et la partie mobile de l’os maxillaire s’est consolidée : écoulement de pus par la narine gauche.

Le 28. Les points par lesquels les dents se sont échappées sont cicatrisés ; encore un léger écoulement un peu fétide par la narine gauche. L’enfant se développe bien.

Examiné de nouveau le 31 janvier 1850, à l’àge do H mois. A l’âge de 8 mois, les deux incisives médianes ont j)aru ; puis, il y a quatre jours, une incisive supérieure médiane et droite. Les deux incisives supérieures gauches, sont bien entendu, absentes; il existe une dépression très-prononcée à la place qu’elles occupaient. La canine supérieure gauche commence à percer la gencive, ainsi que la dent correspondante du côté opposé.

9 juillet 1831. La première molaire supérieure du côté gauche a paru il y a deux mois; celle de droite n’est point encore sortie.

9 novembre 1857. Nous l’examinons de nouveau ; l’incisive médiane gauche a paru à la mâchoire supérieure, l’autre ne se montre point encore.

En février 1839, l’incisive latérale supérieure gauche n’existait point, la canine avait pris sa place.

I tans cette curieuse observation, la lésion s’est limitée rès-exactement à la pièce incisive gauche ; l’élimination uos deux dents que porte cet os a eu lieu successivement, et M. Thore a constaté une mobilité remarquable de la partie moyenne du maxillaire supérieur, que l’on déplaçait

facilement avec une légère pression. Si l*on se rappelle qu’à cet âge la pièce intermaxillaire peut encore être facilement séparée de la pièce maxillaire, on s’expliquera très-aisèment que, sous l’influence de ce travail pathologique, un tel ébranlement puisse se produire. Le processus inflammatoire s’est arrêté là, et dix jours après, la consolidation était complète.

Il n’en fut pas de même dans le cas communiqué par M. Géry père à M. Amédée Forget. L’observation est malheureusement fort courte ; cependant il résulte des détails donnés par M. Forget, que les follicules incisifs de seconde dentition ont été, chez cet enfant de 3 ans, le point de départ d’une nécrose de l’intermaxillaire droit, suivie de l’élimination de cet os presque entier. Voici le fait :

OBSERVATION III. (VI« de M. Ara. Forget (1).

« Un enfant, âgé de trois ans, présentait depuis plusieurs semaines une tuméfaction considérable des gencives des dents incisives droites de la mâchoire supérieure ; cette tuméfaction était douloureuse, surtout au toucher. Appelé à donner des soins à cet enfant, M. Géry prescrivit des lotions avec une solution alumimineuse, qui en quelques jours diminuèrent l’inflammation et le gonflement qui en était la conséquence. Il devint facile de reconnaître que ces dents étaient mobiles, et qu’il s’écoulait de leurs alvéoles un liquide purulent. Leur chute eut lieu spontanément quelques jours plus tard, et M. Géry constata l’existence d’un séquestre volumineux et mobile, dont il fit aisément l’extraction avec des pinces à pansement. i

L’examen attentif de la pièce osseuse ainsi éliminée a permis à M. Forget d’y reconnaître un intermaxillaire

(l) Am. Forget, Des anomalies dentaires et de leur influence sur la production des maladies des os maxillaires. Paris, 1859, in-4, p. 81 et pl. VI, fig. 1.

presque entier. Elle comprend, en effet, les alvéoles en partie détruits des deux incisives droites, et une partie du bord interne de l’alvéole canin. (Cette dernière particularité s’explique, ainsi que nous l’avons déjà dit, par l’extension que prend, dans quelques cas, la pièce incisive qui loge alors en partie la dent canine.) Au-dessus des alvéoles des incisives temporaires existaient deux cavités renfermant les incisives permanentes, « dont les dimensions dépassent celles qu’elles ont chez l’adulte. »

D’accord avec l’auteur de l’observation qu’on vient de lire, M. Géry père, sur la nature et l’origine de cette affection, M. Forget l’attribue, comme nous l’avons fait nous-mème, à une évolution prématurée des germes de la seconde dentition. «L’absence de toute proportion, (lit-il avec beaucoup de justesse, entre les dimensions de l’arc alvéolaire à l’âge qu’avait le petit malade et le volume de ces dents anormalement développées, rendent raison de l’inflammation ulcérative qui a produit la chute des dents de lait, et la lésion plus profonde qui a compromis l’os incisif lui-même « (1).

M. Forget ajoute, avec une certaine satisfaction, que ce fait juge la question alors controversée devant l’Académie des sciences, de l’existence de l’intermaxillaire. On a pu voir, par tout ce qui précède, qu’en 1859, l’existence de cette pièce osseuse était depuis fort longtemps démontrée ; le silence même qu’ont gardé en cette occurrence les naturalistes les mieux convaincus de cette vérité anatomique ne prouve-t-il pas d’ailleurs qu’un débat de cette nature était, à leurs yeux, superflu.

(1) Loc. cit., p. 32.

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