III
M. Amédée Forget a consacré la deuxième partie du mémoire auquel est emprunté le fait qu’on vient de lire, à l’histoire des anomalies de position des dents et de leurs conséquences pathologiques. Ce chirurgien s’est surtout occupé des anomalies de position des molaires; on trouve cependant dans son travail quelques faits relatifs aux canines et aux incisives. Considérées au point de vue de leur siège, ces anomalies se divisent en deux catégories. En effet, ou la dent déviée ne s’est pas éloignée de l’arcade alvéolaire, ou bien on la retrouve en un point quelconque de la mâchoire, à une distance plus ou moins considérable de cette arcade. Nous n’avons pas à nous ccuper des cas qui rentrent dans ce second groupe; mais quelques-uns des faits du premier groupe sont particulièrement intéressants au point de vue de la localisation des phénomènes patliologiques auxquels ils donnent naissance.
La déviation d’une dent incisive pourra quelquefois amener de curieux phénomènes de résorption, comme dans le fait signalé par M. Lacroix à la Société anatomique de Paris (1), mais des désordres plus considérables sont ordinairement produits par les déviations des canines en dehors ou en dedans. Dans ce premier cas, comme nous
(1) Obs. IV. M. Lacroix présente une anomalie de développement d’une dent incisive supérieure fort remarquable; cette dent s’est dirigée en haut et en arrière, et elle a fait saillie dans une cavité accidentelle formée entre les os maxillaires supérieurs, et creusée dans leur épaisseur, simulant un sinus maxillaire médian, et ayant de 7 à 8 lignes de diamètre. (Bull. Soc. anat. de Paris, 1830 t.Y, p. 26.)
l’avons récemment observé (1), la racine de la canine atrophiera le bulbe de l’incisive latérale, tandis que sa pointe fortement inclinée en dehors arrêtera le développement de la première prémolaire. Si, au contraire, la pointe de la canine est dirigée horizontalement et transversalement vers la région interinaxillaire, elle causera non-seulement l’atrophie des dents incisives, mais aussi une résorption plus ou moins considérable de la face palatine de l’os qui les porte. On trouvera cette disposition sur une pièce du musée Dupuytren, dont voici la description.
ODSERVATION V.
Celte pièce porte le n® 18, dans la série du musée Dupuytren. Elle présente à gauche une dent canine, volumineuse, dirigée de dehors on dedans, d’arrière en avant, et un peu do haut en bas. Le bord externe do la dent est devenu inférieur. Celte anomalie de position a produit la résorption do toute la portion intermaxillaire de la voûte palatine de ce côté. La résorption s’est très-nettement limitée en arrière à la suture incisive qui a sa forme ordinaire, et qui aboutit comme presque toujours au point do contact des alvéoles canins et incisifs externes (2).
La. lésion osseuse est encore ici très-nettement localisée, la portion palatine de l’intermaxillaire a complètement disparu jusqu’à cette petite suture transversale que nous avons décrite dans la première partie de ce mémoire; le maxillaire, au contraire, est resté parfaitement intact.
M. W. Grüber, dans ses observations rares d'anatomie hu~ marne, a fait connaître un cas du même genre, où l’éruption vicieuse des canines avait produit une semblable résorption, non plus d’une seule, mais des deux lames
(1) Mus. Soc. anthr. de Paris. Crânes Egyptiens, IV® dynastie, n“ 7.
(2) Le crâne n° 29 do la série dite de l’Ouest (Mus. Soc. anlhrop.) offre la même anomalie du côté droit.
palatines ' des inlermaxillaires. Nous extrayons de l’observation détaillée, publiée par M. Grüber, le passage dans lequel le savant a décrit la lésion qu’il nous intéresse.