‹ L'os intermaxillaire de l'homme à l'état normal et pathologiqueChapitre 3 sur 26 · S II · texte numérisé non relu

S II

Le père de la médecine, dans son Traité des articulations, s’était contenté de dire qu’il y a beaucoup de symphyses dans la mâchoire supérieure (3).

(I) Muséum d’histoire naturelle. (Cours de 1868.)

(i) Ibid.

(3) Hippocrate, Des articulations, § 34, édit. Littré, t IV, p. tSS.

Il ne semble pas qu’on ait ajouté quoi que ce soit à cette vague indication, jusqu’au temps de Gelse. Dans la description assez confuse que donne celui-ci des sutures de la face, on ne trouve rien qui permette de croire qu’il ait eu connaissance de la pièce incisive qu’allait décrire Galien (1); mais Rufus d’Ephèse, dont le court Traité de T Appellation des parties du corps humain est venu jusqu’à nous, après avoir dit quelques mots des sutures jugomaxillaires, parle de deux autres lignes qu'on a peine à voir aux joues, duas alias quœ vix cerni queant in malis (2), et qui sont probablement les sutures incisives. Si on lit avec quelque attention le passage tout entier, on se sent porté à croire que, comme Galien et avant lui, il a fait sa description d’après quelque quadrumane.

L’ostèologie de Galien est jugée aujourd’hui, comme sou œuvre tout entière. Camper (3) a surabondamment démontré que cet illustre anatomiste « n’a jamais disséqué de cadavres humains, ou que du moins il ne s’en est pas servi pour composer ses ouvrages». Blainville et G. Cuvier ont reconnu que tous les détails anatomiques de Galien se rapportaient au magot. Il se serait servi, suivant Breschet (4), de plu.sieurs espèces de singes; quoi qu’il en soit, si Galien a directement étudié quelques parties du squelette de l’homme, il est certain que l’in ter maxillaire qu’il lui attribue est celui d’un quadrumane.

(1) Celsi, De re medica, lib. VIII, c. 1. (Artis modicæ principes d’Henri Eslienne. Paris, 1S67, in-f", t. II, col. 167.)

(2) Ruffi Ephesii, De appellationibus partium corporis humani, lib. III, c. 1. (Ibid., t. I, col. )

(3) Camper, De l’orang-outang et de quelques autres espèces de singes. Trad. fr., t. I, p. 43. Paris, 1803, in-8.

(4, G. Breschet, Recherches anatomiques et physiologiques sur la gestation des quadrumanes. (Mém. Acad, des Sciences. Pari.s, 1843, in-4, t. XIX, p. 424.)

Cette suture qui, commençant au milieu des sourcils, et se prolongeant le long des narines, aboutit au bord alvéolaire, entre les canines et les incisives, est bien simienne, et éette coalescence des deux os incisifs qu’il considère un peu plus loin comme habituelle, ne se rencontre presque jamais chez l’homme (1).

La description de Galien eut force de loi jusqu’au milieu du XVI* siècle. On la retrouve dans Oribase, dans Avicenne, et les autres Arabes, et jusque dans Moudino et ses successeurs (9). Cependant des circonstances fortuites avaient parfois mis les observateurs en présence d’ossements humains qui ne répondaient pas en tous points aux descriptions du maître. Abd-Allatif, par exemple, au commencement du xiii® siècle, trouvant erronée la descrii»tion donnée, par Galien, de la mâchoire inférieure, brisait le premier le joug delà tradition. « Les preuves, disait il, qui tombent sous les yeux sont bien supérieure.^ à celles qui ne sont fondées que sur l’autorité. » Et il ajoutait que le témoignage des sens mérite d’être cru préférablement à celui de Galien (3). Le savant de Bagdad s’était trouvé seul alors ; lorsque Ycsale, h son tour, donna le signal de la réaction contre l’esprit d’autorité, toute une école d’anatomistes vint se ranger sous son drapeau. Ce n’est pas ici le lieu de reprendre l’histoire bien connue de cette , grande querelle; disons seulement que l'existence de

(1) Galeni De ossibus ad tironos, c. H, Venise, '1S76, in-f", cl. 1, fo4l. V»

(2) Cf. Oribasii medicin. collect., lib. XV, c. 5, édit. Bussemaker et Daremberg. Paris, 1838, in-8, t. 111, p. 400. — Avicennæ, lib. in re med. omnes, lib. 1. fen. 1, doctr. 5. Venise, 1564, in-f“, t. 1, p. 39. — Mundini Anatomia, etc.

^3) Abd-Allalif, Relation de l’Egypte, trad. Sylvestre de Sacy. Paris, 1810, in-4, p. 419.

rintermaxillaire chez l’homme fut très-souvent mise en question à cette époque, et que les discussions auxquelles il a donné lieu sont un des curieux épisodes de cette mémorable lutte.

Les combattants appartiennent à trois camps principaux. Les uns, les Galénistes, convaincus de l’infaillibilité du maître, soutiennent que tout est vrai dans sa description de la mâchoire supérieure; les autres, qu’on peut appeler les Antigalénistes, disent au contraire qu’elle est fausse, non-seulement chez l’homme, mais chez le singe, le chien, et presque toutes les bêtes brutes qu’ils ont examinées (1). Quelques-uns, enfin, trouvant Galien en , défaut, en ce qui concerne l’homme, le considèrent comme exact, lorsqu’ils appliquent son texte aux animaux. Cette dernière opinion, la seule qui soit juste, a fini par l’emporter. Mais que de coups de plumes acérés ! quels flots d’encre versés! quelles haines et quelles injures avant d’en arriver à cette conclusion !

Dans toute l’ostéologie, dit avec raison Genga, il n’y a pas a d’obscurité plus grande» (2). Sylvius a observé la suture de Galien sur un grand nombre de sujets (3). Vesale ne l’a jamais trouvée chez l’homme. Mais qu’entendent-ils l’un et l’autre par suture? et quelles sont les distinctions qu’il faut établir entre la ligne, la suture, la fissure, la rimule, etc.?

Charles Estienne rétablit la vérité en se fondant sur l’observation : « Deux aultres os se voyent, dit-il, à l’ex-

(1) Failoppii obs. anat. (op. omn., Francfort, 1600, in-f», p. 368).

(2) Bernardino Genga di Mondolfo, Anatomia chirurgica cioè

isloria anatomica dell’ossa Rome, 1672, in-8, p. 53.

(3) Cf. Sylvius, In Hippocratis et Galeni physiologiæ partera analomicam isagoge. Paris, 1553, in-f., p. 6. — A*. Vesalii, De humani corporis fabrica, lib. I, c. 9. Bàle, 1.558, in-f, p. 48, 52-53.

tremité de la maschoere supérieure, lesquels sont fort petits : iuxtemerit posez au lieu qui apparoist depuis le nez iusques a la lebvre d’en haut : etdesquelz la conjonction est plus intérieure qu’en dehors ; tellement qu’on l’apperçoit assez difficilement. Ce sont ceulx ausquelz les dents de devant, que l’on nomme incisoires, sont affichez B (1).

Si, à cotte conjonction intérieure indiquée par notre célèbre anatomiste, on substitue la connaissance de la suture palatine antérieure, telle qu’on la trouve chez quelques-uns de ses contemporains, ou aura dans ce passage tout ce que les anatomistes ont pu observer tant qu’ils ont négligé l’étude de l'ostéogénie. Sans doute ils ont précisé un peu plus, mais ils n’ont rien ajouté d’important à cette courte description.

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