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Une seconde période commence avec les premières recherches sur l’ostéogénie. Déjà, au xvi* siècle, Colombo avait fait remarquer que la suture incisive, «bien visible chez les enfants, s’oblitère si bien chez l’adulte qu’il n’en reste plus de trace » (2).
La voie était toute indiquée pour découvrir enfin la vérité : il fallait, remontant le cours de la vie humaine, se rapprocher le plus possible de sa source. C’est de ce côté que Coiter et Spigel, puis Eysson et Kerckring, dirigèrent leurs recherches. Coiter, l’un des fondateurs de l’embryogénie, n’a presque rien dit de l’intermaxil-
(1) Ch. Estienne, La dissection des parties du corps humain divisée en trois livres. Pari.s, t546, in-fo, p. 17.
t”2) Realdo Colombo, De re anatomica; Francfort, 1590, in-8.
laire. Spigel et Eysson se sont contentés de décrire la suture incisive du fœtus; mais Kerckring, pénétrant plus avant dans ce domaine encore peu exploré , reconnut qu’au troisième mois de la vie intra-utérine, le maxillaire supérieur a une forme toute différente de celle qu’il revêtira plus tard. Malheureusement les figures auxquelles il renvoie sont tellement grossières, qu’il est impossible de se rendre compte de la nature des variations qu’il a observées, mais qu’il n’a pas cru devoir décrire (l).
L’honneur d'avoir découvert l’os intermaxillaire à l’état isolé revient à un anatomiste anglais. Robert Nesbitt, qui trouva sur un fœtus, entré dans son quatrième mois, que la suture transverse de la partie antérieure du palais remontait entre les dents canines et les incisives jusqu’à la base du nez (2).
Âlbinus, un peu plus tard, constata que, chez les sujets très-jeunes, le maxillaire supérieur était constamment formé de plusieurs petites pièces \ex aliquot frmtu- /?>)qui, très- vite, se soudent en un seul os (3). Il a même représenté la suture qui, des trous palatins antérieurs, remonte à la face interne jusqu’au voisinage du cornet inférieur. Mais il n’a pas attaché à cette découverte l’importance que Vicfj d’jVzyr a si bien fait ressortir à propos des faits semblables qu’il a mis sous les yeux de l’Acadé mie des sciences de Paris, en 1779.
(t) Spigel, De formuto fœtu. PacJoue. I6”26, in-f", p. 53. — Eysson, Tra^t. anatom. et med. de ossibus infantis. (Manset. Bibl.
, anal. Genève, 1R99, in-P, t. II, p. 487.) — Kerckring, Ôsteogenia fœtuum, c. 8. (Ibid., p. 410.)
(2) Nesbitt, The human osteogeny. Londres, 1736, in-8, p. 195.
(3) Cf. Albinus, Tabulæ ossium humanorum. Leyde, 1853, in-f.
pl. V, fig. 9. — Icônes ossium foetus humani, ibid. 1737, in-4’ — etc. ’
Nous n’avons plus à enregistrer aucun fait intéressant jusqu’au moment où Vicq d’Azyr reprit l’étude de l’os incisif chez les singes et chez l’homme; mais, entre lui et Albinus, se place le célèbre Camper qui malheureusement s’est laissé guider par une idée préconçue et a fait faire fausse route pendant près de cinquante ans à l’école dont il fut le chef vénéré.
La science nouvelle qu’il a fondée s’est appelée Vanthropologie ; malheureusement, là où l’anatomie comparée s’efforcait d’établir des rapports, cette anthropologie a surtout vu des différences; et comme l’un des premiers problèmes qu’elle s’est efforcée de résoudre fut précisément celui de la place qu’il faut assigner à l’homme dans la nature, l’existence de l’os incisif a été de nouveau mise eu question à ce nouveau point de vue. Camper d’abord (1), puis Blumenbach (2), ont insisté sur l’absence de cette pièce dans l’espèce humaine, sans tenir compte des découvertes qu’on vient d’analyser. Aussi lorsque Goethe adressa à Camper son travail sur l’intermaxillaire, celui-ci voulut bien admirer € la netteté des dessins, » la beauté du manuscrit, « admirablement écrit, c’est-à-dire d’une main admirable ! » tout en faisant des remarques peu flatteuses sur le style de l’auteur; mais il déclara qu’il ne pouvait avouer cet os dans l’homme. Il examina cependant « un bon nombre d’os maxillaires de fœtus, de nouveau-nés de tout âge, et principalement de 3 ou 4 ans, » comme était l’os où Gœthe l’avait représenté. Il ne le trouva pas (ce qui n’est pas étonnant, le fait de Gœthe étant tout à fait exception-
(1) Trad. cit., t. I, p, 123.
(2) Blumenbach, De generis humani varietate nativi. Gœttingue, 1781, in-8, p. 88.
— Ib —
nel) et continua à prétendre « que mus ne l’avons pasr>{i),
Goethe ne s’était pas rappelé, suivant ses propres expressions, « qu’un maître ne se laisse pas convaincre d’erreur, précisément parce qu’il a été élevé à la dignité de maître qui légitime ses erreurs » (2).
L’autorité de Camper avait d’abord entraîné Blumenbach ; elle entraîna dans la même voie toute l’école hollandaise, et notamment Mülder et ses élèves Kools (3) et Grull (4), et bien d’autres encore. Cette opinion a compté aussi en Allemagne un grand nombre de partisans ; Zimmermann, Fischer, Senff, Hempel, etc. (5).
L’Ecole de Paris n’a donné que très-exceptionnellement dans cette erreur; et tandis qu’à l’étranger on soutenait la thèse qui vient d’être exposée, Vicq d’Azyr apportait à la vraie doctrine l’appui de son génie. Dans un mémoire très-remarquable, lu à l’Académie des sciences, en 1779 (6), il établissait un rapport « entre la structure de la portion osseuse qui, dans plusieurs quadrupèdes, sert à soutenir les dents incisives, et celle qui, dans les enfants au moins, a les mêmes usages. » 11 suivait la suture palatine que les anthropotomistes français connaissaient alors très-bien (Lieu taud, Sabatier, etc.), franchissait avec elle le trou palatin antérieur, et la montrait
(t) Lettres à Merck, publiées par W.agner. Darmstadt, 1833, in-8. p. 466 et suiv.
(2) Gœthe, Principes de philosophie zoologique, 1832. (Œuvres d’hist. nat.,trad. Ch.Marlins. Paris, 1837, in-8, p. 169.)
(3) Kools, Annot. anatom. Groningue, 1810, in-8, p. 5.
(4) Grull, Dissertatio anthropologico-medica inauguralis de cranio ejusque ad faciem ratione. Groningue, 1810, in-8, p. 54-55.
(5) Cf. Leuckart, Op. cit., p. 6 et suiv.
(6) Vicq d'Azyr, Observations anatomiques..., suivies de quelques réflexions sur plusieurs points d’anatomie comparée. (Mém. Acad Sc.,1780, p. 489 etpl. VIL)