‹ L'os intermaxillaire de l'homme à l'état normal et pathologiqueChapitre 6 sur 26 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

l’os INT ERMAXILLAIRE CHEZ l’eWBRYON.

Les lois qui président au développement des vertébrés en général, et des mammifères en particulier, sont aussi celles qui règlent l’évolution de l’embryon humain. Comme tous les vertébrés il est renfermé dans un œuf et ne présente d’abord que deux épaississements entre lesquels se voit un léger sillon ou ligne primitive {nota primitiva); sa masse est alors uniformément composée de cellules embryoplastiques. La corde dorsale s’organise un peu plus tard, les deux feuillets se séparent, se renflent en certains points, se dépriment en d’autres, et vers le quinzième jour apparaissent les bourgeons qui vont former les mâchoires.

Cette analogie établie avec le plus grand soin par M. Coste, entre l’embryon humain et celui des mammifères, avait été devinée par quelques chercheurs, qui se basant sur un certain nombre de petits faits superficiellement étudiés, bâtirent cette théorie de dévolution continue qui a régné pendant quelque temps dans la science. Suivant cette théorie, le fœtus humain devait successivement parcourir, avant d’arriver à l’état parfait, les divers degrés

(le dévclüi)peiiieiit ({ui persistent cliez les aiiinumx inftirieurs. C’est ainsi que, pour ne pas sortir des limites de notre sujet, Ratke découvrant les fentes transversales que présentent de chaque côté du cou les embryons de tous les vertébrés, leur donnait le nom de fentes branchiales, comme si, mammifère ou homme, le jeune être avait alors les branchies du poisson. On trouvera exposée tout au long cette curieuse doctrine dans un discours prononcé par Vrolik en 1829, à l’université de Gœttingue, en prenant |)ossession de cette chaire, où, rapprochement singulier, tlamper avait professé pendant prés de dix ans! (1)

Cette opinion qu’ont défendue .1. F Meckel, Ratke, Vrolik, Serres, etc., ne compte plus guère de partisans. Ce que l’on admet généralement aujourd’hui, c’est que pendant les premiers temj)s de leur formation, les embryons des vertébrés offrent dans toute leur pureté les traits généraux les plus simples du type des vertébrés; il suit de là qu’ils se ressemblent alors à tel point qu’on a souvent bien de la peine à les distinguer les uns des autres. Il ne faut donc pas s’étonner de voir l’embryon humain présenter alors ces fentes dont nous parlions plus haut, fentes auxquelles on avait d’abord donné, comme nous l’avons dit, le nom impropre de branchiales.

Le phénomène de la génération étant, comme 1 a si bien exposé M. Coste, «le résultat d’une série non interrompue de mouvements déterminés qui s’enchaînent toujours dans le même ordre », il s’ensuit qu’une diffé;

C) W. Vrolik, De fœtu humano animalium minus perfectorum tonnas referente. Groningue, 18'29, in4.

reiice dans le développement ne peut consister que dans «l’exagération ou la manifestation moins sensible» des faits communs à toutes les espèces (1). La seule différence qu’on remarque chez l’homme est précisément de cet ordre : on le voit en effet parcourir avec une très-grande rapidité les premières phases de son existence. En ce qui concerne la région qui nous occupe les anciens observateurs semblent avoir été surtout frappés du volume considérable de la tête par rapport au corps chez les embryons très-jeunes; mais comme dans cette masse globuleuse ils cherchaient toujours ce qui devait être la face, ils n’y ont jamais signalé que des fentes artificielles transversales ou perpendiculaires. M. Coste prouva, le premier, qu’il fallait chercher, au-dessous et en dehors du bourgeon saillant que l’on prenait pour la face, les rudiments des mâchoires. La planche II, si souvent reproduite, de son admirable atlas, nous montre sur les côtés du bourgeon médian qui termine en avant le capuchon céphalique ( b. frontal) deux replis de forme conique, sorte de petites languettes sillonnées déjà, et qui, se bifurquant plus tard, formeront les deux mâchoires. Sur un très-petit embryon que nous a communiqué M. Ch. Robin, et dont nous avons dessiné l’extrémité céphalique (pi. L, fig. 1), on voit très-nettement cette petite lamelle /n située sur les côtés du capuchon et commençant à se bilober vers son extrémité interne. Au-dessous de ce bourgeon mandibulaire se profilent les arcs viscéraux.

Du vingt au vingt-cinquième jour les deux bourgeons

(l) Coste, Embryogénie comparée. Cours sur le développement de riiomme et des animaux, fait au Muséum d’iiistoire naturelle. Paris, 18H7, in-8, avec atlas, p. 191-I9'2.

Hiimv,

mantlibulaires st^ sonl séparés, ceux qui doivent former la m;\choire inférieure se fusionneront vers le vingt-huitième jour. Mais ceux qui représentent la mâchoire supérieure ne se réuniront que plus tard par l’intermédiaire des bourgeons incisifs, dépendances du bourgeon frontal. On connaissait avant les travaux de M. Cosle les lamelles maxillaires supérieures. Hatke les avait vues sur le porc etlecheval(l), Bischoff sur le lapin (2); Burdach, Thomson, Muller les avaient aperçues chez l’homme, mais sans comprendre leur valeur (3). Ghazal copiantassez fidèlement les embryons humains qu'il avait sous les yeux, faisait pour Breschet et pour Velpeau quehjues dessins oü les bourgeons étaient représentés, à peine défigurés (4). Enfin M. H. Jacquart les avait reproduits dqins de fort belles planches restées manuscrites, sans toutefois chercher à les interpréter. M. Coste a découvert la loi de leur évolution et on lui doit la connaissance des bourgeons incisifs.

Velpeau dans une de ses planches, destinée, disait-il, à «montrer comment on a pu croire que le bec-de-lièvre simple ou double n’était qu’un état primitif anormalement conservé» (5), Velpeau, disons-nous, avait figuré vu de face un embryon qu’il croyait Agé d’un mois à peu près. On voit bien sur cette tête une languette médiane entre deux fissures verticales, mais ces fissures se continuent obliquement au-dessous de la bouche, qu’elles

(1) Isis von Oken, 1825, pl. IV, fig. 1, etc..

(2) Bischoir, Traité du développement de l’homme et des mammifères. Paris, 1843, pl. XV, fig. 66.

(3) Burdach, De fœtu humano annotationes anatomicæ. Leipsick, 1828, fig. 1, etc. Müller’s Archiv. 1830, etc.

(4) Cf. Mém. de l’Acad. roy de médecine, t. Il, -1833, in-4. pl. VI, fig. 1, n° 6, etc. — Velpeau, Embryologie ou ovologie humaine, Paris, 1833, in-f, pl. II, fig. 1, etc.

(5) Id. ibid.

prolongent en bas et en deliorS) ce qui représente assez bien la forme d’un H à jambages concaves en dedans. Il y a dans Breschet une petite face à peu près semblable. Ajoutons qu’à côté de ces figures, qui se rapprochent quelque peu de la vérité, les mêmes auteurs ont représenté tant de fœtus portant des divisions artificielles, qu’il n’est pas douteux que les deux dessins qu’on vient de citer représentent des embryons altérés de quelque façon. -

M. Goste, dont les admirables travaux font loi aujourd’hui, non- seulement en France, mais dans tout le monde savant, a suivi pas à pas l’évolution normale du prolongement médian. Gomme on l’a déjà dit, ce bourgeon a d’abord la forme d’un petit cône légèrement tronqué. Vers le vingt-cinquième jour, il s’échancre un peu à sa partie moyenne et se partage en deux bourgeons plus petits, lés bourgeons incisifs, qui vont en divergeant à la rencontre des bourgeons maxillaires supérieurs. Le contact a lieu vers le trente-cinquième jour, mais il reste de chaque côté, entre les deux lamelles, un petit sillon qui ne s’oblitère qu’un peu plus tard. Sur un embryon de quarante jours environ, dont la face est représentée pl. I, Üg. 3, il ne reste qu’une petite encoche de chaque côté de la lèvre supérieure, précisément au point de jonction des deux bourgeons labiaux et des deux bourgeons incisifs. IF nous a semblé que cette soudure débutait par le bord libre de la lèvre, car, sur un autre embryon un peu plus âgé, que nous avons reçu de notre excellent ami le D'^Damaschino, la lèvre était complètement formée; mais il restait entre le lobe nasal et les joues un sillon concave en dedans, seule trace encore persistante de la séparation primitive de ces parties (pi. I, flg. 4).

Nous avons vu si souvent des replis se former accidentellement sur les préparations conservées dans l’alcool que nous n’osons pas affirmer que ces deux lignes courbes, quelque régulières et symétriques qu’elles paraissent, ne soient pas dues à une altération consécutive de la pièce.

S ni.

Le développement de la face est depuis quelque temps déjà terminé, ou peu s’en faut, à l’extérieur, qu’il reste encore un travail considérable à achever dans la cavité buccale. A la fin du premier mois la bouche existe, ainsi que les fosses nasales; mais ces trois cavités n’en forment encore (ju’une seule, limitée par les bourgeons que nous avons sommairement décrits un peu plus haut. Du bourgeon médian descend verticalement uii feuillet assez épais qui formera la cloison des fosses nasales, peqdant que des arcs maxillaires émanent deux lames horizontales qui, se rencontrant avec la première, sépareront complètement de la bouche les fosses nasales, déjà distinctes l’une de l’autre.

Autenrieth, le premier (1), observa les .< deux fentes de la voûte palatine, » sortes de sinus se dirigeant vers la base du crâne; la cloison, « sous forme d’une lame proéminente assez épaisse, reposait sur le sillon de la langue par son bord inférieur obtus; les fosses nasales s’étendaient jusqu’à la lame criblée, où une petite lamelle les séparait seulement du cerveau. » Après quelques hésitations, il se décida à considérer cette disposition

(l) Autenrieth, Supplementa'ad historiam embryonis humani quibus accoduiit observata quædam circa palatum fissum. Tubinguc, 1797, in-4, p. (iO-61.

comme naturelle, tout en la rapprochant, comme nous le ferons plus loin, de certaines formes de bec-delièvre.

Sur l’embryon de 40 jours, dont nous avons déjà parlé, les orifices de communication que nous appellerons, si l’on veut, les orifices d Autenrieth, mesuraient 1 millimètre et demi d’avant en arriére sur deux tiers de millimètre de largeur. Ils avaient une forme régulièrement ovale et se trouvaient séparés par une cloison large d’un demi-millimètre.

Ces orifices de communication augmentent pendant quelque temps en grandeur absolue, mais leurs dimensions relatives diminuent. Ainsi, sur un embryon de 45 jours environ, dont nous avons figuré une projection de la bouche (pl. 1, fig. 7), la longueur des orifices d’Autenriein 2 millimètres, et leur largeur dépasse un peu I millimètre; mais le crâne et la face sont beaucoup plus volumineux ; la voûte palatine mesure plus de 3 millimètres de largeur, et par conséquent les proportions des orifices aux cavités qu’ils mettent en communication sont moins considérables que sur la pièce précédente. Sur la coupe verticale que nous avons jointe à cette projection, on voit très-nettement la forme conique du sinus nasal gauche, dont la hauteur atteint 2""", 5 et les rapports de cette cavité avec le cerveau (pl. I, fig. 6).

Sur un embryon de 60 jours, nous n’avons plus trouvé aucune trace de communication entre les fosses ne sales et la bouche.

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