‹ L'os intermaxillaire de l'homme à l'état normal et pathologiqueChapitre 8 sur 26 · ENFANT · texte numérisé non relu

ENFANT

A part quelques cas tout a lait exceptionnels, le fœtm n’a plus, on vient de le voir, d’os intermaxillaire complètement séparé. C’est là un fait important au point de vue des classifications, et nous sommes loin de vouloir lui refuser toute valeur. Autant il nous a paru antiscientifique de dénier à l’homme une pièce osseuse que tous les vertébrés possèdent et de faire de cette négation l’iin des points de départ d’un système particulier de zooclassie, autant il nous semble légitime d’utiliser le fait bien établi de l’ossification prématurée de cette pièce chez l’homme et de combiner ce caractère avec ceux qu’on connaissait déjà, pour en conclure à la véritable place qu’il faut lui assigner dans l’échelle zoologique. Cette soudure prématurée est, en effet, en relation avec la forme de la face humaine, et avec les fonctions qu’elle est appelée à remplir. L’os intermaxillaire joue, on le sait, un rôle important dans l’économie des êtres. Gœthe a fait remarquer, avec beaucoup de justesse, dans son premier mémoire {trad. cit., p. 80), que l’incisif est parfaitement accommodé, chez les animaux, au genre de nourriture que la nature leur a destinée. Si cette pièce osseuse se comporte d’une manière particulière chez Thomme, cela est certainement en rapport avec des dif-

férences notalDles chez cet être dans la physiologie de la bouche.

Nous avons vu que, chez le fœtus, la suture incisivocanine s’est rapidement effacée ; le point de départ de cette ossification est la branche montante.

Les deux autres bords de la pièce canine persistent assez longtemps encore : la ligne qui la distingue de la pièce malaire s’efface la première. Cette suture a été signalée, pour la première fois, par Berlin (1), en 1783. Il en existe plusieurs bonnes figures. Ainsi, on la voit trèsnettement dans les dessins qui accompagnent le mémoire de Breschet sur la génération des quadrumanes [Mém. Acad. SC., t. XIX, 184.5.) Elle est aussi fort bien représentée dans le bel atlas de MM. Rambaud et Renault(pl. XII, fîg. 5 et 8), et dans la figure 44 du professeur Sappey.

Nous croyons pouvoir fixer la date de sa disparition à la fin du quatrième mois environ, quoique, suivant M. Rambaud (p. 174), il soit encore possible, au commencement du cinquième mois, d’introduire dans la fente de séparation des deux pièces une lame d’acier très-mince. On voit, par ce procédé, que les extrémités sont encore isolées, alors que la soudure est déjà fort avancée à la partie moyenne de l’os.

Ajoutons qu’il en est de cette suture comme de la suture incisivo-canine; lorsque le moment de l’ossification définitive est arrivé, elle se fait avec une grande rapidité et ce travail commence vers le bord alvéolaire.

Le bord supérieur de la pièce canine est le dernier à disparaître, il en reste souvent encore des traces au moment de la naissance. Cependant il résulterait de l’obser*

(1) Berlin, Traité d’ostéologie. Paris, 1783, in-8, l. II, p. 383.

vation déjà citée de M. le professeur Sappey que, sur un fœtus de trois mois environ, cette ligne de séparation était déjà effacée; ce qui a fait croire à cet observateur, comme nous l’avons dit plus haut, à l’unité de formation ostéogénique de l’apophyse montante.

- Si le fait de M, Sappey est exact, il représente une anomalie à ajouter à celles qu’on a signalées jusqu’ici dans le développement des os de la face.

Quant à l’os intermaxillaire, c’est aux faces inférieure et interne de la mâchoire que nous devrons poursuivre le travail d’ossification qui marche là avec bien plus de lenteur et ne s’y complète que longtemps après la naissance.

Si l’on pratique une coupe horizontale sur la mâchoire supérieure d’un fœtus de trois mois (fig. 18, pl. I), et que l’on mesure avec soin l’intervalle qui sépare les deux pièces, on trouve qu’il est égal à 1;2 mill. Sur le fœtus de cent jours (fig. 19), il n’est plus que de 0""“,3, sur celui de cent vingt-jours il est plus étroit encore.

La petite tranche d’os isolée dans les deux coupes qu’on vient de citer (1), se présente à l’œil sous la forme d’un réseau à mailles transversalement dirigées, serrées surtout vers l’angle externe de l’os, là même ou précédemment nous avons trouvé le point de départ de son ossification et non loin de la place où sa soudure a commencé avec le maxillaire.

Au quatrième mois, la ligne incisive palatine, étroite déjà, sauf à sa partie la plus interne, où se développe lentement le point sous-vomérien, remonte le long de

la face interne de l’apophyse montante, et sépare com-

(1) Je dois ces deux coupes et celle qui porte le n» 12 au D' Magitot, qui, avec un désintéressement dont je ne saurais trop le remercier, a mis à ma disposition les matériaux qu’il avait recueillis sur l’anatomie de l’os interitiaxillaire.

pléteineiit l'os incisif de la pièce voisine (üj;. 21). A la face antérieure, une lamelle mince l’unit seule au reste du maxillaire, si bien qu’on fait très-facilement basculer l’un des deux os sur l’autre. Il suffit d’imprimer à l’interm.axillaire un mouvement un peu brusque d’arrière en avant et de dedans en dehors, pour rompre l’adhérence toute superficielle qui le fixe au sus-maxillaire.

On remarque quelquefois, sur les pièces de cet âge, au point correspondant à ce qui fut la suture incisive antérieure, un léger sillon qui ne tarde pas à s’effacer. Notre ligure 20 représente fort exactement cette disposition.

. Il ne reste plus, au cinquième mois, pour terminer l’ossification de la partie antérieure de la mâchoire, que deux petites opérations ostéogéniques, la première aura pour but de combler la lacune qui, au quatrième mois, se voit encore dans l’apophyse montante entre les pièces intermaxillaireetpalatine(/.,Iig.21). La seconde opération consistera dans l’oblitération lente et graduelle du petit sillon qui coupe la face interne de cette même branche montante.

La figure 22 de notre première planche montre par quel mécanisme le premier travail s’effectue. Sur ce maxillaire de six à sept mois, une petite lamelle osseuse se développe transversalement et comble de bas en haut l’espace membraneux; elle se soude presque aussitôt au reste de l’os, et au huitième mois (fig. 24), il n’y a plus qu’une petite encoche au bord antérieur de la branche montante. Le second travail suit rapidement le premier. Au septième mois, la ligne articulaire de rintermaxiLaire peut enconi se suivre, sur un grand nombre de pièces, jusqu’au bord nasal de fos. A cet âge on distingue encore, par conséquent, une véritable apophyse qui, comme chez les anthromorphes, en.

(üuli'B l’ouvertui'B nasale antérieure et se met on rapport avec les os propres du nez. Si même on fait une coupe sur la branche montante (fig. 22), on y distingue fort bien la lamelle de l’incisif qui n’est pas encore complètement fusionnée avec les autres lames osseuses.

Au huitième mois, cette ligne articulaire n’est plus guère visible que dans ses quatre cinquièmes inférieurs. Sur le fœtus à terme la ligne intermaxillaire est encore plus courte; elle ne s’étend plus que sur les trois quarts de son parcours primitif, quoique, dans certains cas exceptionnels, quelques légers indices persistent au delà de son point de terminaison (fig. 25). Le petit entonnoir auquel elle aboutissait (fig. 22), est maintenant comblé, et déjà, sur quelques sujets, la suture disparaît en certains points du plancher des fosse.s nasales.

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Voici (piel aspect présente le plus souvent la suture intermaxillaire au moment de la nais.sance : ti-ès-nette à ^ la face palatine, où elle part de l’interstice de la canine et de l’incisive externe, et quelquefois d’un point situé un peu en dehors de cet interstice, elle décrit sur la voûte du palais une courbe llexueuse, à concavité antérieure plus ou moins prononcée, pénètre dans le trou palatin antérieur, dont elle coupe le bord externe à la réunion de son tiers postérieur et de son tiers moyen. Sur le i»lancher des fosses nasales, elle parcourt d’abord une courbe très-courte, à concavité antérieure, qui correspond à celle de la voûte palatine, puis une courbe plus considérable à concavité postérieure, et, en montant sur la branche, une troisième courbe de même rayon que la seconde, mais concave en avant. Elle se dirige alors obli-,

Hamy . H

qnement en haut, en avant et en dedans, et disparait à un demi-centimètre environ du bord nasal de l’apophyse montante. La ligne articulaire coupe cette apophyse à sa base, bien plus près du canal lacrymal que de l’orifice antérieur des fosses nasales : on la rencontre le plus souvent à la réunion du tiers postérieur et des deux tiers antérieurs de cette base.

li’ossification gagne de plus en plus pendant le cours des deux premières années de la vie. Sur un très-jeune enfant la ligne articulaire s’arrêtait à fi millimètres du bord nasal. Sur un deuxième enfant, âgé de 7 jours, son extrémité était distante de ce même bord de 7 millimètres; sur un troisième, qui a vécu huit jours, cette môme extrémité en était éloignée déjà de 8 millimètres. Sur un

(fiiatrième, un peu plus âgé, elle dépassait à peine le ré-

trécissement (jui correspond sur la branche montante du maxillaire à l’extrémité inférieure du canal nasal.

Nous avons d’ailleurs observé de grandes variations dans la rapidité avec laquelle l’oblitération s’effectue. Ainsi, tandis ({ue chez un sujet qui n’avait pas encore 2 mois, il restait à peine un très-petit sillon superficiel étendu de la base de l’apophyse moulante au trou palatin antérieur, sur un autre mort à 7 semaines on trouvait l’ossification à peu près au même point que sur l’enfant de 7 jours dont nous parlions plus haut.

Comme on l’a déjà dit, dans quelques cas, l’ossification se fait par plusieurs points à la fois; en même temps qu’elle marche de haut en bas vers la base de l’apophyse, au milieu du plancher des fosses nasales, on voit la ligne articulaire s’effacer symétriquement de chaque côté.

Six mois après la naissance, il ne reste plus chez l’enfant orthognathe à l’état normal qu’une petite fente qui se

prolonge de chaque côté du canal palatin antérieur de 3 ou 4 millimètres. Mais si, à cet âge, et même un peu plus tard, on mène un trait de scie horizontalement à une très-petite distance au-dessous du plancher des fosses nasales, on voit encore assez nettement la séparation des deux pièces dans l’intérieur du tissu osseux; On sait d’ailleurs qu’à cet âge, et même plus tard encore, si l’on traite par un acide étendu l’os maxillaire, on arrive à séparer assez facilement l’intermaxillaire des autres pièces qui composent la mâchoire supérieure. Nous avons vu plus haut que c’est à J.-M. Weber qu’on doit cette découverte. Weber traitait les os par l’acide azotique, Leuckart parl’ocide chlorhydrique (1). Nous avons obtenu les mêmes résultats que ces observateurs. L’expérience est très-facile à réaliser ef donne toujours les mêmes résultats ; mais, comme dans la nombreuse série de pièces de tout âge dont nous avons pu disposer il n’y avait pas d’intermaxillaire développé par deux points d’ossification, nous ne pouvons pas dire si ces deux pièces primitives se séparent avec plus ou moins de facilité l’une de l’autre que la plus externe du maxillaire proprement dit.

Puisque nous voici sur ce sujet, nous allons, en terminant ce qui a trait à l’ostéogénie de la pièce incisive, résumer ce qu’on a écrit de la duplication primitive de ses points osseux. Albinus paraît être le premier qui l’ait signalée (2), Sœmmering (3) et Rosenmüller (4) ont considéré cette disposition comme rare.

(1) üp. cit., p. 41.

(2) Albinus, Annot. Acad., lib. ], tab. IV, fig, 2.

(3) Sœmmering, De corporis Immani fabrica. Trêves, 1794, in-8, 1. 1, p. U7.

(4) Uosenmüller, Diss. de singiilaribus et nativis ossium corpons humani varielatibus. Leipzig, 1804, in-4, p. 38.

D'autres auteurs l’ont observée. Klein, dont Aiitenrieth rapporte les observations dans sa curieuse dissertation [op. cit., p. 68); Gœthe, qui en a vu un cas; Meckel, qui en a rencontré un autre [Anat. path., p. 540); Himly; enfin Leuckart, qui s’est efforcé, comme on l’a dit plus haut, de tirer de l’étude de cette exception la loi du développement de l’intermaxillaire. Dans le remarquable ouvrage qu’il a écrit sur cette pièce osseuse, cet anatomiste a figuré une dixaine de crânes qui présentent une bifurcation de la suture incisive palatine. On voit silices dessins, à une distance variable du trou palatin antérieur, la ligne articulaire se diviser en deux sutures se. condaires : l’une, l’externe, n’est autre que la suture normale; l’autre, l’interne, se détache de la première très-près du trou (quelquefois même elle part de ce trou) et va couper le bord alvéolaire entre la première et la seconde incisive. Leuckart a trouvé cette duplication suides fœtus de 4 et de 5 mois. Suivant lui, la soudure des noyaux entre eux peut commencer dés le cinquième ou le sixième mois de la vie intra-utérine, et persister fort longtemps. Nous l’avons rencontrée jusque chez des vieillards. Mais nous n’avons pas vu que la ligue articulaire interne disparût plus rapidement que l’externe. Toutes les fois que la suture était double, l’effacement nous a semblé marcher parallèlement sur Tun et l’autre des deux petits sillons. Dans un cas même, la suture externe était effacée, alors que l’interne était encore bien évidente.

Comme il résulte de nos observations que, sur 200 crânes la suture double s’est rencontrée seulement 10 fois, nous croyons fondée l’opinion que nous avons précédemment émise, savoir, que cette disposition, fort utile à O in litre d’ailleii rs . ne saurait être qualifiée de très-com-

mune : elle ne se rencontre que 1 fois sur 20 environ chez l’adulte; dans notre série d’embryons, de fœtus et de jeunes enfants, elle ne s’est présentée que 2 ou 0 fois sur 40.

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