CHAPITRE IV
'^nalùgiif.
On a vu en 93 de trop funestes exemples digues de figurer dans les trophées des hordes los plus barbares. Le fameux Jourdan Coiipe-léles avait adopté pour inspirer l'effroi , la mode de colorer sa barbe du sang des victimes qu'il envoyait à l'échafaud; les septembriseurs
3o8 NOTES.
présentèrent dans une coupe ce san{j, encore fumant des crimes dont ce révolutionnaire s'abreuvait.
Jourdan, après avoir été boucher quelques années, dut à ses exactions sa célébrité. Pour échapper à la justice, il se fît contrebandier sur les frontières de Savoie, et explora sur le théâtre de Mandrin. Plus tard, il présida à toutes les émeutes populaires et à tous les massacres. Il arracha le cœm" au malheureux Foulon et à l'intendant Bcrthier, et peu après il trancha la tête aux deux gardes du corps Deshutte et Varicourt, qui avaient osé secourir Marie- Antoinette.
Après avoir ensanglanté la capitale, il se porta sur la ville d'Avignon à la tête d'une troupe de démagogues : le pillage , le meurtre, l'incendie y marquèrent ses pas. Il immola à la glacière 60 victimes qu'il fit assommer en sa présence à coups de barre de fer^ il y avait 1 3 femmes qui expirèrent au milieu des tortures. Pour cette mission, la Convention décréta queJomdan avait bien mérité de la patrie.
Il se glorifiait du sm'nom de Coupe-tétesj ses délations remplirent les prisons , et mirent en permanence la guillotine. En livrant au geôlîer les captifs, il lui disait à l'oreille : « Je t'amène du gibier à raccourcir. » Di-
SECONDE PARTIE, CHAP. IV. ^Qg
gne ami de Robespierre, il se présentait les bras nus et couverts de sueur et de sang a la barre de la Convention pour rendre compte de ses exploits, et recueillir de nouveaux applaudissemens.
Ce trop fameux révolutionnaire aimait le sang par natm-e et par vengeance. Tel est le portrait biographique qu'on a recueilli • : « Ce tigre affectait d'avoir con- » stamment tachés de sang, ses mains, ses habits et sa » longue et épaisse barbe; il avait un soin particulier » de cette dernière, la couvrant de son manteau par la » pluie, de peur que l'eau ne la décolorât. »
Rondart fut son 'modèle ; Leblanc et Fétiche ses émules. Le comité de salut public a enregistré les noms des septembriseurs : il a fait plus, il les a soudoyés. Les mémoires du temps rapportent des anecdotes qui épouvantent les générations.
Les assassins du 2 septembre allèrent fraterniser avec les représentans du peuple, et on a trouvé dans les archives des comités révolutionnaires des quittances encore empreintes desang parla main qui les avaitsignées. « Reçu cinq francs pour le travail des prisons , » estil dit sur une d'elles.
' Dictionnaire de Felicr.
3rO NOTES.
Ce document s'est payé cent louis (').
Le républicain Prudhomme, à la suite des ces journées de sang, s'écriait: « Il y a encore une prison à vider! » c'était celle du Temple. L'échafaud a exaucé son vœu; la patrie en est restée tachée.
En remuant une série de forfaits, on voit poindre le tourbillon des cendres de ces terroristes qui inaugurèrent tous les crimes par le sang de nos pères.