‹ L'ossuaire (volume 2)Chapitre 103 sur 105 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

^éixHttt'tons.

Les mémoires du bourreau ont révélé des actions extraordinaires..

Sanson n'était point un terroriste; il sauva la vie à plusieurs victimes, et cet homme de sang était moins cruel que les juges dont il exécutait les sentences. Les tribunatix révolutionnaires furent les fossoyeurs d'une génération entière.

M. Hyde de Neuville en possède unft.

SECONDE PARTIE, CHAP. V. 3ll

On voit dans le récit de l'exécuteur des hautes œuvres, que les deux vénérables chanoinesses de Chelles , madame de Charost et une de ses compagnes, lui durent leur vie, et qu'il vint s'agenouiller dans le mystère à l'autel de leur cellule, lorsque le culte était proscrit et qu'il y avait peine de mort pour s'y livrer.

La biographie universelle rappelle à l'article Louis XVI l'action atroce de Leblanc , l'aspersion du sang du roi sur l'échafaud.., le nom de Ijeblanc était ignoré... des ci'imes l'ont révélé.

Le style démagogique de Marat ne pouvait être mis en parallèle avec celui de Prudhomme , plus chaud de sang et plus avide de carnage. L'ami du peuple et l'orateur du club" des Cordeliers faisaient assaut pour remuer les passions populaires.

Le jour de l'exécution de Louis XVI, Prudhomme s'expi'imait ainsi :

« Capet vint à l'échafaud dans un carrosse. Avant lui » les criminels y étaient conduits en charrette. Doréna- » vaut sans doute, on abolira tout-à-fait cet ancien » usage afin qu'il ne soit pas dit qu'on a marqué plus w d'égards précisément à celui qui on méritait le » moins. »

« A l'exemple de Charles I"", Louis Capet, quand il » monta sm* la guillotine, était vêtu de blanc, sym- » bole apparemment de son innocence. Cette affectation » n'a point échappé à certaines gens, qui ont su gré à » leur bon maître de soutenir son rôle jusqu'à la fin; » d'ailleurs, diront ces amis du feu roi , il ne pouvait » autrement protester de son innocence, prévoyant » bien qu'on ne le laisserait point haranguer le peuple, » et Santcrre n'y manqua point. Nous blâmerons le » général ou les autorités constituées qui lui ont donné » cette consigne, mais dans un autre sens, Capet au- » rait pu nous produire quelques révélations inipor- » tantes. Il fallait le laisser parler sur l'échafaudj il n'y » avait pas d'inconvénient. Si Santerre a craint les ef- » fets de la commisération, il a fait injure aux répu- » blicains qu'il avait l'honneur de commander. Capet » aurait-il pu jamais inspirer une pitié lâche aux Mar- » seillais venus tout exprès à Paris pour nous aider à » jeter les fondemens de la république et à en sceller » la première pierre avec le sang d'un despote? Capet » eût-il jamais pu faire verser une larme à ces vain- » queurs de la Bastille et des Tuileries , encoie tout » couverts du sang de leurs frères , traîtreusement im- » moles par les ordres du tyran ?

SECONDE PARTIE, CHAP. V. 3l3

1) Les prêtres et leurs dévotes, qui déjà ont trouvé sur » leur calendrier une place à Louis XVI parmi les » martyrs , ont fait un rapprochement de son exécu- » tion avec la passion de leur Christ. A l'exemple du » peuple juif de Jérusalem, le, peuple de Paris déchira » en deux la redingote de Louis Capet : scinderunt » vestimenta sua , et chacun voulut en emporter diez » soi un lambeau; mais c'était par pur esprit de répu- » blicanisme. Vois-tu ce morceau de drap , diront les » g-rand'pères à leurs petits-enfans , le dernier de nos » tyrans en était revêtule jour qu'il monta à l'échafaud » pour périr du supplice des traîtres.

» Jacques Roux , l'un des deux municipaux, prêtres » nommés par la commune commissaires pour assister à •n l'exécution de Louis Capet , dit que les citoyens ont » trempé leurs mouchoirs dans son sang. Cela est vrai j » mais Jacques Roux , le prêtre , qui , dans sa mission » auprès du cidevant roi , lui parla plutôt en bourreau » avide dehautes œuvres qu'en magistrat du peuple sou- » verain , aurait du ajouter dans son rapport au conseil » général, que quantité de volontaires s'empressèrent » aussi de tremper dans le sang du despote, le fer de leurs » piques , la baïonnette de leurs fusils , ou la lame de

» leurs sabres. Los g^endarmcs ne fuient pas des der- » niers. Beaucoup d'officiers dubaUiillon de Marseille » imbibèrent de ce sang impur des enveloppes de let- » très qu'ils portèrent à la pointe de leur épée , en tête » de leur compagnie, en disant : « Voici du sang d'un » tvran!

» Un citoyen monta sur la guillotine même (') , et » plongeant tout entier son bras nu dans le sang de Ca- » pet qui s'était amassé en abondance , il en prit des » caillots plein la main et en aspergea par trois fois la » foule des assistans qui se pressaient au pied de l'é- » cliafaud pour en recevoir chacun une goutte sur le » front. Frères , disait le citoyen , en faisant son as- » persionj frères, on nous a menacés que le sang de » Louis Capet retomberait sur nos têtes : eh bien! qu'il » y retombe; Louis Capet a lavé tant de fois ses mains » dans le nôtre ! Ptépublicains , le sang d'un roi porte » bonheur ! »

Un défi de mort sur un échafaud devient un présage funeste. Les aubergistes de Peirebeilhe ont pu méditer le jour de leur exécution sur l'anathème d'une impré-

' Leblanc.

SECONDE PARTIE, CHAP. V. 3i5

cation vociférée au supplice d'uu roi qui a aboli les tortures. Le criminel, qai les a inaugurées sous le chaume, s'est inoculé un maléfice : au jour de la justice , il a entendu des malédictions et des éclats de rire autour de son échafaud. Le peuple applaudit toujours lorsque des têtes tombent.

Les révolutions , en décapitant les rois , trouvent des parallèles à faire; les excès cherchent à niveler les fautes et à excuser le sang versé, mais les rapprochemens historiques ne sont jamais identiques. Les pays, les mœurs, les passions diffèrent: c'est en vain qu'on cherche dans la politique anglaise une excuse aux crimes de la nôtre. La mort des Stuart et le trépas des Bourbons n'ont de ressemblance que par le sang q ,i a jailli sous la hache. Le sans-culofùme , qui en comptait les gouttes en France , ne connaissait même pas les phases sanglantes delà Grande-Bretagne; et dans la vie des victimes royales , il y a peu de traits qui puissent offrir de l'analogie.

On déplore les malheurs des fils de France qui ont péri dans un jour d'orage; les infortunes des quatre Stuart, quoique aussi grandes, sont moins populaires.

Le temps a évaporé le souvenir d'une branche royale

3l6 NOTES.

qui resplendit sur le sol d'Albion; néanmoins la plume des démajjogfues fait revivre souvent l'histoire d'une race mutilée et éteinte dans le sang, c'est un trophée dont elle parc son parti.

Cette catastrophe politique , comme celle de Ijouis XVI, a entaché les fastes modernes.

Les règnes des quatre Stuart rassemblés ne composèrent que la simple période d'une vie octogénaire.

Les héritiers du trône d'Elisabeth n'héritèrent pas de l'énergie de la fille d'Henri VIII j ils semblèrent ne recueillir du sceptre d'une femme que la faiblesse, attribut de son sexe. Cette faiblesse laissa soulever le glaive qui avait tranché les jours de Marie Stuart, et qui , tombant sur la tête de ses descendans , amena l'extinction de sa noble lignée.

Jacques 1" tremblait à la vue d'une épée : cette impression semblait être un présage des troubles qui ont ensanglanté son royaume ; "cet effroi inné avait puisé sa source dans le sein de l'infortunée Marie, témoin du meurtre de Rizzio, poignardé à ses yeux, peu de mois avant la naissance de son fils.

Les armes de chasse seules eurent de l'attrait pour ce prince. Les Anglais disaient de lui « qu'il faisait plus

» de cas d'un cerf que d'un navire, et qu'il aimait » mieux le son du cor que le bruit d'un canon. »

En analysant, on voit succinctement le règne du chef de la maison de Stuart , l'influence fatale qu'eut Buckingliam, son favori, sur la destinée de sa dynastie.

Henri IV étudia le caractère de ce monarque allié à la France: tel est le portrait qu'il en trace dans sa correspondance diplomatique: « Je ne trouve, dit-il, » dans le caractère de Jacques I", que des sujets de » défiance. Je n'y vois ni bonne foi , ni solidité. La lé- » gèreté et 1 inconstance en font la base , la mauvaise » intrigue et l'artifice maladroit y paraissent à leur » tour; mais avec l'envie défaire des dupes, Jacques l" » finit toujours par l'être lui-même. De là je conclus » qu'il n'y aura aucun fond à faire ni sur les paroles » ni sur les actions de ce faible prince. Il intrigue sans » cesse à Rome , en Espagne, et partout ailleurs, comme » il fait avec moi, sans s'attacher à aucun point fixe, » selon qu'il est poussé , entraîné ou retenu. Les pre- » mières espérances l'elèvent et l'excitent au gré de » celui qui les lui donne. lise laisse gouverner par tout » ce qui l'entoui-e, sans aucun égard ni pour le mérite,

3l8 NOTES.

» ui pour la vérité. » Raynal peint dans ce seul trait son insouciante frivolité : i.On aurait dit que Jacques V"" » n'était que passager sur le %'aisseau dont ildevail être » le pilote. »

Son règne a été un tableau mouvant d'ambitions déçues et de controverse diplomatique et religieuse : il ne soutint le droit de la divinité qu'eu attaquant le dogmej il fut persécuteur de l'Eglise; et plus indolent que pacifique, plus timide que bon, il redoutait la noblesse et ne sévissait pas contre ses empiétemens.

Sa politique avait pour but de maintenir les gentilshommes dans leurs provinces : il leur disait : « A Lon- » dres, vous êtes comme des vaisseaux en mer, qui ne » paraissent rien; mais dans vos villages, vous êtes » comme des vaisseaux sur une rivière , qui paraissent » quelque chose de grand. »

» Ce roi, nous dit M. de Chateaubriand^ expira sans » violence, dans le lit de la femme qui avait tué Marie » d'Ecosse, cette noble Marie, qui^ selon une tradition, » créa son bourreau gentilhomme ou chevalier ; cette » belle veuve de François de France, laquelle désira » avoir la tête tranchée avec une épée à la française , » raconte Etienne Pasquier. »

SECONDE PARTIE, CHAP. V. 3iq

« Le bourreau montra la tête séparée du corps, dit » Pierre de fEstoile, et comme en celte montre la coif- ^yfure chut en terre, on ^'it que l'ennui avait rendu toute » chauve cette pauvre reine de quarante-cinq ans, après » une prison de dix-huit. »

M. de Chateaubriand nous rappelle ensuite que : « son règne ne fiit que l'espace qui sépara les deux écha- » fauds de Fotheringay et de Wliite-Hall ; espace obs- » cur où s'éteignirent Bacon et Shakspeare. »

Le trône d'Angleterre, à l'avènement de Charles P% était environné d'écueils; un drap mortuaire et sanglant semblait recouvrir le siège de la royauté sur lequel il allait prendre place.

Les manœuvres d'une pohtique peifide enfantèrent la sédition; elle se cacha sous le manteau des conseillers de la couronne , et le bandeau royal tomba avec la tête qu'il ceignait.

Cette vioJation ouvrit des pages sanglantes aux annales de l'Angleterre; elle est encore pour tous les potentats un sujet de méditation profonde.

Charles P', forcé de déposer par lambeaux les attributs de la royauté, vit se former autour de lui les divers partis anarchiquesqui les lui arrachèrent avec violence.

Il leur laissa guider la main qui signa l'arrêt de mort d'un soutien fidèle de sa couronne, de Strafford , qui pensait pouvoir délier la conscience du roi, en lui concédant le droit de le faire mourir : « Je vous donne ma » vie, lui mandait-il , en échange des bontés dont » vous m'avez comblé et comme un gage de récon- » ciliaîion entre vous et votre peuple. » Mais une révolution qui commence par verser le sang d'un sujet fidèle est insatiable de crimes j celle d'Angleterre se développa graduellement. La secte àcs, presbytériens avait semé les premiers germes d'insm-rection^ les inde'pendans les firent sourdre dans le mystère des complots , et les oplanisseurs en firent éclater la fennentation.

Le parlement d'Angleterre délégua aux membres des communes le droit de juger leur roi. Les représentans du peuple se formèrent en haute-cour de justice , et la royale victime comparut quatre fois devant ses meurtriers ) ils proclamèrent en face de la royauté la souveraineté du peuple , le glaive fut déposé dans la salle des délibérations où sa mort avait été jurée. « Ce » glaive ne me fait point pem-,» dit froidementrauguste prisonnier.

Ces paroles furent un nouvel indice que les Stuarts savaient mourir.

Le cri exécution ! exécution ! se fait entendre : Cromwell y joint sa voix , et avec impassibilité il saisit l'un des premiers la plume pour signer l'ordre du meurtre en disant : « Il s'agit de ma tête et de celle du roi, mon choix est fait. »

Le sacrifice fut préparé devant le palais de Wliite- Hallc; et ainsi que les anciens sacrificateurs liaient la victime à l'autel, quatre anneaux de fer fixaient à l'échafaud des cordes peur contraindre le roi à poser sa tête sur le bloc fatal : mais le royal patient était serein comme la vertu j il donna lui-même le signal de mort. « Lorsque j'aurai le cou sur le banquet , et lorsque je « tendrai les bras.... » L'exécuteur comprit ce dernier ordre, à celui-là seul on obéit î Les spectateurs régicides réunis à la salle des festins poussèi'ent les cris d'une joie féroce, et cette salle, qui avait si souvent retenti des toasts portés à la santé du roi, répercuta dans ses voûtes le bruit funèbre de la hache qui venait Je trancher ses jours.

Cromwcl recueillit le fruit du parricide : d'un pas assuré il prit son poste outre l'cchafaudetle trône; d'une i. 2 1

main audacieuse il avait précipité le monarque, de l'autre il saisit le sceptre.

Le règne du protecteur devint celui de l'oppression; il enchaîna au joug ceux qui avaient aidé à son élévation; les amis du sujet révolté devinrent les esclaves du dictateur; et ces chefs de complots qui avaient émis en principes : « que la nature n'avait mis aucune différence entre un roi et eux , et qu'ils ne reconnaîtraient jamais aucun'maîti'e au-dessus du niveau , » prosternés aux pieds de Cromwell^ tenaient leur front abaissé ; les satellites masqués et vêtus en habits de bouclier, qui s'étaient hâtés de se rendre au lieu du supplice de Charles!", pour disputer 9^ main du bourreau la hache qui fit couler sur le billot le sang royal, osaient à peine mettre leur visage à découvert, non par l'impulsion du remords, mais par la crainte qu'inspirait la prévoyance machiavélique du régicide régnant.

Les pompes funèbres 'de Charles P"" devinrent celles de ses serviteurs; le duc d'Hamil ton , le" comte de Holland et lord Capell furent décapités; ce dernier demanda à être frappé par la même hache qui avait porté le coup fatal à son roi : dans un recueillement religieux, il l'embrassa avec respect et la rendit au meurtrier pu-

blic, en lui livrant sa vie : sa conscience était exempte de reproches, et Cromwell prétendit: «qu'on devait le « sacrifier à cause même de sa vertu. »

Charles II, courbé sous le malheur, avait tenté à Dunbar et à Norchester la chance des armes; mais le succès s'attacha à la destinée de Croniwell , et le roi de la Grande-Bretagne ne dut son salut qu'à l'habit d'un simple bûcheron. Il vint retremper son énergie auprès de la reine Henriette sa mèrej mais l'heure de la restauration n'était pas encore sonnée. Après s'être servi de la voix du peuple pour saper la monarchie , Cromwell détruisit la liberté nationale; les armei à la main, il repoussa les lois, et en chassa les organes; en siégeant avec les représentans du peuple, il avait appris ce qu'il pouvait oser.

Il réclama les clefs des villes comme celles des tribunes, et bientôt on trouva suspendu à la porte de la chambre des délibérations des députés des communes un écriteau qui portait ces mots : « Chambre à louer , non meublée. »

Le protecteur de l'indépendance s'attribua les privilèges les plus absolus, et bientôt sous le titre d'altesse il alla reposer dans la couche du prince qu'il avait as-

sassiné. Le fanatisme devint dans sa main l'instrument du despotisme. Il aspirait à l'apothéose et se disait inspiré. Il ne voulait avoir de communication qu'avec des saints, et canonisait deleur vivant les confidents de son hypocrite ambition.

Ils composèrent une assemblée de saints décharnés ; ils récitaient des prières pour inspirer le protecteur , qui imposait ensuite ses volontés à la nation comme des décrets du ciel. Mais les anglicans avaient en horreur ses momeries', les républicains sa splendeur, les royalistes ses forfaits.

L'indignation formait entre tous les partis l'union d'un moment^ cependant chacun d'eux se pi'omettait en secret de retom-ner , après la chute de l'ennemi commun , sous l'étendard de son choix.

Les amis de la légitimité , organisés sous la dénomination de cavaliers, préparaient dans le silence l'œuvre de la restauration : Cromwell , dans un effroi superstitieux, se rendit dans les caveaux funèbres où reposait Charles I", et entrouvrant son cercueil , sa main osa s'assurer de nouveau que le corps de sa royale victime était froid, et que la tête qui avait porte le diadème était séparée du tronc ! —

La prévoyance humaine s'an-ête là où commence la volonté du ciel; Crorawel expira au milieu des plans conservateurs de sa puissance. Son nom resta, mais sa foi'ce disparut, et Richard Cromwell, son fils, ne retint plus qu'un simulacre de pouvoir.

Charles II , appuyé sur l'épée de Monk , reconquit trois sceptres, fit fleurir dans son royaume la paix, les arts et la littérature; et tandis que la justice frappait les meurtriers de son père, il utilisa la turbulence des armes britanniques, en opérant la soumission de la Hollande.

Après avoir secoué la mauvaise fortune , il en chercha l'oubli dans les plaisirs ; mais il ne couvrit pas ses faiblesses du voile du mystère, et appela le pinceau des grands maîtres à en perpétuer la mémoire. Le palais d'Hampton-Court offre aux regards les portraits des douze favorites qui appauvrirent l'état, et enlevèrent à leur royal amant le respect du à ses malheurs.

Charles II révéla des passions qu'il fallait cacher , et ne laissa pénétrer qu'un demi-jour sur des sentimens religieux qu'il aurait dû avouer avec orgueil j il mourut dans la foi catholique, et ce ne fut qu'au bord de La tombe que, sentant le besoin du pardon et de l'espé-

lance, il implora ouvertement le bienfait des vérités de la religion.

La race des Stuarts , à chaque avènement , sembla ajouter un anneau de plus à la chaîne de ses infortunes héréditaires. Charles P*" fut renversé du trône par un sujet régicide , et Jacques II dut la perte de ses états à sa propre famille.

Les horreurs des gueires civiles allaient ébranler de nouveau la légitimité j Jacques II fit des dispositions poui' conjurer l'orage, et crut qu'en accordant à ses sujets la liberté de conscience les catholiques pourraient exercer leur culte sans exciter la jalousie j mais le peuple anglais, tout en réclamant l'indépendance, fut absolu dans sou arbitraire et repoussa des mesm'es conciliatrices.

Le roi fit un appel à la loyauté de ses alliés j une flotte cingla vers les côtes d'Angleterre : lepavillon du prince d'Orang-e;, son gendre, signalait, par droit de nature, un libérateur; mais il ne couvrait que l'usurpateur de la couronne paternelle , et bientôt l'infortuné monarque arrêté à Rochester , ne fut ramené dans le palais de ses aïeux que pour y subir le joug de la félonie.

Quittant les rives de l'esclavage , il vint placd'

soQ adversité sous l'égide de Louis-le-Grand. Dans son exil le roi d'Angleterre apporta à la France un don royal, celui des familles guerrières qui s'attachèrent à la fortune de leur souverain; depuis leur naturalisation sur le sol français, elles n'ont point laissé d'interruption à leur gloire, et ont fait briller leur valeur sous tous nos drapeaux.

Edouard-le-Prétendant et le cardinal d'Yorck furent la dernière tige des Stuarls. Ce dernier mourut en Italie; il avait porté aux pieds des autels l'offrande des infortunes de sa race : le premier , brillant de courage, fit redire à l'Ecosse le cri de guerre de la légitimité. Il éleva , sur le sommet des montagnes héréditaires , un lambeau de soie; placé sur la pointe de son épée, il devint l'étendard royal sous lequel dix mille montagnards se pressèrent.

Fier de ce premier succès , Edouard approcha de de la tour de Londres , et la force du nombre le fit seule échouer. Son noble dessein était d'arborer sur le palais de ses pères ce drapeau improvise'par la vaillance. 11 succomba et fut proscrit.

On aurait dit que l'Angleterre avait assez du tombeau d'un Stuart pour faire rougir l'usurpation; elle

refoula sur les empires du continent les osscnicus (1<; ses royales vicliines. La France recueillit le cercueil de Jacques II ; et les restes de la maison détruite des Stuarts reposent parmi les ruines de l'empire romain.

La Grande-Bretagne tint avec fidélité un serment sacrilège : elle repoussa les princes légitimes, et déshérita jusqu'à leur cendre de la terre de la patrie.

Dans ces fastes, aucun fait identique n'offre de rapprochement, ni avec la branche exilée, ni avec la restauration de France. Deux têtes royales sont tombées; la mort seule a établi une analogie de supplice <;l de tombeau. Mais la politique s'appuie en vain sur des exemples étrangers pour subjuguer les peuples.

On invoque de grands noms, on s'en fait une égide: patrie, esprit national, reviennent sans cesse dans le discours, ces mots magiques exercent une puissance morale, mais cette enveloppe sacrée ne laisse pas toujours la faculté d'apercevoir les intentions qu'elle sert à voiler.

Cessons de chercher des règles d'application dans les révolutions qui nous ont précédés j car chaque état comme chaque individu doit être traité selon ses bc-

soins, ayant en lui-même ses vices de constitution et sesélémens de salut.

On doit être las de citer la révolution d'Angleterre et les troubles de la ligue^ par des comparaisons forcées, chacun , selon ses sentimens et ses opinions , y voit des fautes à éviter ou des modèles à suivre, sans qu'aucun d'eux cependant nous soit applicable.

L'état de la Grande-Bretagne et celui de la France, après la mort de Cromwel et après l'avènement de Henri-le-Grand, n'offrent aucun point de ressemblance.

La révolution d'Angleterre n'eut qu'une courte duréej onze années seulement s'étaient écoulées entre l'usui-pation de Gromveel etle rétablissement de Charles II : la généi'ation n'avait pas eu le temps de se renouveler ; les bases du gouvernement étaient restées les mêmes ; la religion avait été respectée^ lahiérarchie s'était maintenue dans toutes les corporatiorf^.ies membres du clergé et de la noblesse éprouvèrent individuellement quelques pertes, mais ces deux grands corps furent conservés dans leurs droits, leurs biens et leurs privilèges. Nul ne fut affranchi de ces liens qui attachent!^: nation à l'édifice du gouvernement, et font participer ^^ . chacun à sa force en le rendant solidaire de sa durée. 4»',,

33o NOTES.

Aucune atteinte ne fut portée à la constitution; la charte de Jean-sans-Tei're resta sous le Prolecteur la même que sous Charles VIII; modifiée seulement dans quelques-unes de ses parties , on en respecta les principes. Les mômes chambres, le même pouvoir, les mêmes lois civiles existaient; rien n'était changé que le chef de l'état. Le peuple, régi de même, ne sentait pas qu'il eût changé de maître; et, chose digne de remarque, l'indépendance parlementaire se maintint dans une telle intégrité que, souvent muette sous des rois dont elle avait tout à espérer , elle osa s'élever avec vigueur contre l'usurpation dont elle pouvait tout craindre. La révolution française a- 1- elle agi de même?..

Loin de renverser les bases de la monarchie, Cromwel s'attachait particulièrement à les consolider : il tint d'une main sûre les rênes de l'état , sut réprimer à temps les excès qui servirent de degrés à son élévation et qui eussent fini par entraîner sa chute.

Sous le Protecteur, l'Angleterre vit accroître ses forces , ses richesses et sa considération ; il affermit la paix, créa sa puissance navale; et, sans le crime qui souilla son règne , Cromwell eût semblé n'avoir retenu le dé-

SECONDE PARTIE j CHAP. V. 33 I

pot de l'empire qiie pour le rendre, api'ès lui, amélioré àChai'lesII.

L'héritier du ti'ône n'eut, pour y i-emon ter, aucun obstacle à vaincre, ils résidaient tous dans la pex'sonne de Cromwell : rien ne liait la nation à la révolution j nul envahissement des propriétés , ni les choses ni les hommes n'avaient subi d'altération. -

Charles II ne devait point son trône aux meurtriei's do son père ; aucun pacte ne leur assurait l'impunité , aucune puissance ne les mettait en position de trafiquer du sort de l'état. Le parlement, antique et véritable représentant de la nation, traitait avec le monai'que, et sévissait contre les coupables. Ce fut enfin par des mains amies que le sceptre fut remis au successeur de Charles 1" : aussi , malgré sa faiblesse , Charles II régna-t-il paisiblement, et l'Angleterre n'éprouva-t-elle , sous son règne, aucune secousse violente.

On voit, par ce court exposé, qu'un pareil état de choses n'offre aucune ressemblance avec l'état de la France après ses révolutions successives.

La position du royaume après m'orne l'extinction de la ligue n'offre pas plus de parité.

Comme en Angleterre , l'ambition d'un chef excita

des troubles; mais les cléraciis de l'état u'ctaicnt pas détruits, et dans une semblable position, on peut gémir des divisions , sans craindre toutefois pour la sûreté de l'édifice, qui reste ferme au milieu delà dissension des partis.

Mayenne n'eutni l'audace ni les ressources de Cromwell } il n'empruntait sa force que de l'intérêt de ceux que la crainfe des châtimcns ou l'appât des récompenses liaient à sa fortune. Contraint de se faire moins des instrumens que des complices des grands qu'il s'attachait, il les redoutait encore plus comme ennemis qu'il ne comptait sur eux comme alliés.

A cette méfiance se joignit l'incertitude continuelle des secours d'une puissance prête à le servir ou à l'accabler, selon les seuls calculs deson propre intérêt.

La ligue n'avait donc en elle-même que des moyens de troubles sans aucun élément de durée. Quoique alors l'état de la France fût moins favorable que celui où était l'Angleterre après la mort de Crbmwell , il était loin cependant d'être aussi fâcheux que celui dans lequel Louis XVIII retrouva son royaume.

La révolution de 1 789 attaqua tout. Les statuts , les droits , et les privilèges du trône , auxquels quatorze

siècles avaient imprimé un caractère sacré , furent détruits en un instant : dans ce désordre général, les choses périrent 5 les hommes restèrent , mais affi'anchis de tous liens, de tout frein , de toute contrainte.

Ou voit par ce parallèle que la révolution , finie en Angletei're le jour de la mort de Cromwell, était loin de l'êti'e en France après la chute de Napoléon. La révolution de juillet a consommé la destruction de tout ce qui restait encore de moral; opinion, caractère national, tout enfin a été extii-pé avec violence.

Si des troubles populaires, l'assassinat d'un roi , et l'inauguration d'une couronne élective paraissent offrir, dans les diverses époques de l'histoire moderne, des similitudes, la réflexion n'y sait réellement découvrir que des disparates.

Ainsi donc, sans chercher des règles de conduite dans des circonstances si différentes , employons les moyens indiqués par notre propre position, non en empiriques qui appliquent les remèdes sans discernement, mais en juges éclairés qui les administrent selon la nature, la cause et la durée dumal.

Les principes conservateurs des trônes tombentou se relèvent ensemble.

Le meurtre des rois , loin de porter bonheur aux na • lions, les abreuve de maux, et une aspersion de sang sur un échafaudpar des mains qui avaient aide à le dresser, retombe sur la tête des peuples , et les marque dans l'histoire d'un ctache indélébile.

Page 1