PREMIÈRE PARTIE , CHAP. XIX. l
et ses larmes exprimaient le bonheur qui rentrait dans son ame ; Saint-Albin ne le partageait pas encore.
Après avoir assouvi sa vengeance , il avait passé quelques mois dans la stupeur ; le malheur ne laissait pas à l'apathie le temps de s'emparer de lui.
Son cœur animé par de nobles sentimens n'avait plus de liens pour les épancher : « Je » vivrai donc désormais pour ne plus seutu- » la vie par le dévouement; je serai donc » privé du bien si doux dont jouit le dernier )) des hommes; je ne pourrai donc plus )) aimer!.. »
Un seul mortel veillait sur lui et piiail pour son avenir. Le prieur de Saint-Albin venait le visiter dans le temple de la mort ; sa persévérance a])portait du calme aux blessures de son coeur.
Le bon prieur redoutait le danger do
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faire passer Saint-Albin de si longues souffrances à l'annonce du bonheur- c'était par gradation qu'il fallait tarir ses larmes : cet ami vénéré devait laisser entrevoir Tespérance avant de donner la certitude.
Cette fois, il accourut; il allait le rattacher à la vie. Saint- Albin crut ne pas avoir de force pour supporter tant de joie î Revoir Aurore, savoir qu'un odieux sang ne la liait pas au meurtrier de son père; raviver son ame au flambeau de son unique amour: c'était une destinée sortie du néant.