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CHAPITRE IV

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Le crime s'infernalisait en marchant, l'échafaud ne lui suflit plus; il voulut voir tomber plus d'un cadavre à la fois, et bientôt les massacres de septembre (i 792) furent

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une bonde brisce , d'où s'dchappa un sang qui tacha ]e sol.

Une foule dliorames, les bras nus , armés de haches rouges jusqu'au manche , se ruaient le long des quais dé la rive gauche ; ils venaient de la prison de la Force !

(( A l'Abbaye! àTAbbaye! )>

C'était le cri de la horde ; la foule y répondait par des vociférations.

Les fenêtres étaient fermées ; la population était en deux parts : ceux qui aimaient le sang couraient au meurtre ; leur demeure était close comme un jour de fête; ceux qui gémissaient cachaient leurs larmes. Le bruit était tout au dehors.

L'Abbaye Saint-Germain-des-Prés, vénérée pendant tant de siècles comme une des grandeurs de l'église , redoutée comme un des plus hauts pouvoirs féodaux, était devenue une forteresse populaire. Le cloître ^

jadis gardé par des hommes d'armes , était envahi par des femmes au teiut vineux, au regard féroce, au rire plus féroce encore. Là, au Heu de faisceaux guerriers , on voyait le couperet du septembriseur , et la pique qui allait promener des têtes.

La nef qui , naguères , vibrait du calme harmonieux des cantiques, retentissait de hurlemens de rage. La maison abbatiale, où les grands de la terre venaient s'humilier devant les hommes voués à Dieu, était une geôle de mort pour tout ce qui avait brillé j la porte qui s'ouvrait au malheur était devenue le billot des victimes.

Aux cris qui annoncèrent les meurtriers , les prisonniers , par un mouvement spontané, se prosternèrent : c'était la prière des agonisaus ; elle fut interrompue par le^^àle du trépas ; il était horrible, il sortait de seins pleins de vie !

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Il y avait déjà trente-six heures que le massacre durait. Le soir, la cohorte des septembriseurs allait se montrer au comité de salut public et toucher le prix du travail des prisons. Ainsi était enregistrée une des hontes d'une ère de meurtre sur les quittances d'un affreux salaire.

Us avaient à faire un récit digne de leur auditoire. L'élite de la vertu et celle des grandeurs avaient comparu devant un aréopage qui apostrophait le prisonnier , et, selon le signal de son caprice , le faisait tomber sous la massue, la hache ou la pique. Le juge quittait sou estrade et se joignait aux exécuteurs de ses arjéts; tous concouraient à la même oeuvre.

Le comité de salut public voyait passer sous ses yeux tous les fantômes de la journée. Madame deLamballe et ses longues tortures étaient le trophée de Blondin, perruquier.

— Elle n avait plus de cœur quand ils la traînèrent par la ville ; je l'avais mangé en salade , dit-il. On applaudit ! —

L'héroïque Sombreuil buvant un verre de sang pour conquérir la vie de son père , et Tenlaçant pour sortir de la geôle de meurtre formait le seul groupe vivant ramené au milieu des piques. Ces sapeurs de corps humains ignoraient que sous des monceaux de morts, Saint-Méar subissait son agonie de quarante-huit heures.

La résignation, le courage , l'éloquence, la supplication , rien n'arrêtait les bras se levant pour frapper ; ils retombaient , ils retombaient toujours , et des membres palpitans étaient livrés aux cannibales femelles qui s'arrachaient ces lambeaux pour en faire d'horribles jouets î

Au milieu de ce délire de carnage, deux homra.es restaient froids : Tun, armé d'une

hache , fendait les crânes à la manière des sauvages ; l'autre , avec un poignard , visait au cœur et y glaçait la vie : c'étaient les enfans de Raug-Taloup.

Près d'eux une tricoteuse attendait ces coeurs percés, et les élevait en triomphe; elle admirait les coups ! — C'était Marie Breysse.

Lorsque le dernier cri de douleur eut expiré sous le 'couperet, lorsque la dernière pique eut emporté la tète qui devait faire drapeau , la femme vint fraterniser avec l'homme du poignard. Leur accolade sentait le sang! Ce fut le pacte de leur union.

. — Cette arme-là a dû te donner un butin tous les jours, dit-elle.

— Souvent plus d'un.

— Tu es mon homme ! Si tu veux , nous* mêlerons notre or, et nous vivrons en joie.

Ils s'assemblèrent comme deux sangsues.

11 élait glorieux d'elle ; elle était iière de luielle voulut porter son nom. Le mariage civique consacra les liens de Martin Leblanc et de Marie Breysse.

Lorsqu'ils furent dans le mystère de leur ménage , ils comptèrent leur trésor. Chaque monceau de ces dépouilles était une page de rbistoire d'un siècle. Des morceaux du diadème broyé par Tétreinte du peuple étaient jetés péle-méle avec la crosse d'or des pasteurs et l'hermine des magistrats ; les perles qui avaient brillé dans les fêtes étaient enlacées à des anneaux tachés de sang; c était sur Téchafaud qu'ils avaient été dérobés à des doigts livides.

Des tableaux couverts d'inscriptions démagogiques , des bronzes bossues à coup de massue, des marbres antiques salis des flots des libations, tous les chefs-d oeuvre des arts gisant au milieu des ruines de la puis-

sance; tel était le butin nuptial du septem briseur. D'horribles éclats de gaîté en accompagnaient rinventaire; des anecdotes sanglantes les excitaient.

Au centre de cette habitation , où chaque jour venait s'engloutir les emblèmes de la supériorité , régnait la suprématie du crime .

Le fétiche était habitué à reconnaître pour maître le fils du chef; il resta valet au sein de l'égalité. Ce groupe était toujours hors de ligne.

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