PREMIÈRE PARTIE, CHAP. XX. 3o I
France .-l'un, destiné dans son enfance à desservir l'autel des manitous , avait soustrait à la destruction , lors du renversement des idoles au Canada, un jeune serpent : ce fétiche fut religieusement conservé par ses soins j il l'alimentait dans un bocal, et l'emporta aux rives françaises, croyant que le manitou, lorsqu'il aurait acquis le développement de toutes ses forces, saurait le délivrer des maux de l'esclavage.
Ce Natchez débarqua à Toulon dans le temps où le fameux Mandrin parcourait le Midi , avec une téme'rité qui le rendait la terrem- de toute la province : bientôt les exploits du célèbre contrebandier furent redits par les matelots^ le jeune Natchez se persuada que l'homme blanc, qui savait échapper à tous les dangers, était protégé des génies j tous ses vœux furent d'aller combattre sous les ordres du chef invincible.
Il s'échappa et voyagea sous l'égide de la charité française : après bien des courses infructueuses , il parvint à rencontrer la bande de liondart, l'un dos compagnons du contrebandier. Le sauvage raconta les malheurs de sa patrie et comment le manitou qu'il adorait, l'avait conduit parmi les guerriers, objets de son admiration. La singularité de cet enrôlement
frappa Mandrin, il vit tout le parti qu'il pouvait tirer (lu fanatisuie du jeune idolâtre, et sa croyance fut entretenue à dessein. Il reçut le nom de guerre de Lohie en souvenir des rives de l'Ohio.
Habitué à voir immoler à ses dieux les prisonniers faits dans les combats , le Natchez se livrait sans remords au meurtre et au pillage, et reportait à son fétiche la gloire des expéditions périlleuses, où il se lançait toujours le premier avec une ardeur superstitieuse.
La bande de Mandrin, explorant le Forez , convoita l'invasion du château du gi-and-prévôt. Jamais exploit plus hardi ne pouvait s'offrir au courage du Natchez j il accepta avec joie le commandement de Tenvahissenient nocturne : mesurant le danger , il résolut d'emporter son manitovi, secroyantsùr de vaincre sous son influence.
Arrivé sur le lieu de l'expédition , le sauvage disposa sa troupe, et voulant, avant de donner le signal de l'attaque , invoquer son fétiche , il ouvrit la gibecière qui le renfermait. Le serpent, furieux d'avoir été plus étroitement resserré, s'élança sur le Natchez et le perça de son dard envenimé. L'imprudent Lohie ne