PREMIÈRE PARTIE, CHAP. 111. 3l
mêmes remarques, et c était avec une émotion toujours croissante qu'il entrevoyait un mystère dans cette vie si pure en apparence; car, à dix-huit ans , quel est le mystère sans amour ?
Edouard était allé visiter ce parterre, but de tant de sollicitude.
— Jardinier, quel est ce pavillon?
— C'est la serre de Mademoiselle; il y a de belles plantes , allez ; des fleurs rares. Dame ! autrefois elle s'en fiait à moi pour les soigner; mais depuis quelque temps, elle ne veut tant seulement pas souffrir que j'y entre.
— C'est un caprice de jolie femme.
— Un caprice ! mamzelle Emeline , elle n'en a jamais eu , et c'est bien ça, morgue ! qui m'fait de la peine.
— C'est singulier.
— Oh ! oui , et je donnerais cette belle
marcotte pour savoir ce qui m'vaut ce guiguon-là.
— Pourquoi ne le lui demandez - vous pas?
— Parce que j'aime mieux qu'elle me dise toute seule, de son bon coeur, a Tiens, Jacques j tu es chagriné,, eh bien ^ reprends le soin de ma serre ; » et elle le fera : elle est si bonne !
D'Elvane donna une pièce d'argent au jardinier, et retourna tout pensif au château .
— Qu'avez-vous , Edouard? étes-vous fatigué de la vie des champs?
— Ah! général, vous ne le croyez pas:
tous mes vœux seraient comblés si je pouvais espérer de fixer ici ma vie.
— Emeliue , dit la tante , as-tu montré ta serre au colonel?
Elle rencontrales yeux d'Edouard, etpâlit: