PREMIÈRE PARTIE, CHAP. V
meline ; il se rendit près du château et se cacha dans les bois de Brégise. Chaque jour il allait épier une occasion favorable ; le danger vint le chercher près de 1 espérance.
Un mouvement de troupes amena à marches forcées le léglment de Charles à Mende : le signalement du déserteur fut donné à la gendarmerie; 1 infamie des galères, la mort même menacèrent ce nom qu'il voulait agrandir : il n avait rien prévu.
Vers la fin d'août, après une journée lourde d'orage, Émeline cherchait au fond du parc la dernière brise d'un soir d^été; elle rêvait à lavenir que lui préparait la tendresse paternelle : — Le colonel doit être bon, puisque mon père Taime, pensait-elle en s arrêtant pour relever une tige abattue.
Tout à coup une pâle figure paraît au détour d une allée; Émeline jette un cri i Vous ici, monsieur ! Elle était tremblante.
— Oh! mademoiselle, ne me fuyez pas; pardonnez-moi , secourez-moi ! la mort me menace !
— La mort ! . . Qu'avez-vous fait ? Que puis-je faire ?
— J'ai déserté ; on fouille la forêt , on me poursuit ; ali , Dieu ! que ne puis-je expirer à vos pieds!.. J'entends le pas des gendarmes; depuis ce matin, ils sont sur ma trace ; mais je ne pouvais fuir sans vous voir, sans obtenir votre pardon.
— Dans tout autre moment , je n'écouterais pas un langage qui m'offense ; fuyez , j'oublie tout.
— Il est trop tard , les voici ! . .
— Oh! ciel, que faire? s'écrie mademoiselle d'Orsac; il faut bien le cacher... Suivez-moi ! . .
Une serre , qui renfermait ses trésors lleuris, était le seul abri qu'elle pouvait of-