PREMIÈRE PARTIE , CHAP. V
frir avec sécurité; c'est là qu'elle conduisit le fugitif.
Eraeline retourna à la hâte au château : pour la première fois elle avait un secret. Sa tête était en feu ; elle sentait dans quelle fausse position sa pitié l'avait entraînée, mais comment livrer un infortuné dont une folle passion avait causé la perte. Elle était dans cette anxiété lorsque son père entra au salon suivi d'un brigadier de gendarmerie.
— On l'a vu près des murs de votre parc, mon général.
— Je vous le répète, ce n est pas chezmoi qu'un déserteur trouverait un asile. C'est le seul malheur auquel je ne compatisse pas, car c'estle crime d'unlâçhe. Ce jeune homme d'ailleurs n'oserait franchir le seuil de ma porte . Cherchez , faites cerner le parc , je vous y autorise. Quant aux bâtimens , je vous donne ma parole.
5o l'ossuaire.
Emeline ne respirait pas , elle n'osait ouvrir la bouche ; son émotion aurait été mal interprétée. Sa tante seule Taurait comprise, mais elle était absente pour quelques jours. Maintenant elle n'hésilait plus , il fallait se taire.
Un piquet fut bientôt placé à la ferme, et de rigoureuses perquisitions furent ordonnées.
— Mon Dieu! sauvez -le , disait la tremblante Emeline.
Le lendemain, à la première lueur du jour , elle alla porter des provisions au prisonnier ; elle lui fit comprendre qu'elle ne pouvait le cacher long- temps. Il jura de fuir aussitôt que les recherches seraient moins actives. 11 le jura , mais il fit des voeux ardens pour la durée du danger : chaque matin, chaque soir il voyait Emeline j cette existence qu'il tenait d'elle était^une ivressej
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il aimait tant, qu'il crut avoir ému son am.e, il se flatta de devoir à l'amour cette mystérieuse condescendance que la compassion avait seule arrachée.
Il y avait quatre jours que Charles était dans sa retraite, quand madame de Mii-ande revint j le colonel d'Elvane arriva; les recherches allaient se diriger vers un autre point. Emeline garda le secret du déserteur, mais elle se promit bien de ne pas consentir à un séjour plus prolongé ; cependant le danger sembla se rapprocher : elle frémit.
Les gendarmes avaient annoncé leur départ , le brigadier vint prendre congé du général.
Emeline était dans le parc ; elle attendait avec anxiété qu ils eussent franchi la grille. Déjà ils nommaient le lieu qu'ils allaient explorer, lorsqu'un d'eux, au regard sévèi'e, interpella son chef.
— Mais nos ordres sont de fouiller partout. Le château est vaste, les dëpendances étendues; visitons-les, c'est la consigne !. . il faut entrer d'abord dans cette serre.
Le brigadier fit un mouvement rétrograde. Emeline vit tous les maux que cette recherche allait amonceler ; elle fut obligée de chercher un appui près de l'arbre où elle resta fixée et pâle de terreur.
Le brigadier avait déjà placé deux factionnaires à l'entrée du parterre , le respect militaire le retint.
— Mais la parole d'un général! je ne le puis : retirons-nous, et restons encore quelques jours de planton à la ferme.
Quelques jours !.. pour Emelme, ce court espace pouvait être une destinée.