PREMIÈRE PARTIE, CHAP. VI
Elle avait assuré par un dernier bienfait les ressources de son voyage. Une bourse s'était glissée dans les vétemens du pauvre Cbarles. Il était trop exalté pour avoir senti autre cbose que la main qui s'était approchée de son cœur.
Emeline versait des pleurs involontaires; elle plaignait Cbarles , elle se faisait des reproches, etpourtantsaconscienceétaitpure.
Jamais un mot d'espoir n'avait encouragé une passion qu'elle aurait voulu anéantir. Son cœur était à Edouard , et peut-être le bonheur dont ils auraient pu jouir sans nuage allait être détruit !
Emeline rentra au château , les yeux rouges. Sa pâleur frappa sa tante.
— Qu'as-tu, mon enfant? tu souiFres.
dit-elle avec inquiétude.
— Ce n'est rien, ma bonne laulc , demain je serai tout-à-fait bien.
— C'est 1 air du soir , dit avec ironie, le colonel.
C'en était trop pour la pauvre Emeline ; elle sortit , elle avait besoin de pleurer en paix.
— Ma soeur, que veut dire ceci ?
— Que nos projets de bonheur sont détruits, répondit d'Elvane.
— Colonel , ne le croyez pas , le coeur d'Eraeline n'a pas de mystère pour moi , un avenir d'amour et de paix y est inscrit.
— Eh î sans doute , Edouard , ne savezvous pas comment sont les femmes ? il faut toujours que des pleurs se mêlent à leur pie , ne nous en occupons pas , mon ami ; cette giboulée passée, nous aurons un ciel serein.
D'Elvane ne répondit rien.
Il jugea qu'Emeline venait de faire son sacrifice au devoir ; il veilla et fut convaincu.