PREMIERE PART[E , CHAP. VI. OQ
La lune brillait , ses rayons ne rencontraient point de nuage, ils tombaient d'aplomb sur la serre mystérieuse.
Le colonel se glissa près de la grille : — Je ne m'étais pas trompé , s écria-t-il bientôt d'une voix altérée par 1 indignation et la douleur.
Charles sortit avec précaution : — Emeline! adieu , pour toujours. Ces mots furent prononcés au milieu des sanglots , puis il s'élança sur les branches d'un cerisier, atteignit le mur et le franchit. D'EIvane aurait voulu le suivre; la grille du parterre était fermée.
Charles n'avait plus de but dans la vie , il était résolu à s affranchir de son fardeau.
En se suicidant près du château d' A ntône^ son jeune cadavre pouvait faire naître les rigueurs d un père; les soupçons de celui ;*
6o 1/ OSSUAIRE.
qui Emeline allait s'iinii: : il choisit un autre tombeau.
Le désespoir hâtait sa marche; il était avide d'atteindre le but. Il traversa les taillis de Volpylière et le vallon de Lagarde ; c'étaient les précipices de Loubaresse qu'il voulait pour sépulture. Là, il s'était reposé avec espoir en accourant près d'Emeline. Il leva les yeux pour mesurer sou espace de vie; il approchait du terme, il était à Peirebeilhe. Des larmes vinrent mouiller ses yeux brûlans : il pensait à sa mère !.. .
Il avait des adieux à laisser sur la terre ; il entra à l'auberge pour les tracer.
Les habits en désordre du pauvre Charles, ses traits altérés, son aspect épuisé par une longue marche , lui valurent un brusque accueil :
— Que voulez-vous pour souper ? le pain et le fromage ?