PREMIÈRE PARTIE, CHAP. I
est dans ma cave ; il vient d'un muletier qui fournissait les plus riches propriétaires de la Lozère.
— Oui , interrompt la femme : c'est le premier qui a séjourné ici ; il n'est pas revenu depuis.
Joseph avait diué dans un coin de la cuisine. Il sortit pour atteler.
— Morhleu ! le diable s'en mêle, s'écriat-il dans la cour.
-^ Voilà mon dragon qui se fâche. Qu'ya-t-il donc, Joseph?
— C'est lessieu qui est cassé ; je ne conçois pas ça ; il était en bon état un quart d'heure avant d'arriver ; il semble qu'on l'a brisé à plaisir. Avez-vous un maréchal?
— Non j mais je vais envoyer mon garçon a Chanelette , et dans quelques heures ce sera fait.
— Ah! oui;... nous allons l)ien attendre.
lO L OSSUAIRE.
— 11 le faut bien, dit le valet.
— Que non , il ne le faut pas.
En disant cela , Joseph retournait un rondin de hêtre , et mesurait la longueur de Tessieu ; il décrocha une hache de bûcheron qui était sur le manteau de la cheminée, et se mit à équarrir la branche en sifflant un pas redoublé.
— Maudit soldat ! murmura l'aubergiste à voix basse.
— Voilà qui est fait.
— Attelés.
— Eh bien ! c'est le cheval à présent- le voilà qui boite. Mille carabines! il est déferré de deux pieds.
— Ah ça! mais c est donc un sort , Joseph? Il nous faudra coucher ici.
' — Mais certainement oui, dit Catheline.
— Mais certainement non , répond le soldat.