CHAPITRE XIV
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Dans tous les lieux d horreur il y a foule. Cette fois le rendez-vous était au Palais de Justice de Privas.
ï.es assises de f A rdèehe venaient de s'ou-
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vrir, et le chef-lieu (lu dëparlemeiit élail devenu le théâtre d'un drame.
La curiosité du public, et Tinté rét des accusés n'étaient pas concentrés seulement dans l'enceinte judiciaire; le jugement des aubergistes de Peirebeilhe était un événement pour toute la contrée.
Une mystérieuse agitation se faisait sentir au milieu de Temotion générale. Plus de cent témoins étaient appelés , le plus grand nombre craignait d'exciter la vengeance des prévenus; jusque dans les fers, ils étaient redoutables.
Les hôtelleries étaient pleines, les maisons bourgeoises en devenaient les succursales; des scènes étranges étonnaient leshabilans; elles étaient le prologue des séances du jury.
Des écrits anonymes déposés par des mains invisibles jusque sous le chevet des témoins
changeaient leurs résolutions; avaut l'audience ils hésitaient déjà.
La jeune femme qui avait fait sa noce à Peireheilhe osait à peine répéter le récit qui l'avait fait appeler devant les magistrats. Celle qui avait vu un cadavre tremblait d'évoquer ses souvenirs en présence de Leblanc; des querelles, des rixes même avaient lieu chaque jour parmi les révélateurs.
Au milieu de ce tumulte, une jeune fille se dessinait comme une sépia sur un fond noir: c'était Marie Armand. Un lien secret semblait l'attacher au sort de la famille de Peireheilhe; elle ne devinait pas ce qui avait pu la faire appeler au serment, car elle était discrète comme la tombe. Elle avait fui la contrée pour se soustraire à Tappel de la justice; ce n'était qu'à force de recherches qu'on étaitparvenuà ladécouvrir: elleavait comparu dans l'instruction du procès.
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Croyant alors son office terminé, sa prudence avait été prise en défaut; elle avait raconté sa présence à Tauberge dans une nuit de meurtre; elle fut évoquée de nouveau à la barre.
On la voyait souvent autour de la prison ; on la désignait avec curiosité parmi les étrangers qui encombraient la ville.
Le jour de l'ouverture des séances vint mettre en action toutes ces scènes.
Un détachement de troupes luttait avec peine contre les (lotsenvabissans des curieux; ilsencombraieii t les issues de laCour d'assises; là , il n'y avait pas de faveur à attendre ; on murmurait en vain contre la rigidité de la consigne; la première enceinte ne fut franchie qu'alors que l'horloge légale eut sonné.
Les magistrats, en robe rouge ornée d'hermine, entrèrent d'un pas grave; ils précédaient les électeurs jurés.
Le président se couvrit ; l'huissier audiencier prit ses ordres.
Dans ces solennités judiciaires, tandis que les gens du monde viennent assister à un drame terrible , les jeunes légistes cherchent sur le banc des accusés et sur Testrade des juges, l'étude de l'homme et celle des lois.
Ce n'était pas en silence qu'on attendait les accusés qui allaient occuper la sellette, un bourdonnement sourd rappelait leur vie et leur origine : on redisait à voix basse que le père de Leblanc avait péri sans sépulture, balancé au branchage d\m chêne.
Une porte s'ouvrit; tout le monde se leva, et avança la tête par un mouvement spontané, puis un profond silence régna dans l'auditoire : les accusés venaient d'entrer entourés de gendarmes.
Les avocats préparèrent leurs tablettes j
les sténographes leur plume, les lithographes leur crayou. Les physiologistes pouvaient, sur la famille de Peirebeilhe , faire des études et de la controverse.
Martin Leblanc avait hérité du saug paternel d'un extérieur qui plaisait au premier aspect : mais Texamen détruisait l'illusion. Ses traits réguliers étaient contractés par Tamertume sardonique d'un sourire qui s'échappait comme une menace de ses lèvres comprimées ; ses yeux vifs , son regard perçant étaient ceux d'un oiseau de proie.
Il avait conservé, jusque sur le banc où la loi nivelle tout, une contenance altière au milieu des siens. On voyait que c'était le maître.
La femme n'était plus cette Marie Breysse qui regardait avec orgueil la foule des temps d'échafaud; ses traits chiffonnés etpiquans avaient été repliés par l'âge; sa figure rac-
courcic était difforme, ses yeux enfoncés ne lançaient plus que des regards oblicfues. Ses membres musculeux n'étaient plus soutenus par une taille élancée; c'était une charpente carrée à Taspect masculin.
Le valet était posé près de ses maîtres comme la massue de Tassommeur ; sa haute taille, ses cheveux hérissés, ses sourcils joints, ses membres athlétiques, étaient faits pour terrifier la victime avant de la broyer; ses narines ouvertes, sesyeux hagards avaient Tair de la ilairer au loin; son aspect était sauvage.
Le costume des aubergistes était celui des riches montagnards de TArdèche.
L'acte d'accusation déroula devant les prévenus tous les crimes connus de leur vie. Plusieurs étaient prescrits. Le cadavre d'Enjolras, trouvé ' sur les bords de l'Allier ,