CHAPITRE XV
Ce pourpot.
Jusqu'au fond des plus noirs cachots l'espérance se glisse encore au coeur de r homme.
Les condamnés , rentrés dans leur der- II. 19
nierc (iomcure, y furent ploy es sous ic joug de réchafaud; le bourreau saisit leur tèle , il la iiiarlela comme une cime dont l'ahaltage était à lui. Trois colliers de fer et Fenclume de la discipline criminelle étaient préparés ; Texécuteur saisit le marteau , et liva le clou à la chaîne. 11 faut une main sûre et habituée à forger ainsi sur de la chair d'homme, pour ne pas donner aux condamnés une mort anticipée. Quand on brise le collier de force , c'est un signal de grâce, ou le premier pas vers le supplice.
Une voie de salut était encore ouverte aux assassins; ils s'y glissèrent; ils se cramponnaient à la vie.
Leblanc avait conservé au milieu de ses rochers Tavidité des événertiens politiques ; il se plaisait à lire les révolutions dont il ne partageait plus les triomphes.
L'abolition de la peine de mort semblai
prête à surgir des bancs parlementaires ; les demandes en grâce devaient être accordées avec largesse; tel était le calcul du meurtrier.
Les aubergistes de Peirebeilbe, qui n'avaient jamais suspendu le couteau au cri de merci des victimes, implorèrent miséricorde...
— Je veux rédiger la demande , dit Le blanc à son avocat ; à vous les formes de la loi , à moi seul mes pensées et le sort des miens.
La femme et le valet s'en remirent d'un commun accord au maitre ; il rédigea la première supplique qu il eût jamais adressée a un Roi ; elle était ainsi conçue :
(( Majesté,
» Au moment où les représentans du )) peuj)le travaillent pour délivrer la France
» de la peine de mort, vous devez saisir » avec orgueil une des dernières occasif)ns » d exercer votre droit de grâce. Trois tètes » se placent devant vous; votre volonté va )) les rafFerrair ou les faire rouler toutes san- » glantes sous la bascule.
» Nous sommes de simples montagnards ; )) nous avons été orphelins par la violence » des lois ; nous avons des enfans , nous » avous besoin de l'existence , donnez- » nous-la.
)) On nous a arrachés à notre demeure ; on » veut nous y ramener mourir. Nous som- » mes encore forts pour labourer la terre; » ne laissez pas enlever au sol de TAr- )) dèche des bras qui savent le fertiliser.
» L'envie nous a saisi; la crédulité nous » condamne; c'est à vous, qui avez reçu le » "pouvoir, à montrer qu'il a été placé dans » une main qui n'aime pas à détruire. Sau-
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» vez-nous. On dit qu'il est doux de don-
» ner la vie. »
Jamais Leblanc n'avait goûté cette dou'
ceur!.. il en parlait comme d'une fiction!.. Le pourvoi partit. Dès lors les condamnas comptèrent les jours, les heures, puis les minutes; dans leur anxiété , ils avaient appris à distinguer le roulement de la malle<^ poste, même avant qu'elle eût atteint les portes de Privas.
Lorsque le jour fut venu où ils devaient avoir une réponse , ils sentirent leurs pulsations se presser, comme pour doubler leurs courts instans de vie; chaque fois que la clef criait dans la serrure, ils tournaient vers le geôlier un œil avide. Ce n'était pas lui qui devait être le messager de mort.
Le courrier était passé; le claquement du fouet des dépêches avait retenti jusqu'au fond de la geôle : les condamnés respiraient
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à peine. Vers le soir, Leblanc entendit des pas près de son cachot ; le guichetier n'était pas seul ; les murs tourbillonnèrent devant ses yeux. La porte s^ouvrit; le curé de Privas entra. Le condamné sentit qu'il n'avait plus rien à attendre de la terre ; mais la main qui venait lui apporter la douleur avait aussi à offrir au coupable une autre espérance au-dessus du pouvoir des rois.
— Je croyais que la peine aurait été au moins commuée pour ma femme , dit Leblanc ; et l'avocat,. . et les moyens de cassalions?
— Tout a été tenté ; la religion seule ne vous rejette pas ! . . .
— Savent-ils qu'il faut mourir? . . .
— J'y vais,... répondit Thomme de Dieu.
— Encore un moment d angoisse !
Le vénérable prêtre avait accompli la portion la moins pénible de sa tâche chré-
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tienne. Le chef avait supporté le coup avec résignation.
La femme ne savait pas pleurer, mais <le profonds soupirs, une suffocation de terreur soulevaient sa poitrine , et sortaient avec un sifllement sourd de son gosier gonflé; ses veines semblaient prêtes à éclater.
C'est auprès des êtres flétris par le crime, dégradés par les lois, que le christianisme apparaît dans toute sa grandeur ; il tend pour appvii au condamné défaillant la ci'oix où repose un Dieu souffrant : le ministre des autels ne se rebute pas , il la présente jusqu'à ce que le patient y colle avec reconnaissance ses lèvres glacées.
Lorsque le désespoir de la femme put s'exhaler en gémissemens , le curé alla compléter son œuvre de miséricorde ; il se rendit près du dernier condamné.
Le valet était haletant sur la porte de
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son cachot, lorsqu'il aperçut le prêtre; il tomba comme un colosse brisé : pendant un instant on le crut sans vie ; la froide sueur du cercueil inondait tous ses membres. Il revint à lui dans un accès de rage.
— Je veux vivre , je le veux ! criait-il avec égarement.
Le guichetier préparait de nouvelles chaînes; l'ecclésiastique les repoussa et attendit. . . L'onction et la patience amenèrent le calme des sens... le repos de Tame n'appartient pas au crime. . .
La mort allait heurter au cachot des condamnés . . .
Ce n'étaient plus eux qui quittaient leur couche pour la donner au voyageur endormi sous leur toit ;... la justice avait dit,... le bourreau était prêt !...