PREMIÈRE PARTIE, CHAP. II. I
Le général accourut à sa rencontre , Tembrassa et le présenta aux dames.
Madame de Mirande reçut le voyageur avec Faisance et la grâce d'une femme qui a passé sa vie dans le monde et qui a eu des succès. Elle s'était réunie à son frère et remplaçait près de sa nièce la mère qu elle avait perdue.
Emeline fut timide sans gaucherie ; elle était simple et gracieuse.
Le colonel saisit d'un coup d'oeil rapide tout Tensemble de cette charmante jeune fille ; ses yeux brillans et doux , sa bouche fraîche et riante , son teint rosé , ses cheveux châtains lissés sur un front blanc et pur, sa taille arrondie, sa démarche légère, et jusqu'au petit pied qui se laissait apercevoir sans chercher à se montrer; il souhaita qu'une ame noble et tendre fût renfermée dans cette suave enveloppe.
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D'Elvaiie raconta sa mésaventure , en raillant avec une gaîté franche les routes des montagnes.
— Il est vrai , mon cher Edouard , qu'un voyage dans nos ravins ressemble à une reconnaissance de guerre • on ne sait trop où Ton va ni contre qui on aura à se défendre ; aussi vous sais -je bien bon gré de votre amicale excursion.
— Mon général , c'était un bonheur de vous revoir ; j'aurais même voulu avoir quelques dépouilles d'ennemi à vous rapporter; j'aurais fait une entrée de paladin digne de vos tourelles.
La pensée d'un exploit mit le vieux militaire sur le terrain des souvenirs; il se mit , à causer avec son jeune ami des temps de gloire de l'empire.
Émehne regarda r heure, se leva avec vi-
vacité et sortit. Un moment après , la porte
s'ouvrit à deux battans avec Tétiquette des seigneuries.
— Madame est servie.
— Nous sommes aussi gothiques que nos créneaux , colonel, dit en se levant madame de Mirande , nous soupous ; mais où est Emeline?
— Mademoiselle est au jardin.
— A cette heure ! Ma soeur, faites-la donc appeler.
En cet instant elle entra.
— ]Vron enfant , quelle idée de sortir si tard ?
— Mon père je me suis rappelé que
ma serre était restée ouverte, répond la jeune personne avec embarras.
— Mademoiselle n a pu prendre froid , car elle a couru vite , dit d'Elvane.
Emeline rougit; elle paraissait en effet animée par une course rapide.
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Le souper fut gai; le colonel était aimable et cordial ; Émeline vainquit son embarras et donna essor à son esprit plein de naturel.
On se sépara en s' appréciant : souvent la vie d'une heure est le lien d'une destinée.