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CHAPITRE V

1R»hïetU9 Ixtiéxattes.

On a trouvé dans le repaire de l'auberge isolée de Peirebeilhe des productions romantiques de toutes les époques , et dont quelques feuillets étaient annotés de la main des meurtriers.

Les scènes dramatiques, les situations fortes, inventées comme un délassement pour les gens du monde, deviennent , lorsqu'elles sont empreintes des idées de néant, une étude pour le crime.

Cependant, en face de la mort, les assassins de Peirebeilhe même ont invoqué Dieu; ils ont reconnu que la nniséricorde divine était au-dessus de la justice des hronmeset pouvait absoudre.

Cette vérité, proclamée sur un échafaud. à côté d*

3^2 NOTKvS.

l'homme de sang et de l'homme de Dieu, est un tableau qui offre une grande Icron.

La chrétienté a sou auréole jusqu'au milieu des supplices ; la palme qu'elle place dans la main du patient lui sert de soutien pour arriver à la mort.

L'échafaud dressé à Peirebeilhe a offert un exemple bien rare, celui de la contrition du crime devant l'exaltation de. la vengeance.

Le tableau d'actions véridiques dans leur horreur fait pâlir les conceptions exaltées j ou raconte,... on semble inventer.

L'histoire a souvent de l'analogie avec la fable ; la chronique avec la fiction: sur les tablettes littéraires, chaque auteur fait sa place.

La revue des œuvres du génie fait voir que l'esprit seul change de nuance avec les siècles.

On acquiert cette preuve en parcourant la galerie des romanciers : une course à tire-d'aile ramène les temps qui ont passé; on les reconnaît par les images tracées par d'habiles pinceaux.

La naissance du roman se rattache à l'histoire des âges , et les phases de la littérature ne furent longtemps marquées que par ce genre de composition. Les

chroniques même , qui servent de base aux récits des historiens , sont enti'emêlées de £aits merveilleux qui ' répandent l'incertitude sur les fastes du moyen âge. La fiction et la réalité établissent une lutte dans la nuit des temps; et depuis le premier roman de Brut , qui parut au milieu du xii^ siècle, jusqu'aux productions romantiques de notre époque, on voit se nuancer la couleur des règnes sous lesquels ces compositions parurent.

L'esprit chevaleresque qui animait les preux de Bouvines se reti'ouve tout entier dans Tristan de Léonais '^ les amours du petit Jehan de Saintré retracent les mœurs de la cour de Charles VII; et les Fabliaux de la Reine de Navarre , la galanterie du règne de François P"". Plus tard, la pastorale allégorique de VAstrce de Durfé, sous Louis XIII , couvrit de son manteau la censure épigrammatique lancée contre la ruse de Ma- * zarin. Le goût épuré par Boileau, dans le siècle de Louis XIV , après avoir fait justice de l'afféterie qui règne dans les Nouvelles de mademoiselle de Scudéri , fit apprécier en riant le naturel des bouffonneries de Scarron. Bientôt on sentit tout le prix des productions de madame de La Fayette ; l'intérêt toujours croissant

qui anime l'action de Zaïde, l'attrait du style et le charme répandu dans la Princesse de C lèves , firent bannir les compositions surannées. Le genre ennobli fut couronné par la plume deFénelonj Télc'niaque parut, et ce chef-d'œuvre des romans poétiques, 'modelé sur l'antique , remplit la place qui lui était assignée à la tête des fictions morales.

La variété et la gaieté trouvèrent un interprète dans Le Sagej et sous le règne de Louis XV , Gil Blas, en frondant les travers, égaya la corn* et la ville. L'intérêt de Cléveland et du Doyen de Killerine retraça, sous les inspirations de l'abbé Prévost, le charme des scènes de famille; et tandis que Voltaire faisait revivre le goût du merveilleux par les briUaus mensonges de Zadig et de Micromégas , Rousseau ramenait l'ame vers la vérité des passions, dans les pages brûlantes de la Nouvelle Héloïse. L'époque contemporaine a vu reproduire tous ces genres divers : Bernardin de Saint- Pierre a fait verser les larmes du sentiment sur les amours de Paul et Virginie; il a réuni à la peinture du cœm' le talent du genre descriptif. La plume élégante de madame de Genlis a prêté un attrait nouveau au t^oman historique, et l'imagination ardente de ma-

dame Cottin a ranimé tout l'éclat dû roman épistolaire.

Pendant ce temps madame de Staël, dans les méditations de la retraite de Coppct ]iréparait à la renommée un vol rapide ; madame de Montolieu préludait par les essais modestes du traducteur à ses attachantes productions , et madame de Flahaut étudiait l'héroïsme de 1 ame: mais rien encore n'avait décelé les poétiques improvisations de Corinne , les attachans récits de Caroline de Lichtfield , et les pages sensibles A^ Adèle de Se'nangc.

L'art dépeindre par l'expression, celui de produire le langage fabuleux en lui donnant tout l'attrait historique, le talent dé faire parlet* la morale et la nature et de saisir l'expression la plus vraie du sentiment, classent au premier ranglc génie de M. de Chateaubriand. Ses nouvelles àe distinguent par l'élégance du style, la tiches'se des détails et la fraîcheur du coloris.

Atala est le modèle de l'éloquence des passions saisies dans un cœur pur; /Îe7^e, l'exemple de l'amertume qu'elles déversent sur la vie, lorsque la source n'en peut être avouée j et \e Dernier Abcncerrage, le type de la grandeur qu'elles impriment à l'ame quand elles ^germent avec l'amour du devoir.

Analyser avec réritc les sensations, développer le« idées qu'elles font naître , fut toujours l'étude des écrivains novateurs. Dans cette science des affections, M. de Chateaubriand a surpassé ses devanciers , et ses inspirations romantiques ont fait pâlir bien des renomméesj elles semblent être le piédestal desastatue.

L'imagination épuisée de nos romanciers laissait un vide dans la lice. Avec un nouveau siècle naquit une école nouvelle , et tous les arts sont venus se grouper autour des sectateurs entraînans dont les créations firent briller la France d'un lustre inconnu.

Lamartine et son crayon immortel , Victor Hugo et sa plume d'airain , Dumas et son drame de feu , Balzac et son burin mordant, Paul de Rock et sa verve joyeuse, tout a marqué l'époque d'un poinçon novateur.

Au milieu des œuvres du génie, quels que soient l'intérêt, le prestige, les pensées, la morale doit ressortir et s'élever comme le jet d'un torrent qui domine les pi'ofondeursles plus admirées : ce n'est qu'en s'approchant des cieux qu'on peut attacher à la terre un nom qui ne passe pas.

SECONDE PARTIE, CIIAP. X. 3'j'J

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