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CHAPITRE VI Sur la Science et la Philosophie

C'est bien un peu parce que les hommes, au sortir de l'école, délaissent la philosophie superficiellement assimilée par eux, comme une science inutile à la pratique de la vie dont ils vont tenter l'entreprise, qu'ils commettent tant d'erreurs. On ne saurait plus gaiement qu'ils ne le font accepter ici-bas l'abnégation de 'soimême, et le rôle de rouage mécanique qui leur est dévolu, ret dont ils se contentent.

Socrate fut bien mal inspiré le jour où il conçut l'idée de séparer la philosophie d'avec les autres sciences, encore embryonnaires à son époque. Mais il ne prévoyait pas, sans

doute, les développements fantastiques du progrès, et la division du travail née de l'impuissance des hommes à réunir en leur cerveau l'ensemble des connaissances humaines. Et voici qu'en l'heure présente, la répartition du travail, se trouve réglementée à ce point, qu'un homme parvenu à l'âge mûr est aujourd'hui le t plus souvent incapable, non seulement de recommencer utilement l'apprentissage d'une nouvelle profession, mais ce qui est pis, de découvrir, mieux de comprendre le principe dont sa tâche est la conséquence infinitésimale. Tel est le fruit de la tyrannie économique dont la science s'est constituée l'auxiliaire.

Mais cet inconvénient qui tient de la simple mentalité serait assez réparable s'il était isolé. . Un autre plus grave, plus meurtrier en dérive. Le mécanisme infligé à l'humaine manœuvre professionnelle, a suggéré aux cerveaux inventifs les engins multiples actionnés par des moteurs plus ou moins puissants, dont le maximum de perfection est encore loin d'être atteint, en dépit des trompe-l'œil d'une décen-

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nale périodicité où s'exaltent dans un but de pure exploitation le prestige du patronat et la puissance du capital. Les montreurs sèment ainsi la jalousie cosmopolite déguisée sous le masque des visages éblouis, sans améliorer la condition du travailleur auquel ils doivent les honneurs qui leur sont décernés, et le regain d'éphémère prospérité que leur valut l'effort de leurs salariés dont ils se sont contentés de surveiller l'orientation.

Et l'ouvrier aveuli sous la double pression d'un labeur perpétuel, entrecoupé de rares loisirs que son instinct spontané ou d'imitation le conduit à remplir de plaisirs brutals et d'excès nuisibles à son économie, perdant peu à peu la notion de sa propre conscience, s'annihile et ferme son esprit à toute révolte morale.

Cet empressement résigné àl'esclavage d'une tâche infligée, loin de trouver sa source en la satisfaction du devoir accompli ou de la pensée surélevée vers un plus noble horizon, la puise uniquement dans la prévision du gain quotidien dont le patronat s'érige le dispensateur, et dans la crainte de se trouver, au premier geste

LîOstensoi* des Ironies

libertaire, privé du gagne-pain que mille postulants accepteront aussitôt, fût-il réduit de moitié. Telle est l'œuvre de la science et du progrès mécanique considérés sous l'aspect économique et social. L'industriel immobilisant des capitaux avec des machines qui sont sa propriété, équilibre son budget en réduisant les salaires, en restreignant le nombre de ses ouvriers. La production restera la même, et tendra plutôt à s'accroître. La consommation ne subissant pas de flux sensiblement ascendant, il en résultera fatalement une non-valeur partielle de revenu, cependant que de leur côté les ouvriers congédiés iront grossir le flot des miséreux.

Les âmes candides déclarent que plus tard tout s'équilibrera. C'est ainsi que les guerres civiles ou politiques nées du conflit des castes ou des princes, fauchent les générations valides ; surgissent alors les impotents et les parasites qui se hissent, s'installent aux places demeurées vides.

Les hommes vivent pour la plupart sans avoir le temps de se connaître. Le « gnotlii

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séauton » est rélégué aux calendes, et plein d'une ardeur fébrile chacun se hâte d'exister avec une stérile vélocité. Il semble que la philosophie et la dialectique soient devenues jeux d'oisifs et bons tout au plus à rendre les rhétoriciens impatients de se jeter à leur tour en la mêlée. La Science triomphe 4 Même la psychologie se devient à elle-même sa propre rivale ; et l'expérimentalisme de M. Ribot jette un démenti à la prééminence des Idées de Platon. La volonté de l'homme n'est plus actionnée par un principe supérieur. Elle devient le résultat de notre constitution physiologique. Ainsi en décrète le matérialisme scientifique. Nous sommes des «aboutis» de génie, puisque nous inventons ehaque jour, grâce à la division cellulaire du travail, des merveilles. xVlais on se garde bien de rappeler que cette division doit sa naissance et ses effets primitivement bienfaisants à la classification des sciences, et que les noms de Bacon, de Descartes et de Spinoza devraient être inscrits en lettres d'or au fronton des laboratoires.

Les rameaux de la science sont aujourd'hui comme autant de subdivisions administratives

d'un même ministère, et dont les chefs auraient pour mission de découvrir tous les secrets propres à développer la richesse, à perfectionner le travail.

Mais ce qu'on ne dit pas, c'est que cet accroissement demeure aujourd'hui le monopole des seuls bénéficiaires du capital, au détriment des ouvriers.

Et quand la machine a permis la réduction au minimum du personnel de l'usine jusqu'alors alimentée par le labeur manuel, la société ne saurait s'inquiéter du sort de ceux que le brillant progrès rend inutiles.

Ils feront autre chose, dit le patron intéressé à doubler ses bénéfices. Hélas, ils ne font rienr parce que la plupart, ont passé l'âge de l'incubation professionnelle. Ce sont les victimes d'aujourd'hui, les révoltés de demain. Et quand ils se compteront par millions, il sera trop tard, l'heure des représailles aura sonné.

Ainsi poussée aux confins les plus extrêmes de sa progressivité, la science prépare cette ruine sociale et morale, dont la simple et saine philosophie nous aurait préservés.

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Tout au contraire, c'est avec une étonnante incrédulité que les savants positifs accueillent le$ révélations d'ordre psychique, portées à leur connaissance par des inquisiteurs plus profonds du mystère de la dualité humaine, et, tels les médecins d'autrefois au lendemain des expériences du magnétisme animal et de l'hypnose, leurs émules de ce temps, suivis dans cette voie régressive par tous ceux qui assoient leur existence sur les seules bases matérielles et positives, dénient le bien fondé de l'extériorisation des forces, et mettent en doute la sincérité du témoignage des esprits d'élite et des cerveaux les plus puissants dont s'honore la science, quand ce témoignagne s'exprime affirmatif sur l'existence de fluides dont certains être sont pourvus, permettant à ceux-ci de se dédoubler, et d'agir à distance/

Or, ces phénomènes aussi étranges en apparence que pouvaient le paraître au siècle passé ceux révélés par les hardies expériences de quelques victimes de leur génie alors qualifié de folie, ces phénomènes ont aux époques les plus reculées de l'antiquité, attiré l'attention

des prêtres et des sages, dépositaires exclusifs de la science.

Tant il est vrai que la vie et le progrès sont un perpétuel recommencement, et que la vérité d'hier redevient Terreur de demain. Nier l'évidence de certains faits réels, c'est à leurs propres yeux échapper à l'aveu d'incompréhension.

Ainsi les néosophistes qui dépossédèrent les philosophes contemplatifs et croyants de leur prestige sur la foule, et proclamèrent hautement leur certitude du néant au lendemain de la mort ont pensé triompher de ce qu'ils appellent Terreur spiritualiste en étayant leur conviction sur les progrès de la science et sur les démonstrations réelles. Escompte aisé dans une époque où les hommes se ruent vers les jouissances de la matière, ou l'association des êtres dans un but de vitalité devient une traduction de leur moi en un faisceau de forces brutales.

Mais dans leur aveuglement, ces aboulis de Tordre positif ne voient pas que les vrais philosophes utilisent pieusement ces mêmes découvertes à l'affirmation plus précise et plus

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fondée de leur conviction dans le principe éternel de vie, et dans celui d'intellectualité progressive, dont l'existence terrestre ne saurait être qu'une des moindres étapes.

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