LES RELIGIONS DU PASSE
Il faut aux hommes une Religion. '
Par elle, ils savent s'élever jusques à la conception divine, conserver la dignité de leur être, et rester en paix avec leur conscience.
Les plus barbares, à défaut du sentiment d'une religion naturelle, ont admis avec ferveur les rites d'une adoration ; les Fétichistes
et les Sabéistes reconnaissaient par ainsi la relativité et le peu de puissance de leur moi, en présence des forces et des inconnus mystérieux qui surgissaient devant leur esprit confondu.
La culture intellectuelle fit naître peu à peu, dans l'esprit des. plus pénétrants, le besoin de sonder l'infini, de se rapprocher de l'absolu.
Et les polythéistes crurent résoudre le problème, en assimilant, par un symbole, la forme divine à celle des humains. Ils concevaient la perfection limitée avec l'aide d'un morphisme ingénu adéquat à la naïveté de leur jugement.
Les Juifs prédestinés conçurent l'Être suprême, Dieu de justice et de vertu, Dieu positif inexorable aux impurs, et dont la Loi serait similaire assez aux codifications sociales du temps présent.
A cet Être Suprême inaccessible à la pitié, le christianisme pur substitua une essence plus complète, un Dieu absolu, parfait et infini, dont la présence est certainement en nousmêmes et hors de nous; qui nous renferme en soi, et que nous possédons en nous ; vers lequel nous nous élevons par la méditation et la
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prière, dont l'accès nous est moins redoutable, à nous pécheurs, à raison de sa clémence, et de la rémission qu'il nous accorde.
Cette grande et belle conceptipn qui devait exercer sa lumineuse influence à travers les civilisations du monde entier, depuis le moyenâge jusques à nos jours, exigeant, de par l'hermétisme de son abstraction première, la révélation de mystères et de symboles aux foules inhabiles à leur compréhension philosophique, offrit à celles-ci des moyens tangibles que le catéchisme conserve encore intacts en leur principe.
Mystères et sacrements, et le rite extérieur d'un culte, apparurent à juste titre nécessaires, dès l'abord, à la conversion des idolâtres accoutumés au fétichisme plastique, adorateur de la puissance matérielle.
Et les apôtres qui répandirent pâr le monde la lumière chrétienne, transmirent à des âmes, d'élite la tâche sereine et idéale de conduire les hommes dans la voie du devoir par la crainte de Dieu et l'amour du prochain, de leur imprimer confiance en l'au-delà et les satisfactions qu'il promet à ceux qui vécurent
selon leur foi et leur conscience, avec le respect des rites.
Mais lorsqu'au souci de leur influence spirituelle, les serviteurs de l'Eglise ajoutèrent celui de la puissance temporelle, ils se placèrent en contradiction formelle avec le culte qu'ils professaient; et, spéculant sur l'ignorance des peuples, ils s'écartèrent volontairement de la métaphysique, pour conserver leur force par l'attrait du décor.
Ils accentuèrent de flagrants contrastes entre la simplicité du christianisme initial et la fulgurance de leur cérémonial ; entre leur mépris et leur haine des penseurs solitaires, des méditatifs, des inquiets isolés, et la charité dont le dogme était leur.
Ils pérsécutèrent cesderniers commelesnéophytes d'autrefois l'avaient été par les païens ; et, flattant bassement les puissants afm.de les mieux dominer, ils s'aliénèrent peu à peu, du fait de leur intolérance, tous les esprits auxquels le spectacle extérieur d'une religion déchue, voilait la beauté de son mystère, et l'élévation de ses principes.
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Par ainsi, ils s'anéantirent progressivement au moral, sous le coup de la résistance savamment combinée des Encyclopédistes, du positivisme scientifique, du matérialisme argyrocrate, enfin du néo-catholicisme récent.
Et voici que ce culte ne subsiste aujourd'hui que par la puissance du souvenir, unie à l'intérêt des castes réfractaires au progrès individualiste de ce temps ; et qu'il s'étaie uniquement sur sa richesse immobilière et mobilière dont l'aumône publique aux âmes simples constitue la plus large prébende.
Il s écroule, et pourtant se survit, parce que n'étant plus en harmonie avec ses principes originels, il laisse intactes malgré tout, chez les âmes fortes qui s'imprègnent de son essence, les vertus théologales auxquelles une forme plus simple et plus grandiose détachée de tout apparat, suffit à l'élévation vers la divinité.
Or, c'est dans la source même du conflit de l'idolâtrie persécutrice et du néophysme chrétien, que surgit l'abolition de toute plastique.
Et puritains à l'excès, les premiers chrétiens n'exceptèrent de leur ostracisme que la mu-
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sique de plain-chant, et l'architecture de leurs sanctuaires.
Parla suite, ils firent accueil aux grandes fictions, poétiques et picturales, mais à la conditions pour celles-ci, se s'inspirer seulement, de sujets très chrétiens. Toute conception artiste exotère à ce mysticisme exclusif était par eux inflexiblement bannie.
Ainsi, contraste merveilleux d'hypocrisie, toute la magnificence harmonique des couleurs, des parfums tabernâculaires et des incantations était propice à l'éveil des sens chrétiens ; mais toute pensée lyrique, toute tentative de l'esprit humain vers l'harmonie extérieure des choses, aussi bien que le conflit des doutes et des passions de Pâme, proposés aux fidèles dans les temples profanes où s'exaltait le culte de l'art, devaient rester impitoyablement aux yeux de l'Eglise, le domaine du satanisme.
Cependant, voici que tout à coup, l'un de ces peuples trop longtemps maintenus sous la tyrannie des souverainetés combinées du sceptre et du camail, se lève et proclame le
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droit à l'indépendance de l'esprit humain, le droit à l'égalité morale et à la fraternité spontanée, sous des aspects purement civiques.
Les formes tyranniques ou constitutionnelles de régie gouvernementale qui succédèrent à cette ère d'ivresse libertaire d'un peuple qui semblait épouvanté de l'étendue de sa victoire, ramenèrent pour un temps l'influence cléricale renforcée de l'appoint militaire. Les autocrates aussi bien que les délégués du parlementarisme sentent trop nettement la nécessité d'une religion à inculquer au peuple, avec ou sans le secours de sa compréhension spontanée
Gar si cette religion est aux uns, la consolation des heures de tristesse et de doute, elle peut encore avec les débris de son éclat d'antan et de son prestige effondré, maintenir les autres dans le chemin du devoir, « par crainte du châtiment. »
Mais en France, particulièrement, d'habiles politiques surent entretenir, sous les fallacieux auspices de la liberté de conscience, une constante opposition entre le culte civique et le rite chrétien, si incomplet celui-là puisse-t-il
apparaître, puisque basé sur un abject matérialisme, dénué d'apôtres fervents résolus au sacrifice de leur vie terrestre.
Donc cette vie terrestre, ils la posent en principe comme finalité de notre existence, en vue de l'édification de la mensongère Babel du progrès, dépourvue de son Christ, et forclose à toute conception d'art.
Ce n'est pas certes en reniant le divin concept et en plaçant l'amour de la patrie et le souci des droits civiques au fronton du temple social que l'on rend un peuple libre.
C'est bien, au contraire, le plus puissant aimant de servilisme susceptible de l'attirer, puisqu'il résorbe uniquement l'esprit de ce peuple dans cette inférieure illusion des biens terrestres et des appétences sensuelles satisfaites constituant le vrai bonheur.
Pourtant de cette néfaste erreur, naquit la dangereuse tyrannie du capital, opposant honteusement le luxe insolent à la misère, et recréant de nouveaux abîmes entre les détenteurs de la fortune, et ses déshérités.
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ni
D'une telle religion, les autels ne sauraient subsister, pour l'honneur et l'amour-propre des peuples.
C'est pourquoi Précurseurs sont venus prêcher la foi nouvelle dans une religion universelle en sa pérennité : la Religion d'Harmonie.