HISTORIQUE
Jusqu'à ces derniers temps, on ne s'était guère oceupé des résultats éloignés donnés par le traitement non sanglant des luxations congénitales; aussi ne trouve-t-on décrites que très rarement, et même accidentellement, les modifications tardives de la tête fémorale après la réduction éloignée. De nombreuses statistiques indiquaient les résultats immédiats, et seulement, en 1909, au Congrès orthopédique de Berlin, notre maître, M. Frœlich, apportait des observations de malades dont la réduction remontait à cinq et sept ans, et Joachimsthal plusieurs cas entre cinq et onze ans après la réduction. Depuis 1912 surtout, on a signalé l’existence des modifications tardives, et certains auteurs très discutés ont essayé de les rattacher à une maladie nouvelle dont une de ses premières dénominations fut : Maladie de Perthes.
La réduction sanglante usitée avant la réduction non sanglante, l’usage progressivement répandu de la radiographie, l’attention d’abord uniquement portée sur la reconstitution du cotyle expliquent en partie ces faits.
En 1900, Nové-Josserand, faisant l’autopsie d’une
enfant trois ans et demi après la réduction, constate un cotyle normal, mais une tête aplatie. Müller, de Stuttgart, observe sur deux fillettes, deux ans après la réduction, une articulation parfaitement normale.
En 1903, Redard signale, sur 150 opérés récemment, quatre figures de coxa-vara.
En 1908, Horvath voit l’atrophie de la tête aboutir à sa disparition complète et à l’aspect de coxa-vara chez des enfants dont la récente réduction avait été Jaborieuse.
En 1909, M. Frœlich, traitant « de l’origine et de la signification de la coxa-vara après la réduction non sanglante», montre la fréquence de la cora-vara et de l’aplatissement de la tête fémorale. C’est dans ce travail que sont décrits les premiers résultats après cinq et sept ans de réduction (trois cas). Il attribue ces déformations à des raisons mécaniques et statiques.
Joachimsthal, au huitième Congrès de Berlin, apporte de nombreuses radiographies qui décèlent des déformations de l’extrémité fémorale supérieure; mais son étude porte sur la contention de la tête fémorale.
Becher publie un cas cinq ans après la réduction où 1l existe une coxa-vara nette.
Redard, la même année, admet . ses observations personnelles que la déformation de la tête et l’ atrophie du col fémoral sont rares dans les deux ans qui suivent la réduction. :
En 1910, Pürkauer conclut à l’aplatissement de la
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tête fémorale dans 47,5% des cas, soit pendant, soit aussitôt après le traitement.
Egloff, dans sa thèse, relève cette proportion à
La même année, Redard, à Paris, étudiant dans les années qui suivent la réduction de la forme de l’épiphyse supérieure, constate qu'il persiste un certain degré de malformation (coxa-vara et destruction plus ou moins complète de la tête et du col). I attribue ces modifications à une immobilisation en adduction exagérée et au traumatisme opératoire.
En 1914, von Neck explique laplatissement de la tête fémorale, dans les deux ans qui suivent la réduction, par l’adaptation d’une tête plus molle contre un ie plus dur et mal creusé.
En 1912; Bibergeil, dans une étude comparative des déformations dans l’O. A. D. et les luxations réduites, publie trois observations six ans après la réduction et conclue à l’identité causale probable de ces modifications, puisqu'il à rencontré la fragmentation du noyau et l’aplatissement.
En 1913, Bade observe dans les mêmes conditions la fragmention et l’aplatissement de la tête fémorale, mais admet seulement la prédisposition des ‘luxés à +OMNALD ST
En 1914, Bradfort, de Boston, publie deux cas revus dix ans après la réduction. I} y a un aplatissement prononcé dans un cas, atténué dans l’autre, avec des cavités presque normales.
En 1916, Brandes se conforme aux conclusions émises par Bibergeil en 1912: il les rend plus affirma-
ot tives, mais n'apporte qu’une observation trois ans après la réduction.
En 1919, Bargellini écrit que les altérations surve-
nues tardivement sont dues à une mauvaise réduction ou à une bonne réduction non maintenue. En 1920), il traite l’O. A. D. J. et apporte onze observations entre quinze ans et quatre ans après la réduction d’une Juxation congénitale, qu’il classe O. A. D. J., à cause de l’aspect radiographique des déformations. :
Depuis 1921, les résultats éloignés de la réduction
non sanglante sont à l’ordre du jour, et c’est dans. leur étude que nous trouvons les renseignements précleux concernant les modifications de la tête fémorale après cinq, huit, dix ans de réduction.
En juin 1921, Adams, au Congrès de Toronto, apporte les résultats de 32 luxés, dont 10 doubles examinés six ans après la réduction; tous ont une tête fémorale plus ou moins aplatie et les résultats. ainsi que le fait remarquer Lance, sont peu brillants, probablement parce que la réduction est beaucoup trop brutale (réduction à la Bartlett, Bradtfort : machine, lit de Hibbs).
En août 1921, la commission de l’American Orthopoedie Association à examiné 86 cas entre cinq et dix ans. De l’examen des radiographies, 1l résulte que presque toutes les têtes fémorales sont aplaties transversalement, probablement pour les mêmes raisons que précédemment.
En septembre 1921, Broca et Majnoni d’Intignano, en étudiant l’évolution anatomique de la hanche après la réduction des luxations congénitales, cons-
tatent que dans certains cas où la réduction est parfaite, sans que rien ne puisse le faire prévoir, la tête fémorale s’aplatit tardivement. Ils se demandent si, dans l’atrophie fréquente du noyau épiphysaire, 1l ne faut pas voir l’origine de nombreuses O. C. D. J.
En novembre 1921, au Congrès de Strasbourg, de nombreux auteurs ont constaté l’aplatissement tardif de la tête fémorale et ont essayé d’en expliquer la : raison. Parmi ceux-ci : Ç
M. Frœlich apporte dix-sept observations représentant vingt-six hanches réduites il y a dix ans: dix hanches présentent une déformation de la tête et du col rappelant plus ou moins la coxa-vara, la déformation en champignon ou en tampon de wagon. Il signale des différences d’opacité dans le tissu osseux, mais n'ose conclure à l'O. A. D. J.
André Trèves, sur trois réductions remontant l’une à dix ans, les deux autres à neuf ans, note deux fois l’aplatissement de la tête, une fois le raccourcissement du col, une fois de la coxa-valga.
Nové-Josserand, dans 9% des cas, a vu la elaudication reparaître tardivement. Dans dix observations Q1l s’agit, dit-il, d’une véritable maladie ressemblant à une ostéo-arthrite apparaissant entre douze et seize ans ». La limitation légère des mouvements, l’atrophie musculaire sont constantes. Dans les formes graves, l’impotence fonctionnelle peut aller jusqu'à l’immobilisation complète. La radiographie montre une décalcification du fémur pouvan s'étendre au bassin. Dans un cas, il y a eu coïncidence de la décaleification et des accidents. Dans deux cas, il y a
des exostoses sur le bord supérieur du col, comme - dans l’arthrite sèche.
Dans ses conclusions, Nové-Josserand note la ressemblance de l'O. A. D. J. et de ces déformations; il se demande si l'O. A. D. J. ne peut avoir pour cause un état congénital du squelette.
Roœderer remarque que les résultats fonctionnels sont toujours meilleurs que ne le laisseraient espérer les radiographies qui décèlent, même dans les cas très favorables, « l’aplatissement de la tête, l’entreposition, la position centrifugée de l'appui céphalique ».
Gourdon conelue, d’après vingt-trois hanches ‘opé- rées, que les troubles provoqués par la réduction portent le plus souvent sur l'extrémité fémorale, dont la tête peut se déformer sous l'influence de la pression contre le bassin et dont le col peut subir des modifications de coxa-vara. La fréquence de ces déformations est une conséquence de la malléabilité de lépiphyse qui est en dénutrition, du fait de l’absence du ligament rond.
Mouchet, dans la Revue d'Orthopédie de 1921; Lance, Andrieu, Cappelle, dans le Journal de Chirurgie de 1921, n’admettent pas l'identité de l'O. C. D. J. et des modifications tardives de la tête fémorale dans les luxations réduites, sans toutefois étayer leur opinion.
Calot, dans de nombreux articles en 1922, nie l’existence de l’O. C. D. J. et en fait une subluxation congénitale. Il explique par cette hypothèse toutes les modifications d’opacité et de forme de l'extrémité lémorale supérieure. Ceci revient à dire que, dans les luxations
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congénitales réduites, les modifications tardives de la tête fémorale sont d’un ordre analogue et ont leur origine dans une mauvaise reposition.
Enfin, en 1922, Platt, en étudiant la pseudo-coxal- : gie (ou O. A. D. J.), relate l’observation d’une fillette revue cinq ans après la réduction d’une luxation double. La radiographie montre un aplatissement de la tête fémorale, qu'il attribue à une O. A. D. J.