OBSERVATIONS
Observation première
(Docteur Berthomier, de Moulins)
Bourd.…, de Coul... dix-neuf ans, n'a pas eu d’affections craves antérieures; à plusieurs reprises, fièvre de surmenage de courte durée (au dire de samère, des douleurs de croissance).
Dans le courant de février 1886, Bourd est pris brusquement de frissons, de point de côté assez violent à gauche ; fièvre intense ; pas de toux les trois premiers jours.Le médecin traitant trouve tous les symptômes d’une pleuro-pneumonie du sommet gauche et institue, sans grand succès, une médication appropriée : vésicatoire etc., ec.
Quinze jours après, à la première visite, on constate audessous de la clavicule gauche, dans le deuxième espace intercostal, la présence d’une petite tuméfaction fluctuante, réductible.
Percussion : matité au-dessous de la clavicule, dans le creux axillaire et en arrière, dans le tiers supérieur environ.
Auscultation : pas de souffle, pas d’écophonie. ;
Ouverture au bistouri : il s'échappe environ deux verres de pus ; on constate que la deuxième côte est dénudée sur toute sa face interne et que la collection purulente s’étend en
= Gb arrière, décollant le périoste Jusque vers la partie postérieure de la côte. La plèvre, autant que peut l'indiquer une auscultation attentive, parait indemne. |
Nous nous trouvons en présence d’un foyer ostéomyélitique, sans toutefois nous expliquer pourquoi et comment le médecin traitant avait constaté les symptômes d'une pleuro-pneumonie localisée du sommet gauche.
Lavage et drainage de la poche. Suites de l'intervention
très simples : guérison rapide sans séquestres. Le maladé à lait, l’année suivante, son service militaire.
Observation II
(Docteur Berthomier, de Moulins)
G..., de M..., sept ans et demi. Lymphatique, kératite antérieure. Stigmates du rachitisme.
A la suite d'exercices gymnastiques immodérés, le jeune: G.... est pris, le 4 janvier 1888, de frissons, de fièvre intense avec délire, langue sèche. Temp. axil., 402,5. Le malade, très abattu, se plaint peu; à peine éprouve-t-il un léger point de côté à droite. Pas de toux. L’auscultation ne révèle absolument rien d’anormal.
En raison de l'apparition brusque de l'affection, d’une ascension aussi rapide de la température, sans aucun symptôme prodromique, de l'aspect typhique du petit malade, je pense à une ostéomyélite aiguë, mais je cherche vainement du côté des os longs un point douloureux ou tuméfié ; impossible de rien découvrir le premier jour. Provisoirement, je diagnostique une fièvre de surmenage, en spécifiant bien aux parents que je comptais bientôt voir apparaître un foyer d’ostéomyélite.
pri
La nuit est des plus agitées, délire intense. Le lendemain malin, 5 janvier, peu avant ma visite, le petit malade échappant à la surveillance s’est enfui ; on l’a retrouvé demi-nu, blotti sous un hangar, par une pluie battante.
Température axillaire, 41°. Le malade se plaint vivement de son côté droit. On trouve, en avant, au niveau de l'articulation chondro-costale de la cinquième côte droite, une tuméfaction arrondie œdémateuse, sensible à la pression.
En arrière, le long du bord-spinal de l’omoplate, au niveau de la tête de la cinquième côte, on trouve une légère tuméfaclion œdémateuse, sensible à la pression.
L’auscultation attentive du côté droit du thorax ne dénote rien d’anormal.
Le diagnostic ostéomyélite est confirmé. La famille de l’enfant, ne pouvant se convaincre qu'une tuméfaction en somme minime de l'articulation chondro-costale ait pu s’accompagner de symptômes généraux aussi graves, demande en consultation le confrère M‘** (de Moulins), médecin de la pension de l'enfant.
Le quatrième jour, 6 janvier, consultation avec le docteur M**. Le délire a persisté la nuit. Température axillaire, 40°5. La saillie chondro-costale est plus accusée que la veille ; par contre, la tuméfaction œdémateuse observée en arrière, le long du bord-spinal de l’omoplate, a presque disparu.
À l’auscultation, nous constatons l'existence très nette du souffle et de l’égophonie en arrière dans la région où se trouvait l’œdème signalé plus haut. En avant, l’auscultation n'indique rien de particulier.
N'ayant pas encore trouvé la clef du phénomène, je dia: gnostique ostéomyélite aiguë dela cinquième côte avec épanchement pleural concomitant, développé par propagation.
Le docteur M** partage absolument ma manière de voir.
Les jours suivants, les symptômes locaux s’accentuent en
TV même temps que l'appareil fébrile s’atténue. T. A7: 39°5. Le foyer chondro-costal proémine fortement en avant, et l’extrémité de la côte est très mobile sur le cartilage. Les signes stéthoscopiques sont plus accusés.
16 janvier. — Le douzième jour, le souffle et l’égophonie disparaissent brusquement, en même temps que la saillie du foyer chondro-costal s’efface. Nous pensons un instant, le Dr M** et moi, à une rémission qui nous paraît évidente ; mais le lendemain nous trouvons, dans le cinquième espace intercostal et sur la ligne axillaire, une tuméfaction nettement fluctuante.
Séance tenante, je pratique, au bistouri, un large débridement; 1l s'échappe des flots de pus; la face interne de la côte est, dans toute son étendue, dénudée de son périoste. Lavage et drainage de la plaie.
L’auscultation, pratiquée immédiatement après, ne dénote rien d'anormal du côté de la plèvre.
Gruérison sans séquestre.
Nous avons noté dans cette observation :
1° Que le souffle et l’égcophonie ont précédé la toux;
2°’ Que les mêmes symptômes, souffle et écophonie, ont disparu dès que la collection purulente est venue distendre Îles parties molles de l’espace intercostal.
Observation III
(Docteur Berthomier, de Moulins)
Desb..., de Souv.…., trente ans. Bonne santé habituelle, A été pris, dans le courant de mars 1889, de frissons, de fièvre intense et d’un point de côté assez violent à droite. Pas de toux.
Pendant les trois premiers jours, le D' B..., de $..., appelé à lui donner des soins, l’ausculte vainement, croyant voir apparaître une pleurésie ou une pneumonie.
- Le quatrième jour, le confrère B... découvre une tuméfaction douloureuse au niveau de l'articulation chondro-costale de la cinquième côte droite, et à l’auscultation il trouve en arrière le long du bord spinal de l’omoplate, dans un point bien circonscrit, du souffle et de l’égophonie. Peu de matité. Le malade tousse peu, la fièvre est toujours assez vive. La température n'a pas été prise. £
Le médecin traitant croit à l'existence d’une pleurésie.
Le huitième jour, appelé près du malade en consultation avec le docteur B..., nous trouvons, indépendamment des
Symptômes généraux observés les jours précédents :
1° Au niveau de l'articulation chondro-costale de la cinquième côte droite, une tuméfaction arrondie bien limitée, fluctuante, offrant à peu près le volume d’une petite mandarine. |
À la pression, l'on constate facilement que l'extrémité de . la côte est mobile sur le cartilage.
L'auscultation, pratiquée à ce niveau, ne dénote rien d'anormal; pas de frottement, pas de souffle, pas d’égophonie.
2° En arrière, le long du bord spinal de l’omoplate, dans une zone de 10 centimètres environ, on trouve de la matité, du souffle, de l’égophonie ; il n'existe extérieurement aucune trace d'inflammation.
3 Vers la partie moyenne, dans la ligne axillaire, nous ne trouvons pas la moindre trace d'inflammation ; il n'existe pas non plus de matité, de souffle ni d’égophonie.
Nous pensons à un épanchement pleural circonserit, développé au voisinage d'un foyer ostéomyélitique. C'était une erreur.
Au moyen d’un trocart Potain, nous pratiquons une ponc-
an ER tion exploratrice au niveau du foyer antérieur correspondant à l'articulation chondro-costale ; aspiration d’une petite quantité de pus, lavage de la poche avec une solution de sublimé à 1/1000, nouvelle aspiration.
Immédiatement après, l'auscultation en arrièrenous apprend, à notre grande surprise, qu’il n'existe plus ni souffle ni égophonie : la percussion annonce la disparition simultanée de la matité. Nous concluons donc :
1° Qu'il n’y avait rien dans la plèvre ;
2 Qu'un foyer ostéomyélitique, contenant peu de pus, nous avait présenté les symptômes d'un épanchement pleurétique circonscrit ;
3° Que ce foyer ostéomyélitique postérieur communiquait avec le foyer antérieur ou chondro-costal.
Quinze jours après, le malade, absolument apyrétique, ne présentait plus, comme trace de son affection, qu'un empâtement assez accusé dans toute l'étendue de la côte accessible à l’investigation.
Observation IV
(Docteur Berthomier, de Moulins)
Th..., de Bresnay (Allier), dix-sept ans. Rien de bien particulier du côté de l’hérédité. A tous les stigmates du rachitisme cependant; marché à dix-huit mois, déformation spéciale des jambes, du thorax, etc., etc. Grand, mince.
Il y a six mois, au mois d'avril, Th... a été pris de points de côté, à gauche, avec oppression et peu de toux. Le confrère D... a constaté alors tous les signes d’une pleurésie circonscrite à gauche et en arrière, — le liquide et le souffle ne se déplaçaient nullement avec les situations les plus variées dans lesquelles on plaçait le malade.