OBSERVATION XL IT
JUvARA.— Fracture bicondylienne: fissure médiane dutibia gauche (66). — Le commandant $S..., 40 ans, d’une constitution très robuste, est projeté avec violence d’une voiture et, en même temps, sa jambe gauche reste prise dans des parties du véhicule : d’ailleurs il ne se rend pas exactement compte de la facon dont l’accident s’est produit. Il ressent une très vive douleur au niveau du genou gauche. Transporté à un hôpital du front, lexamen radioscopique ne décèle rien ! Le membre placé dans une gouttière, il est évacué sur Bucarest. Je le vois le huitième jour après l'accident. Squelette puissant, Genou tuméfié globuleux ;| synoviale distendue ; extrémité du tibia douloureuse, élargie. En dedans le bord du plateau tibial est au niveau du condyle fémoral ; en dehors, le condyle du fémur est dépassé, d’un travers de doigt par le bord du condyle tibial ; à ce niveau, le tibia forme sous le fémur comme un gradin. Les mouvements du genou sont douloureux, la flexion est vivement arrêtée par un obstacle mécanique ; mouvements de latéralité accentués.
Les radiographies montrent : 4) une fracture du condyle tibial externe qui, complètement séparé, est fortement rejeté en dehors en même temps que la tête du péroné ; le trait de fracture antéro-postérieur, coupe le plateau tibial un peu en dehors de ]’ épine ; b) une fissure médiane verticale qui finit un pen au-dessous de la tubérosité : €) une fracture du condyle tibial interne ; le fragment, écarté de quelques millimètres du côté articulaire tient encore, par une mince charnière, à sa partie inférieure,
: Ne ru à
Opération le neuvième. jour ‘après l'accident. Novorachianesthésie (15 centigr. ); bande hémostatique. L’incision courbe contourne Ja partie antérieure du condyle externe du tibia, passe à égale distance du tubercule de Gerdy et de la tubérosité biere et finit un Fee audessus de l'interligne articulaire.
Le foyer ouvert, ils’écoule de la cavité articulaire une + grande: quantité de sang filant et des coagula, tant par la fracture que par l’incision faite au cul-de-sac ménisco-tibial. La cavité articulaire est assez largement ouverte ; on aperçoit le condyle du fémur. Les fragments écartés, les surfaces de rupture assez régulières sont nettoyées à à la eurette : on retire ainsi quelques petits fragments osseux et une parcelle du cartilage articulaire enelavée entre les fragments. Le fragment fortement repoussé reprend sa place ; il s'applique exactement à la partie supérieure ; mais à la partie inférieure, son extrémité pointue fait une légère saïllie ; on le fixe par un clou enfoncé obliquement en haut et en dedans.
Sur le milieu de la face externe du bord du condyle, au- dessus et au-devant de la tête du péroné, par une petite entaille horizontale, on passe le foret et à sa suite le boulon qu’on sort sur la face interne du bord de condyle interne, à un gros travers de doigt au-dessus de l’interligne articulaire : le boulon passe un peu obliquement, dans le travers du plateau du tibia. Les écrous étant assez fortement serrés, les fragments s’y appliquent exactement ; c’est à peine si on reconnaît encore à la partie supérieure, le trait de la fracture. La plaie d’abordage, entièrement fermée, est drainée dans l’angle inférieur. Petit pansement légèrement compressif.
Sur des radiographies faites le lendemain, le résultat obtenu se montre parfait. L'extrémité tibiale a repris son diamètre transversal ; les condyles se trouvent de niveau.
Le deuxième jour, on retire le drain et on serre encore un peu les écrous. Dès le quatrième jour, le blessé commence à mouvoir assez énergiquement son genou et très rapidement il fait des progrès notables. Le boulon est retiré le vingt-sixième jour ; mais à cette date, le malade marche déjà depuis quelques jours.
Trois mois après l’accident, le commandant $S..., admirablement
guéri, reprend son service.