LE THORIUM X DANS L'ORGANISME
D’après les expériences de Paul LazARUS, il reste après 24 heures, 80 % de produit injecté dans l’organisme. 64 % sont localisés dans la moelle osseuse, le reste est réparti dans la moelle épinière, le cerveau, les testicules, la rate et surtout le foie. 20 Z sont éliminés à raison de 15 % par les matières fécales, 2 à 3 % par le rein et 0,1 % par la transpiration.
Au bout de 15 à 20 jours, toute trace de substance radioactive a été détruite ou éliminée.
Action du Thorium X sur l'os
Ce que nous venons de voir nous permet de dire que :
1° Le thorium X jouit d’une très forte activité : la puissance du rayonnement étant, rapportée à l’unité de temps, inversement proportionnelle à la durée d’existence de l’agent radioactif.
2° Le thorium X se cantonne électivement dans l’os.
Il n’est donc pas impossible qu’il y ait modification osseuse et le fait qu’il ne se présente dans les jours ou même dans les mois qui suivent aucun phénomène cliniquement décelable ne prouve nullement que le tissu osseux ait été indifférent au produit.
Nous n’avons aucune certitude quant à la nature intime du mode d’action de l’agent radioactif, mais nous pouvons reprendre les théories émises à propos des ostéoradionécroses. Regaud pense que la richesse du tissu osseux en grains calcaires de poids atomique élevé entraîne la formation d’un rayonnement secondaire « l’os
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se brûle lui-même ». Cette manière de voir permettrait de comprendre les cas de nécroses sans lésion préalable des tissus mous. NAGEOTTE voit comme conséquence de l’irradiation une lésion des cellules nobles. Quoiqu'il en soit, les modifications osseuses existent et sont décelables par leurs effets biologiques.
1° Diminution de la résistance à l’infection et des procédés de défense;
2° Résistance particulière à l’histolyse;
3° Absence de régénération.
Rôle de l'infection
L'os fragilisé se laisse facilement envahir, il se défend mal et nous assistons alors à des nécroses infectieuses extensives dont les caractères cliniques sont conditionnés par la nature du terrain sur lequel elles évoluent.
Dans toutes nos observations, les accidents sont tardifs pour la seule raison qu’ils doivent, pour se déclencher, attendre la cause déterminante microbienne.
La localisation presque élective aux mandibules vient confirmer cette manière de voir. Les maxillaires sont en effet superficiels en contact étroit avec la cavité buccale normalement septique, en contact étroit avec les dents, sièges de manifestations infectieuses fréquentes. De plus, ils sont en perpétuel remaniement par suite de l’évolution ou de la chute des dents. Ce sont, en somme, des os de l’organisme les plus facilement infectables.
Rareté des Thorionécroses
Pour expliquer ce bienheureux phénomène, il faut envisager d’une part les doses employées et, d'autre part, la coexistence chez nos malades de plusieurs facteurs prédisposants.
1° Les doses utilisées :
Les malades observés ont reçu en moyenne 5 séries de
8 injections à doses croissantes de 50 à 150 microgrammes. Dans certains cas, et en particulier dans les leucémies, les doses employées varient entre 400 et 500 microgrammes par injection sans jamais donner le moindre accident; mais comme le montre LEBOUCHER dans sa thèse, 5 injections suffisent en général et les patients ne reçoivent au total que 2.500 microgrammes. Les nécroses mandibulaires ne se manifestent donc qu'aux environs de 5.250 microgrammes.
2° La sensibilité individuelle aux radiations :
Il existe vraisemblablement une sensibilité individuelle variable aux agents radioactifs : pour une même dose certains sujets feront des accidents, d’autres, au contraire, la supporteront parfaitement. C’est peut-être pour cette raison que chez deux de nos malades nous voyons les phénomènes nécrotiques en recrudescence à la suite d’un contact radioactif très minime.
Dans l’observation n° 1 nous remarquons que chaque radiographie a été suivie d’une poussée évolutive et dans l'observation n° 2 le muthanol a accéléré indiscutablement la marche des lésions.
3° Atteinte antérieure du squelette
Il convient de signaler que la majorité des malades observés ont été soumis au thorium X pour des lésions ostéoarticulaires graves : psoriasis arthropathique, rhumatisme déformant, spondylose rhysomélique, arthrite chronique de la hanche. On peut se demander si les altérations du système osseux ne favorisent pas l’action du produit radioactif. Le thorium X arrivant sur un os déjà amoindri dans sa vitalité le fragilise avec facilité.
4° Etat buccal défectueux :
La mauvaise hygiène buccale que nous rencontrons dans nos observations doit également entrer en ligne de compte et il est probable que les nécroses mandibulaires ne seraient jamais apparues, toutes choses égales d’ailleurs dans des bouches en parfait état.
En résumé, à certaines doses et dans de certaines conditions, le thorium X détermine chez les sujets sensibles
aux radiations et souvent porteurs de lésions ostéoarticulaires, une fragilisation du Système osseux. L’os amoindri dans sa vitalité ne peut plus se défendre et une infection intercurrente aussi bénigne soit-elle est capable de déterminer une nécrose extensive.
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