ACTE PREMIER
Qui se refont un foyer de deux tisons mis en travers.
COUFONTAINE, les yeux sur la croix. — Quel est ce bois dont la croix est faite, où l'on voit des traces de feu ?
SYGNE. — Je l'ai faite des poutres de notre maison.
COUFONTAINE. — Le pal est de chêne et la potence de châtaignier.
C'est une essence maintenant qui a disparu de chez nous,
Et cependant les charpentes partout de nos vieilles fermes et la « forêt » de la Cathédrale de Rheims en sont faites.
SYGNE. — Mais ce bois dont la croix est faite ne manquera jamais.
COUFONTAINE. — Heureux cet arbre qui porte sur lui le poids d'un Dieu, ou ne fût-ce même qu'un homme.
Voici donc, rentrant chez moi, tout ce que je retrouve de la maison,
La poutre en croix avec la solive, et cela même vous l'avez pris pour vous, ô fils de l'ouvrier ! et il n'y a pas place pour deux.
Et moi aussi, me voici une croix à la place de mon nom proscrit. Tous mes biens sont tombés de moi comme un manteau, et je me tiens seul dans cet ajustement qui ne peut changer de mon corps et de mon esprit,
Dépouillé, abrégé, inflexible, infructueux !
Mais à ce moment où je rentre au pays, comme l'Enfant prodigue chez le père qui lui a partagé sa substance,
Nul n'est là pour lui tomber sur le cou, père ou mère,
Ni enfant, ni épouse, car tout cela est tombé de moi.
SYGNE. — Mais moi du moins, moi du moins, Georges, je reste !
COUFONTAINE, la regardant — Est-ce que vous voulez m'épouser, ma cousine ?
SYGNE. — O Georges, je suis bien assez à vous sans cela !