ACTE PREMIER
COUFONTAINE. — Il est vrai. Nous sommes trop semblables ; rien de nouveau ne peut sortir de nous.
SYGNE. — Qui donc continuera la race ?
COUFONTAINE. — Vous êtes jeune, vous êtes riche. Gardez ces biens que vous avez réunis et qui seraient de nul fruit à cet homme retranché.
Quelqu'un viendra.
SYGNE. — Ne vous moquez pas de moi ainsi !
COUFONTAINE. — Quelque beau chasseur à la barbe rousse,
Quelque jeune étourdi plein de guerre, et il me prendra par la main cette perfide Judith aux yeux verts,
Sainte Théologie qui dans ce lieu conventuel tient toute seule chapitre,
La vierge bien tempérée dont le sourire modeste ne va pas aux coins de la bouche.
Jusqu'à faire trois rides tracées comme avec
le crayon le plus fin, ô Sygne qui riez entre ces guillemets !
Et il me prendra pour toujours ma Cousineaux-bois-de-France, le laurier de Dormant, la « virgo admirabilis ! »
SYGNE. — O Georges, je ne pensais pas que vous m'aviez autant regardée !
COUFONTAINE. — Il est vrai. Pas plus que l'on ne se regarde ou s'écoute soi-même. Vous n'étiez pas au dehors.
Que connais-je de vous, Sygne ? sinon cette brave petite main clans la mienne le jour de la Saint-Jean,
Et plus tard votre figure claire et dessinée devant moi comme un plan d'église, bien calculé avec la règle et le compas,
Et votre main encore sur mon front les nuits de fièvre, lorsque j'étais blessé, malade et poursuivi,
Ou votre front encore sous la lampe lorsque l'on cacheté des dépêches et que l'on compte des rouleaux de louis.