ACTE PREMIER
donner ? car l'Enfant prodigue Nous a tout pris.
COUFONTAINE. — Certes, vieillard, il fallait que votre vue fût basse à cause du grand âge
Quand vous avez béni le bouc au lieu de l'ouaille.
LE PAPE PIE. — Ne pouvais-je oindre un tel front
Quand Jésus même a baisé les pieds de Judas ?
COUFONTAINE. — Saint Père, laissez-moi vous parler, expliquons-nous,
Puisque vous êtes ici et que je vous tiens avec moi, vicaire de Dieu,
Car j'en ai gros à vous dire, comme un jeune homme qui parle à son père confesseur, une fois par an.
Et d'ailleurs n'êtes-vous pas à nous tous ? et une seule brebis est autant pour vous que toutes les autres ensemble.
Et dire que je me confesse tous les jours, non : la vie que je mène n'est pas celle d'une
nonnette ? Quand le Roi sera revenu, nous mettrons notre chemise blanche.
— Pourquoi nous scandalisez-vous comme Dieu ?
Il abaisse les bons et il élève les méchants. Ça, ce sont ses voies et il n'y a rien à Lui dire.
Mais vous, vous êtes un homme. Capable de parler, n'avez-vous pas à nous répondre ? Ou qui interrogerons-nous ?
Ce qui est bien et mal pour nous ne l'est-il pas pour le pape ? et le succès fait-il une différence ?
Est-il bien qu'un homme prenne ce qui n'est pas à lui ?
Et ce brigand qui vous a pris Rome, n'avait-il pas pris la France à son roi ?
LE PAPE PIE. — Le monde peut se passer d'un roi, mais non point du Pape.
COUFONTAINE. — Peut-il se passer du droit ? et le droit pour un homme est-il de ce qu'il a ou de ce qu'il n'a pas ?