ACTE PREMIER
LE PAPE PIE. — L'homme n'a rien qu'il n'ait de Dieu seul.
GOUFOXTAINE. — Combien donc son avoir n'est-il pas sacré ? Etre et avoir, ce sont 1< s deux premiers verbes dont tous les autres sont faits.
La chose que l'on a est appelée le bien.
L'homme n'a rien qu'il n'ait de Dieu seul et dont il ne dispose entièrement.
Selon le mode du donateur, Dieu n'ayant fait aucune chose
Sans un homme pour l'achever et la conserver, en sorte que pour elle
Ce n'est pas être de ne pas être à lui.
Et qui ne sait point conserver son bien, je le veux, qu'un autre le lui prenne,
Comme Louis occupe le siège de Charles et de Clovis : de quoi je n'ai point grief.
LE PAPE PIE. — Et comme cet homme nouveau s'est assis à la place vacante.
COUFOXTAINE. — Non point assis, mais vous le voyez inquiet et debout !
Saint Père, ce n'est point contre un homme que je viens vous demander la foudre,
Mais contre tout ce droit nouveau, car le droit pour l'homme est-il de ce qu'il a ou de ce qu'il n'a pas ?
Vous avez entendu cette doctrine avec horreur.
Que tout chacun tient le même droit pareillement de propre nature,
En sorte que celui des autres est un tort qui lui est fait.
Ainsi il n'y a plus rien à donner. Voici qu'il n'y a plus rien de gratuit entre les hommes.
Est-ce que cela est approuvé par Dieu ?
LE PAPE PIE. — C'est pour me poser des questions, pauvre vieillard, que vous vous êtes jeté sur moi comme un aigle ?
COUFONTAINE. — Répondez qui avez autorité, car il est peine de faire son devoir dans la nuit.
LE PAPE PIE. — Le devoir est des choses prochaines sur lesquelles il n'y a point doute.