ACTE PREMIER
(Geste de COUFONTAINE) Vous êtes mécontent ?
COUFONTAINE. — Poursuivez.
SYGNE. — Je n'ai pu lui refuser. Il m'a prié d'une manière si aimable, me regardant de ses grands yeux noirs.
Parlant de son cœur, à la manière ecclésiastique « le poids qu'il a sur le cœur ». Quel poids ?
Il s'est confessé et il a dit sa messe aussitôt. J'y étais.
Ah, ce n'était plus le même homme à l'autel ! Non plus cette maigre dépouille ! Mais un ange en grande véhémence et suavité, accomplissant un acte inestimable, le pontife qui parle en lettres d'or !
Qui est-ce, Georges ?
COUFONTAINE. — Il repose ?
SYGNE. — Il repose. L'abbé est resté près de lui ; il dira la messe ici.
(Rafales de vent au dehors)
COUFONTAINE. — II était temps de nous mettre à l'abri.
Je reconnais le vent de mon pays.
SYGNE. — Quel dommage ! Les pommiers étaient si beaux !
Il ne restera pas un pépin sur l'arbre.
COUFONTAINE. — La tempête nous garde. Je suis en grand hasard, Sygne !
J'ai osé une chose inouïe.
SYGNE. — Ah, quel que soit le péril, vous êtes en sûreté avec moi !
COUFONTAINE. — Le fait est que je n'ai jamais été inquiété ici.
C'est pourquoi je vous ai amené ma prise.
De quoi je suis obligé à ces mauvais yeux de notre frère Toussaint,
Avec* qui je sais que vos relations sont bonnes.
SYGNE. — Mon cousin, je suis un homme d'affaires et ne choisis point mes relations.
ACTE PREMIER COUFONTAINE. — Il faut l'épouser. Ses armes embarbouillées aux nôtres,
Çà égaierait cette vieille peinturelure.
(// montre la tapisserie)
SYGNE. — Ne vous moquez pas ainsi.
COUFONTAINE. — Je plaisante, Sygne.
Fi de moi ! La voici les larmes aux yeux !
Vous êtes si bonne, c'est plus fort que moi, il faut que je vous fasse de la peine ! c'est ma façon de vous aimer.
Quelle jeunesse, ma pauvre cousine, que la vôtre !
Reprenant, remettant ensemble les morceaux épars de cette terre,
Vignes et clos, bois, sablons et terres labourées,
Comme une vieille dentelle déchirée que l'on reprend brin par brin.
SYGNE. — C'est votre bien que nous refaisions ainsi, Coûfontaine, Suzanne et moi.
COUFONTAINE. — Bien travaillé, tisseuse !
Nos mères de leurs doigts oisifs s'amusaient à parfiler,
Décousant broderies et galons, détachant chaque fil un par un.
Ce qu'elles ont défait, vous le refaites.
J'ai ma cousine Sygne qui est plus pour moi que beaucoup d'or et d'argent !
Que dit-on des lys qu'ils ne filent pas ?
Ah, si chacun de vos blancs frères de France, ma cousine, eût aussi bien fait,
Toutes les filles de noble maison, le Roi pourrait revenir,
Il n'y aurait pas un trou dans le vieux drapeau !
Hélas, avec un fil qui part, que de mailles qui sautent !
SYGNE, prenant dans ses deux mains et regardant une miniature posée sur la table. —
Les voilà ! Ce sont mes deux bien-aimés, pour qui il faut bien que je me donne un peu de la peine.
Tes enfants, Georges, et dis ! les miens aussi, n'est-ce pas ? Il faut que la tante fée,