ACTE PREMIER
LE PAPE PIE. — La figure de ce monde passe.
COUFONTAINE. — Mais celle de Dieu passera-t-clle ?
LE PAPE PIE. — Elle ne passe point tant que la croix subsiste.
COUFONTAINE. — Père ! Père !
Les temps de la foi sont finis, Foi en Dieu, foi du vassal en son lige, Le Roi image de Dieu à qui seul obéissance est donnée à Lui seul due.
Maintenant recommence la servitude de l'homme à l'homme de par la force plus grande et la loi,
Ainsi qu'au temps de Tibère, et ils appellent cela liberté.
LE PAPE PIE. — L'image de Dieu qui s'est retirée à Dieu,
Et de qui Dieu se retire, elle n'est plus qu'un simulacre païen.
COUFONTAINE. — Tout de même un roi,
c'est un homme, mais la pure idole, c'est l'idée,
Le tyran solidifié pour toujours, la chose faite et qui n'est jamais née.
Ces gens de loi qui pensent que tout se règle par un contrat !
LE PAPE PIE, à denti-voix. — Reprenant cet ancien chirographe qui avait été attaché à la croix.
COUFONTAINE. — Que dites-vous ? Je ne vous entends pas.
LE PAPE PIE. — Et Nous, Nous vous voyons à peine. Il fait sombre dans cette bibliothèque. Nous sommes vieux, mon fils, et Notre vue est basse.
Pour vous, vous êtes un jeune homme, et vous êtes libre, n'ayant point femme ni enfants,
Habitué au libre horizon, ce que l'œil voit, le pied vous y porte hardiment, Mais, Nous, prêtre suprême, qui portons
tous les peuples sur Notre cœur jour et nuit comme les pierres de l'ancien pectoral,
Le pas plus prompt ne nous est pas permis.
Ce n'est pas la lumière de l'esprit qui Nous guide, mais celle de la conscience,
Faible feu, patiente lueur,
Qui ne nous montre point le convenable, mais le nécessaire, et non point le futur mais l'immédiat.
COUFONTAINE. — Venez avec moi. Videz le monde de votre présence.
Rendez à César pour un temps ce lâche monde qui accepte le coin de César.
LE PAPE PIE. — Je ne puis m'excommunier de l'univers.
COUFONTAINE. — Déliez-nous de notre captivité.
LE PAPE PIE. — Je ne puis que vous absoudre.
COUFONTAINE. — Tout pouvoir ne vous a-l-il pas été remis de lier et de délier ?
LE PAPE PIE. — Pierre lui-même ne put se délier, et il est éminemment appelé Esliens.
COUFONTAINE. — Est-ce cette lumière en vous qui dit Non ?
LE PAPE PIE. — Où est Pierre, je suis. Il n'est pas du pape d'errer.
COUFONTAINE. — Mais à Rome, vous retrouverez la main-forte.
LA PAPE PIE. — La force seule m'absout de la nécessité.
COUFONTAINE. — Me faut-il donc l'employer moi-même ?
LE PAPE PIE. — Il est écrit : Tu honoreras ton père et ta mère.
COUFONTAINE. — Ou, seulement, me retirer ai- je ?
{Le Pape se tait. Bruit de la pluie) Il rêve ;