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ACTE DEUXIEME SYGNE. — Tout sera donc réduit à l'intérêt

LE BARON TURELURE. — L'intérêt est ce qui rassemble les hommes.

SYGNE. — Mais non point ce qui les unit.

LE BARON TURELURE. — Et qui les unira ?

SYGNE. — L'amour seul qui a fait l'homme l'unit.

LE BARON TURELURE. — Grand amour que les rois et les nobles avaient pour nous !

SYGNE. — L'arbre mort fait encore une bonne charpente.

LE BARON TURELURE. — Pas moyen d'avoir raison de vous ! Vous parlez comme Pallas elle-même, aux bons jours de cet oiseau sapicnt dont on la coiffe.

Et c'est moi qui ai tort de parler raison.

Il ne s'agissait guère de raison au beau soleil de ce bel été de l'An Un ! Que les reines-claudes ont été bonnes, cette année-là, il n'y avait qu'à les cueillir, et qu'il faisait chaud !

Seigneur ! que nous étions jeunes alors, le monde n'était pas assez grand pour nous !

On allait flanquer toute la vieillerie par terre, on allait faire quelque chose de bien plus beau!

On allait tout ouvrir, on allait coucher tous ensemble, on allait se promener sans contrainte et sans culotte au milieu de l'univers régénéré, on allait se mettre en marche au travers de la terre délivrée des dieux et des tyrans !

C'est la faute aussi de toutes ces vieilles choses qui n'étaient pas solides, c'était trop tentant de les secouer un petit peu pour voir ce qui arriverait !

Est-ce notre faute si tout nous est tombé sur le dos ? Ma foi, je ne regrette rien.

C'est comme ce gros Louis Seize ! la tête ne lui tenait guère.

Quantum potes, tant uni aude ! C'est la devise des Français.

Et tant qu'il y aura des Français, vous ne leur ôterez pas le vieil enthousiasme, vous ne leur ôterez pas le vieil esprit risque-tout d'aventure et d'invention !

SYGXE. — Il vous en reste quelque chose.

LE BARON TURELURE. — C'est ma foi vrai ! et cela m'encourage à vous dire tout de suite ce que je suis venu pour vous dire.

SYGXE. — Je ne tiens pas à l'entendre.

LE BARON TURELURE. — Vous l'entendrez cependant.

Mademoiselle Sygne de Coùfontaine, Je vous aime et j'ai l'honneur de vous demander votre main.

SYGNE. — Vous m'honorez, Monsieur le Préfet.

LE BARON TURELURE. — Que diable !

Il n'y a pas de quoi devenir ainsi toute blanche, comme si je vous avais frappée au visage.

SYGNE. — Vous pouvez tout me dire, je n'ai pas de défenseur et je dois tout entendre.

LE BARON TURELURE. — C'est moi plutôt qui suis en votre pouvoir. Qu'avez-vous à craindre de ce triste éclopé ?

SYGNE. — Je ne crains personne au monde.

LE BARON TURELltRE. — Je le sais.

Que vous êtes attrayante avec ces yeux étincelants et cette bouche serrée qui sourit, comme quelqu'un qui s'arme en silence !

Ah, je le sais, que je ne gagnerai rien sur vous et que tout est gardé !

Vous êtes la froideur même, la raison même, et c'est cela même qui me met le feu au sang, c'est cela même qui m'attire et me désespère.

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