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ACTE DEUXIEME

Ce visage parfait et ce cœur composé, l'ange ovale !

Vous êtes assurée et triomphale, tout a sa place qui ne peut être une autre, tout est prompt et déterminé.

N'y a-t-il point de défaut dans ce cœur politique ?

Ce n'est pas vous qui pour le sauver vous pencheriez vers le condamné à mort et le prendriez dans les bras !

Mon corps est rompu, mon âme est dans les ténèbres et je tourne vers vous mon visage plein de crimes et de désespoir !

SYGNE. — Comment osez-vous me parler ainsi ?

LE BARON TURELURE. — J'ai osé d'autres choses plus fortes.

Si l'on n'osait que des choses raisonnables, le Roi serait encore sur son trône.

Me voici comme le peuple de Paris quand il se jetait aux grilles de Versailles avec fureur, appelant le Roi et la Reine !

SYGNE. — Leur sang et le nôtre ne vous suffit-il pas ?

LE BARON TURELURE. — C'est l'âme même que je veux fléchir !

C'est une armée qu'on enfonce que je veux avoir encore, c'est la panique d'une armée qui cède que je veux voir dans ces beaux yeux sévères !

SYGNE. — Vous ne verrez rien de tel.

LE BARON TURELURE. — Je ne sais. Il faut que cela finisse.

Voilà dix ans que nous vivons face-à-face, et, il faut que je l'avoue,

C'est vous qui avez eu le meilleur.

Vous lisez tout dans mes yeux et jamais je ne trouve votre regard en défaut.

Vous obtenez tout de moi et moi je n'ai rien de vous. Ah ! le vieil esclavage de ma mère continue !

Il fallait que je vous parle à la fin. Ne faites pas l'étonnée.

SYGNE. — Monsieur le Baron, il est vrai,

J'ai toujours trouvé en vous un homme bienveillant et courtois.

LE BARON TURELURE. — J'ai fait ce que j'ai pu.

SYGNE. — Vos conseils m'ont été précieux, voire patronage inestimable.

Je me reproche d'en avoir abusé.

LE BARON TURELURE. — Le profit a été pour nous deux.

SYGNE. — Pourquoi détruire ce qu'il y avait entre nous de possible ? Laissons les choses où elles sont. Est-ce qu'il est en mon pouvoir d'être à vous ?

LE BARON TURELURE. — Sygne, Ust-ce qu'il est en mon pouvoir de ne pas vous désirer ?

SYGNE. — Il ne faut désirer que les choses raisonnables.

LE BARON TURELURE. — La raison est de s'arranger des faits comme on peut.

Et le fait est là que je vous aime, à quoi je ne peux rien.

La nature en sait plus long que vous et moi.

Et si je vous aime, c'est qu'il y a tout de même en vous quelque chose qui est capable d'être aimé par moi.

J'irai donc à vous directement. Quand les instincts parlent si fort,

Plus qu'une chose à faire pour un homme ! c'est d'en prendre le commandement et de marcher à leur tête,

Faisant la demi-conversion par le flanc gauche.

SYGNE. — Mais quelles raisons de me parler de cela aujourd'hui ?

LE BARON TURELURE. — Fortes et pertinentes.

SYGNE. — Laissez-moi le temps de réfléchir, avant que je vous donne réponse.

LE BARON TURELURE. — Je le regrette, non. Il faut me répondre sur l'heure.

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