ACTE DEUXIEME
N'essayez pa e la plus maligne avec
moi.
SYGNE. — Vous savez que c'est peu de chose de dire que je ne vous aime pas.
LE BARON TURELURE. — Mademoiselle, il esl trop difficile de savoir ce qui vous plait.
Quand nous culbutions les kaiserliks à la baïonnette, cela ne leur plaisait pas davantage.
SYGNE, le considérant. — Vous n'êtes pas agréable à voir.
LE BARON TURELURE. — Je ne suis pas agréable mais utile.
Dans quel mauvais cas vous a-t-on 'mise ? C'est le ciel, je vous dis, qui m'envoie pour vous sauver tout exprès !
Et non point vous seulement. Mais le sort de votre roi et de votre religion.
Et de votre cousin lui-même, ce héros antique, notre vaillant Agénor.
Qui sait si vous ne le tenez pas en ce moment entre vos doigts délicats ?
Ne me prenez pas pour un fanatique. La France d'abord. Je suis l'homme du possible.
Que chacun fasse son devoir comme moi, et cela ira !
Le roi lui-même, il ne me fait pas peur, le jour qu'il me prendra pour ministre.
SYGNE. — Pourquoi me parlez-vous de mon cousin Georges ?
LE BARON TURELURE, d'une voix tonnante. — Parce qu'il est ici et que je le tiens à la gorge.
SYGNE. — Prenez-le donc si vous en êtes capable.
LE BARON TURELURE. — Son sort vous est-il indifférent ?
SYGNE. — Voici longtemps que nous avons fait notre pacte avec la mort.
LE BARON TURELURE. — Que m'importe votre cousin et ses farces misérables.
ACTE DEUXIEME SYGXE. — Que m'importe le citoyen Turelure et ses ruses misérables ?
LE BARON TURELURE. — J'ai en main de meilleurs otages.
Vous ne dites rien.
SYGNE. — Que sais-je de vos rêveries de gendarme ?
LE BARON TURELURE, à voix basse. — Sygne, sauve ton Dieu et ton Roi.
(// la regarde fixement).
SYGNE, de même. — Non, non, vilain boiteux, je ne suis pas pour toi !
LE BARON TURELURE. — Je vous jure que je suis venu ici sachant ce que je faisais.
SYGNE. — Faites donc ce que vous avez à faire au plus vite.
LE BARON TURELURE. — Vous auriez tort de douter de moi. Vous savez que je tiens ma parole.
SYGNE. — Ne douiez donc pas de la mienne davantage.
LE BARON TURELURE. — Sygne de Coufontaine, qui faites l'orgueilleuse,
Je vous achèterai et vous serez à moi.
SYGNE. — Ne pouvez-vous prendre mes biens gratis ?
LE BARON TURELURE. — Je prendrai la terre et la femme et le nom.
SYGNE. — Vous me prendrez, Toussaint Turelure?
LE BARON TURELURE. — Je prendrai le corps et l'âme avec lui.
Vos pères seront mes pères et vos enfants seront mes enfants.
SYGNE. — L'amour aura fait cette merveille.
LE BARON TURELURE. — La justice du moins, car voyez de quel prix je veux vous payer.