‹ L'otageChapitre 47 sur 87 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

Qu'avez-vous recherché qui ne soit à vous ? Le fruit de votre travail, vous l'avez.

SYGNE. — Je l'ai !

MONSIEUR BADILON. — La race est sauve en Georges que vous sauvez, Le conservant à ses enfants.

SYGNE. — Grand Dieu ! C'est ici que Votre main apparaît !

MONSIEUR BADILON. — Je ne vous entends pas.

SYGNE. — Sa femme, dites-vous, ses enfants. .

MONSIEUR BADILON. — Eh bien ?

SYGNE. — Tout est mort.

MONSIEUR BADILON. — Paix sur eux !

Vous voici libre.

SYGNE. — Georges reste.

MONSIEUR BADILON. — Que lui garder qui vaille plus que la vie ?

SYGNE. — L'honneur.

MONSIEUR BADILON. — Cet honneur dont tu honoreras tes père et mère.

SYGNE. — Il est pauvre et tout seul.

MONSIEUR BADILON, vers le Christ — Un autre est plus pauvre et plus seul.

SYGNE. — Apprenez donc, puisqu'il me faut tout vous dire, Père,

Ce que nous avons fait ce matin même, lui le dernier, et moi la dernière de notre race.

MONSIEUR BADILON. — Je vous écoute.

SYGNE. — Cette nuit nous avons engagé notre foi l'un à l'autre.

MONSIEUR BADILON. — Vous n'êtes pas mariés encore.

SYGNE. — Un mariage ! Ah, ceci est plus que tout mariage !

Il m'a donne sa main droite, comme le lige à son vassal,

Et moi je lui ai fait un serment dans mon cœur.

MONSIEUR BADILON. — Serment dans la nuit. Promesses seules et non point acte ni sacrement.

SYGNE. — Retirerai-je ma parole ?

MONSIEUR BADILON. — Au-dessus de toute parole le Verbe qui a langage en Pie.

SYGNE. — Je n'épouserai point Toussaint- Turelure !

MONSIEUR BADILON. — La vie de Georges est aussi en sa puissance.

SYGNE. — Qu'il meure, comme je suis prête à mourir ! Sommes-nous éternels?

Dieu m'a donné la vie et me voici prompte à la rendre.

Mais le nom est à moi! mon honneur de femme est à moi seule !

MONSIEUR BADILON. — Il est bon d'avoir à soi quelque chose, pour le donner.

SYGNE. — Georges

Périrait, et il faut que ce vieillard reste vivant !

MONSIEUR BADILON. — C'est lui-même qui a été le chercher et qui l'a introduit ici.

SYGNE. — Ce passager d'une minute avec nous, ce vieillard qui n'a plus que le souffle à rendre !

MONSIEUR BADILON. — Votre hôte, Sygne.

SYGNE. — Que Dieu fasse son devoir de son côté, comme je fais le mien.

MONSIEUR BADILON. — 0 mon enfant, quoi de plus faible et de plus désarmé

Que Dieu, quand II ne peut rien sans nous ?

•SYGNE. — Misérable faiblesse de femme ! Que ne l'ai-je tué sans penser

ACTE DEUXIEME Avec cette arme que j'avais dans la main ? Miàs j'ai craint que cela ne servît à rien.

MONSIEUR BADILON. — Avez-vous eu cette idée criminelle ?

SYGNE. — Nous périssions ensemble et je n'avais plus à faire ce choix !

MONSIEUR BADILON. — Il est bien facile de détruire ce qu'il a tant coûté de sauver.

SIGNE. — Mais tuer cet homme est bon.

MONSIEUR BADILLON. — A lui aussi Dieu pense de toute éternité et il est Son très cher enfant.

SYGNE. — Ah ! je suis sourde et je n'entends pas, et je suis une femme et non pas nonne toute fondue en cire et manne comme un Agnus Dei !

Et si Dieu aime que je l'aime, et de quoi c'est fait, qu'il comprenne ma haine à son tour

qui est comme je l'aime, du fond de mon cœur et le trésor de ma virginité !

Mais comprenez donc que depuis que je suis née, je vis en face de cet homme et je suis occupée à le regarder et à me garder de lui, et à le faire plier, et à me faire servir de lui contre-bon-gré !

Et sans cesse à ma gorge contre lui de peur et de détestât-on me monte une ressource nouvelle !

Et il faut maintenant que je l'appelle mon mari, c'te bête ! et que j'accepte et que je lui tende la joue !

Cela, ha, je refuse ! je dis non ! Quand Dieu en chair l'exigerait de moi.

MONSIEUR BADILON. — C'est pourquoi II ne l'exige aucunement.

SYGNE. — Que demandez-vous donc en Son nom ?

MONSIEUR BADILON. — Je ne demande pas, et je n'exige rien, mais je vous regarde seulement et j'attends,

Comme Moïse regardait la pierre devant lui quand il l'eut frappée.

SYGNE. — Qu'attendez-vous ?

MONSIEUR BADILON. — Cette chose pour laquelle il apparaît que vous avez été créée et mise au monde.

SYGNE. — Dois- je sauver le Pape au prix de mon àme ?

MONSIEUR BADILON. — A Dien ne plaise ? Que nous recherchions aucun bien par le mal.

SYGNE. — Je ne livrerai point mon àme au diable !

MONSIEUR BADILON. — Mais déjà l'esprit violent la tient,

Sygne, Sygne, et cette nuit vous avez reçu Jésus-Christ dans la bouche.

SYGNE, sourdement. — Ayez pitié de moi.

MONSIEUR BADILON, avec éclat. — Grand Dieu ! Ayez pitié de moi vous-même

qui ai de telles paroles à vous dire dont j'ai épouvante !

C'est votre mère, la sainte comtesse Renée, qui m'a aperçu quand je n'étais encore qu'un mauvais petit corbeau et m'a fait prêtre ici pour l'éternité.

Et quoi? me voici là qui demande à sa fille ces choses au prix de qui la mort est peu, qui ne suis pas digne de toucher à votre chaussure !

Moi l'imbécile, le gros homme chargé de matière et de péchés !

Me voici à qui Dieu a donné ministère sur les hommes et sur les anges, c'est à ces mains rouges qu'il a remis pouvoir de lier et de délier !

Tout a péri, et c'est moi seul maintenant que vous appelez votre père, pauvre paysan !

Ah, du moins, rien n'a été votre père par le sang plus que je ne suis le vôtre, ma fille chérie, au nom du Père et du Fils.

Priez Dieu pour que je sois pour vous un père et non pas un sacrificateur sans entrailles,

Page 1