ACTE DEUXIEME
SYGNE. — Je vis toute seule ici et ne sais rien de la politique.
MONSIEUR BADILON. — Mais vous voyez au moins que c'est l'heure du Prince de ce monde, et Pierre lui-même est entre les mains de Napoléon.
Qui l'empêche de façonner un autre pape, comme ces empereurs de ténèbres jadis, ou de le tirer de Rome.
Comme les anciens rois de France afin de l'avoir à eux ?
Voici le dernier désordre ! Voici le cœur dérangé de sa place !
Ah, nous ne sommes pas seuls ici ! Ame pénitente, vierge, voyez ce peuple immense qui nous entoure,
Les esprits bienheureux dans le ciel, les pécheurs sont sous nos pieds,
Et les myriades humaines l'une sur l'autre, attendent votre résolution !
SYGNE. — Père, ne me tentez pas au-dessus
de mn force !
MONSIEUR BADILON. — Dieu n'est pas au-dessus de nous, mais au-dessous.
Et ce n'est pas selon votre force que je vous tente, mais selon votre faiblesse.
SYGNE. — Ainsi donc moi, Sygne, comtesse de Coûfontaine,
J'épouserai de ma propre volonté Toussaint Turelure, le fils de ma servante et du sorcier Quiriace.
Je l'épouserai à la face de Dieu en trois personnes, et je lui jurerai fidélité et nous nous mettrons l'alliance au doigt.
Il sera la chair de ma chair et l'âme de mon âme, et ce que Jésus-Christ est pour l'Eglise, Toussaint Turelure le sera pour moi, indissoluble.
Lui, le boucher de 93, tout couvert du sang des miens,
Il me prendra dans ses bras chaque jour et il n'aura rien de moi qui ne soit à lui,
Et de lui me naîtront des enfants en qui nous serons unis et fondus.